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Les cheminots aboient, la caravane Macron passe
par Yves de Kerdrel

Même si sa visite d’Etat à Washington a été plus un succès médiatique qu’une réussite sur le fond des dossiers, elle a permis à Emmanuel Macron de rester au dessus des problèmes des grèves, des zadistes et des cheminots. Et sa cote de popularité remonte.

29/04/2018 - 07:18 Temps Lecture 13 mn.

Beaucoup de bruit pour rien. C’est en quelque sorte le résultat de cette visite d’état du couple Macron à Washington à l’invitation du couple Trump. Bien sûr il y a eu beaucoup de belles images, comme celles du discours au Congrès ou du dîner officiel. Bien sûr c’était une fierté pour beaucoup de français de se voir ainsi représentés avec élégance et panache par un jeune président qui a une réelle proximité avec le président de la première puissance mondiale. Bien sûr Emmanuel Macron a séduit les américains par son anglais impeccable, sa jeunesse et ses critiques subtiles mais jamais méchantes de Donald Trump. Il reste qu’il ne rapporte rien dans sa valise. Rien sur l’Iran. Rien sur le climat et rien sur le protectionnisme.

L’aspect important de ces trois jours reste la volonté de Donald Trump de faire d’Emmanuel Macron son interlocuteur incontournable en Europe. Le Président américain avait dit pendant sa campagne qu’il entendait replier le parapluie militaire destiné à protéger l’Europe, lié à la Charte de l’Otan. Il n’en a rien fait. Même si sur ce sujet il n’a pas changé d’opinion. De fait il a besoin dans un monde qu’il sait multilatéral – comme en témoigne la récente intervention militaire en Syrie – qu’il a besoin d’un numéro de téléphone sur le continent européen. Or la ligne de Theresa May a été désactivée pour cause de Brexit. Et celle d’Angela Merkel sonne dans le vide, car la Chancelière allemande a toujours marqué un profond mépris pour le Donald Trump et sa situation en Allemagne n’est pas des plus confortables. Même si elle était de passage à Washington juste après Emmanuel Macron.

VISITE TRES ATTENDUE CHEZ POUTINE

Désormais le prochain grand rendez-vous international du Chef de l’Etat aura lieu à Saint-Petersbourg les 24 et 25 mai prochains. Malgré l’attaque en Syrie, cette visite faite sur invitation du Président Poutine à l’occasion du Forum économique qui se tient chaque année dans la ville des Tsars a été maintenue et constitue la réponse de courtoisie après la visite de Vladimir Poutine au Château de Versailles il y a un an. Auparavant, Emmanuel Macron a prévu de se rendre en Nouvelle Calédonie la semaine prochaine. Pour beaucoup, il s’agit d’une visite à hauts risques dans la mesure où il a prévu de se rendre dans la fameuse grotte d’Ouvéa où 19 personnes avaient trouvé la mort il y a trente ans après une prise d’otages.

Cette posture d’un Président qui se consacre aux grands dossiers internationaux et à la réforme constitutionnelle et qui laisse le Premier Ministre gérer la grève des cheminots ou le dossier des zadistes est bien évidemment délibérée. Et cela se fait en accord complet avec Matignon. Edouard Philippe va donc recevoir dans une semaine les cheminots et reprendre en main la réforme de la SNCF après la crispation générée par les réunions de l’intersyndicale avec Elizabeth Borne. Le préalable à ces discussions sera d’éviter à tout prix que la grève se prolonge durant l’été comme la menace en a été brandie il y a quelques jours. Mais le Premier Ministre sait aussi que la porte des discussions est étroite et qu’il y a peu de « grain à moudre » pour reprendre l’expression d’André Bergeron. Par ailleurs Edouard Philippe est bien conscient que l’empathie des français avec les grévistes s’étiole de jour en jour. Selon une récente enquête BVA-Orange 74% des personnes interrogées déclarent que la grève des cheminots n'a pas de conséquences sur leur vie personnelle.

LA DROITE AU NIVEAU ZERO UN AN APRES

Le sujet plus délicat pour l’exécutif reste celui de Notre-Dame des Landes dans la mesure où Emmanuel Macron en avait fait un symbole de la restauration de l’état de droit et du respect de l’autorité. Un premier ultimatum avait été fixé au 31 mars pour évacuer la fameuse ZAD, qui n’a pas été respecté. Du coup les gendarmes sont intervenus la semaine du 9 avril. Et Edouard Philippe est allé sur place le 13 avril pour déclarer – un peu vite – que l’opération était terminée. Il reste qu’à ce jour 28 dossiers de projets agricoles ont été déposés à la Préfecture de Nantes et que 600 zadistes occupent toujours illégalement les 1.650 hectares de terrain privé. De fait Edouard Philippe a posé un deuxième ultimatum au 14 mai. Mais sa parole en la matière commence à être dévalorisée. Ce que les zadistes savent très bien. Même si la zone reste occupée par 1.500 gendarmes pour un coup de 600.000 euros par jour.

Du côté de l’opposition la situation reste toujours aussi pathétique un an après l’élection présidentielle. Laurent Wauquiez a donné la semaine passée une longue interview au Figaro dans laquelle ne figurait pas une seule idée de reconstruction de la famille conservatrice. Le Parti est aujourd’hui à la fois tétanisé par l’incapacité de Laurent Wauquiez à « imprimer » dans l’opinion de manière positive, et il n’y est question que des prochaines élections européennes. A priori la tête de liste devrait revenir de droit à Virginie Calmels. Mais certains ne la trouvent pas assez eurosceptique pour rallier les électeurs traditionnels de la droite. Le nom de Luc Ferry – qui est en bons termes avec Laurent Wauquiez - et qui a récemment pondu une chronique très favorable au dernier livre « eurosceptique » de l’économiste Christian Saint Etienne commence à être évoqué. De même que celui de la députée des bouches du Rhône Valérie Boyer, capable de rallier les sarkozystes comme les ex-fillonistes.

LA CROISSANCE FRANCAISE DECOIT

Tout ce climat profite à Emmanuel Macron qui s’apprête à fêter le premier anniversaire de son élection avec une cote de popularité flatteuse. Selon un sondage Ipsos Game Changers, le Chef de l’Etat obtient 40% de jugements favorables sur son action et retrouve ainsi son niveau de janvier. En revanche, 52% des Français interrogés portent un jugement négatif sur son action. Emmanuel Macron progresse notamment auprès des sympathisants de droite (+20 points chez les proches des Républicains), mais aussi du Parti socialiste (+9) et du Front national (+13). Il tire clairement le bénéfice de la fermeté de l'exécutif face aux mouvements sociaux, lors de la discussion de la loi asile immigration ou lors de l'intervention en Syrie. Un an après son arrivée à l'Elysée, la popularité d'Emmanuel Macron est au même niveau que celle de Nicolas Sarkozy au même moment de son mandat (40%), mais nettement supérieure à celle de son prédécesseur François Hollande (26%).

Au chapitre économique, la grande surprise de la semaine a résidé dans le tassement de la croissance économique française au cours du premier trimestre. Celle-ci a ralenti plus que prévu au premier trimestre, tombant à 0,3% sous l'impact notamment d'une consommation des ménages atone et d'une nette décélération des investissements des entreprises, selon la première estimation publiée vendredi par l'Insee. Il s'agit de la hausse la plus faible depuis le troisième trimestre 2016, l'institut confirmant dans le même temps celle de 0,7% enregistrée sur les trois derniers mois de 2017. Les économistes interrogés par Reuters tablaient en moyenne sur une hausse de 0,4% du produit intérieur brut du premier trimestre, un niveau anticipé également par l'Insee dans sa dernière note de conjoncture. La Banque de France avait, pour sa part, très bien revu sa prévision pour la période à + 0,3% début avril.

LA BARRE DES 3 % FRANCHIE PAR LE 10 ANS AMERICAIN

L'acquis de croissance pour 2018, à savoir l'évolution du PIB si l'activité stagnait au cours des trois prochains trimestres, se situe donc à 1,2% au 31 mars. La demande intérieure finale, traditionnel moteur de la croissance française, a contribué positivement au PIB à hauteur de 0,3 point (contre 0,5 au 4e trimestre). La contribution des variations des stocks des entreprises, très volatile, a été nulle (après -0,4 au trimestre précédent), de même que celle du commerce extérieur, qui avait dopé de 0,6 point le PIB des trois derniers mois de 2017. Dans le détail, la production totale de biens et services a nettement ralenti au 1er trimestre (+0,3% après +0,9%). La production manufacturière a accusé une baisse de 1,1% du fait de la baisse importante en matériel de transports. La consommation des ménages, toujours atone, a progressé au rythme inchangé de 0,2 %. Quant à l'investissement global, il a augmenté de 0,6% (après +1,1% au quatrième trimestre 2017), une nette décélération due aux entreprises.

L’autre événement important a été le franchissement de la barre des 3 % par le rendement de l'emprunt du Trésor américain à 10 ans. S'il ne s'agit que d'un chiffre symbolique, il constitue un important indicateur de la progression des taux longs, qui pèsent sur l'économie. L'emprunt à 10 ans affichait un taux de 2,41% en début d'année. Cette remontée des taux intervient dans un contexte assez inhabituel dans la mesure où les récents indicateurs économiques n'ont pas été particulièrement encourageants. L'inflation semble en revanche se confirmer et la hausse des prix du pétrole suggère une accélération de la croissance économique mondiale. De fait, le marché s'attend à ce que la Réserve fédérale continue à relever ses taux d'intérêt, ce qui a propulsé cette année le rendement de l'emprunt du Trésor à deux ans à 2,47%, contre 1,89%. En conséquence, la courbe des rendements, soit l'écart entre le taux de l'emprunt à 10 ans et celui de l'emprunt à 2 ans, s'est réduite à 0,5 point de pourcentage. Malgré tout, il faut noter que depuis 1976, lorsque l'écart de taux des emprunts à 10 ans et à deux ans est ressorti entre 0 et 0,5 point de pourcentage, l'indice S&P 500 a gagné 13% en moyenne au cours de l'année suivante.

LE COUP DE MAITRE DE FRANCOIS PEROL

En matière de business, l’événement de la semaine a été la démission surprise de François Pérol de son poste de Président du directoire de BPCE qu’il occupait depuis 2009, avec une fin de mandat prévue en 2020. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Sarkozy avait reçu une offre très alléchante de Rothschild & Cie où il a été associé-gérant de 2005 à 2007. Il s’agit de devenir managing partner de Rothschild & Co Gestion et Co-président du Group Executive Committee, deux structures qui chapeautent les activités britanniques et françaises de la banque aux cinq flèches. Ce qui constitue un défi passionnant au moment où David de Rothschild vient de laisser les rênes de la banque éponyme à son fils Alexandre.

Par ailleurs François Pérol n’ignorait rien des discussions – que WanSquare révélait la semaine passée dans ces colonnes – entre Frédéric Oudéa et Laurent Mignon le patron de Natixis. Il a donc préféré démissionner plus vite que prévu jeudi soir, juste avant qu’un comité des nominations retienne le nom de Laurent Mignon. Qui a été adoubé tard dans la soirée par un conseil de surveillance de BPCE. De fait, dans un groupe miné par les divisions entre les banques populaires et les caisses d’épargne, François Pérol est parvenu à laisser la banque qu’il a modelée et redressée dans les mains d’un professionnel qu’il a lui-même recruté et qui est considéré comme l’un des meilleurs banquiers de sa génération. Par ailleurs c’est François Riahi, numéro deux de BPCE qui a été choisi par le conseil de Natixis pour remplacer Laurent Mignon comme directeur général.

SHORT IMPORTANT SUR L’ACTION VIVENDI

Sur le front des entreprises, à noter le très bon début d’année du réassureur Scor. Le résultat net du groupe au premier trimestre est ressorti à 166 millions d'euros, contre 140 millions d'euros au premier trimestre 2017, soit une hausse de 18,6%. Par ailleurs le ratio combiné, qui définit le rapport entre le coût des sinistres et le total des primes encaissées, s'est établi à 91,8% en réassurance non-vie, contre 94,5% sur la même période de 2017. Selon le consensus FactSet, les analystes anticipaient un résultat net de 160 millions d'euros et un ratio combiné de 90,7%.

Si la mise en examen de Vincent Bolloré a eu un fort impact sur l’action Bolloré, le titre Vivendi reste balloté par les annonces concernant la bataille sur Telecom Italia. Le groupe a qualifié jeudi d'incohérente la position du fonds activiste Elliott qui a apporté son soutien à l'administrateur délégué de Telecom Italia Amos Genish tout en combattant la façon dont est géré l'opérateur télécoms italien. Amos Genish, proche de Vivendi a reçu l'appui de la quasi-totalité des actionnaires de TIM mardi lors de l'assemblée générale, y compris celui du fonds Elliott, devenu le deuxième actionnaire de l'opérateur avec une participation de 9%. Une assemblée générale de Telecom Italia est prévue vendredi prochain au cours de laquelle les actionnaires sont appelés à désigner le nouveau conseil d'administration du groupe et devront choisir entre les listes et projets concurrents de Vivendi et Elliott. A noter que depuis quelques jours l’action Vivendi est l’une des plus « shortées » en Europe. Plus de 11 % du capital sont ainsi vendus à découvert.

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