éditorial
2014 ne sera pas l'année de la reprise en France
par Yves de Kerdrel
A l'Élysée, comme à Matignon et à Bercy on est désormais en mode panique. La reprise attendue et promise pour 2014 ne sera pas au rendez-vous faute d'investissements et en raison de la baisse des dépenses des ménages. Du coup Moscovici cherche à partir comme plusieurs piliers des cabinets importants.
08/12/2013 - 07:46

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Faute de pouvoir s'adresser au pays à l'occasion d'une conférence de presse qui aurait du avoir lieu à la mi-novembre, François Hollande a tenté un nouveau mode de communication non politique pour tenter de renouer le lien avec les français et enrayer la chute dramatique de sa popularité. D'où la photo envoyée à I-Télé du Président portant dans ses bras un bébé. D'où la fuite organisée sur son opération de la prostate en 2011 au moment même où l'on apprenait l'hospitalisation de Jacques Chirac. D'où encore l'arrivée surprise de François Hollande, à 21 h 30, à une réunion avec tous les élus bretons.
Mais cela n'a pour l'instant rien changé à la popularité du couple exécutif. Comme l'a montré pour François Hollande un récent sondage réalisé pour Paris-Match. Et maintenant c'est son premier ministre qui vient d'atteindre un record d'impopularité, selon le baromètre mensuel CSA-Les Échos publié jeudi 5 décembre, avec 22 % des sondés qui approuvent son action. Selon CSA, il s'agit pour un premier ministre d'un score jamais observé depuis la création du baromètre en 1993. Le précédent record était détenu par Dominique de Villepin (23 % en mai 2006), après la crise du contrat première embauche (CPE). Selon ce même sondage, François Hollande, en baisse d'un point, atteint lui aussi un nouveau record d'impopularité par rapport au mois précédent, avec 24 % de Français déclarant lui faire confiance pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. C'est le plus mauvais score obtenu par un chef de l'État en fonction, pour ce sondage.
LES AMBITIONS EN SOURDINE
Un autre sondage effectué par TNS-Sofres pour Le Figaro Magazine du 6 décembre montre toutefois qu'avec 18 % d'opinions favorables, Jean-Marc Ayrault serait moins populaire qu'Édith Cresson en 1992, mais plus que Dominique de Villepin, qui, en 2005, n'avait la confiance que de 17 % des Français. Selon cette même enquête, le Premier Ministre perd 9 points de soutien chez les sympathisants socialistes, qui ne sont plus que 47 % à lui faire confiance. D'après ce baromètre, le président de la République, François Hollande, est resté stable au mois de novembre, avec 21 % d'opinions favorables.
Dans ces conditions, à droite, la période de glaciation semble prendre fin tout doucement. François Fillon et Alain Juppé se sont affichés cote à cote jeudi dernier à l'occasion d'un meeting en Gironde, alors que le parti d'opposition reste profondément divisé. Multipliant les amabilités, le candidat déclaré à la présidentielle et le maire de Bordeaux se sont présentés comme des hommes d'État davantage soucieux des difficultés du pays que de leurs ambitions personnelles. Face à des militants ravis, Alain Juppé a préconisé de mettre en sourdine la bataille des ambitions en vue de la présidentielle de 2017, en adressant un message aux ténors du parti. Insistant sur leur expérience respective et leur sens des responsabilités, François Fillon et Alain Juppé n'ont donc eu de cesse de répéter que l'UMP devait se rassembler. Mais ni l'un ni l'autre n'ont cité le nom de Nicolas Sarkozy, qui reste le candidat préféré des sympathisants UMP pour 2017.
L'ancien Président de la République ne montre toujours aucune envie de revenir dans la bataille, même si son épouse apparaît curieusement plus combative. Selon les informations de WanSquare, toute une série de sondages très favorables au retour de Nicolas Sarkozy devraient être publiés au cours des prochains jours. Ces enquêtes confirmeraient le désir des français de voir le locataire du 77 rue de Miromesnil renouer avec la ligne droitière qui lui a permis de rattraper une grande partie de son retard à la fin de la campagne présidentielle de 2012.
MOUVEMENTS EN VUE A L'ELYSEE
Ces publications pourraient bénéficier d'une caisse de résonnance d'autant plus grande qu'au sommet de l'État, beaucoup songent à quitter le navire. Notamment dans l'entourage proche de François Hollande. A cela s'ajoute le désir ardent de Pierre Moscovici de quitter la pétaudière de Bercy pour un poste de commissaire européen à Bruxelles. Sans compter les départs forcés de Pierre-René Lemas, le secrétaire général de la Présidence de la République et de Christophe Chantepy, le directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault. Mais la manière dont le couple exécutif a instrumentalisé le nom de François Villeroy de Galhau complique désormais d'éventuelles nominations.
Sur le plan macro-économique, la nouvelle importante de la semaine est venue des États-Unis où le chômage est tombé en novembre à son plus bas niveau depuis cinq ans. En un mois, l'économie américaine a créé 203 000 emplois, faisant ainsi chuter le taux de sans-emploi à 7 %, selon les statistiques publiées vendredi par le département du travail. Pour trouver un tel chiffre, il faut remonter au début de la crise financière, en novembre 2008 : le taux de chômage s'élevait alors à seulement 6,8 % de la population active. Non seulement les créations d'emplois en novembre ont été plus nombreuses que ce que les économistes prévoyaient, mais surtout, l'économie américaine commence à s'inscrire dans une tendance, lente mais régulière, de baisse du chômage. Ce phénomène pourrait alimenter une consommation, qui actuellement ne progresse que timidement, alors qu'elle reste le principal moteur de l'activité économique aux États-Unis.
LA PANOPLIE DE DRAGHI
S'agissant de l'Europe les nouvelles prévisions économiques sont beaucoup plus moroses. Jusqu'en 2015 inclus, la croissance serait de seulement 1,5 %, et l'inflation de 1,3 %, bien en dessous de l'objectif de prix affiché par la BCE, soit moins de 2 %, mais proche de 2 %. De fait, la Banque centrale européenne a choisi le statu quo sur ses taux d'intérêt, abaissés, en novembre, à 0,25 %. Mais son président, Mario Draghi, n'a livré que des détails impressionnistes sur la panoplie de mesures dites non conventionnelles qu'elle pourrait, à l'image de ses consoeurs dans le monde, utiliser pour soulager la crise de la zone euro. Mario Draghi pencherait pour des crédits qui refinanceraient le crédit à l'économie réelle. Par ailleurs, réutiliser le programme de rachats de titres d'État sur le marché ne semble pas non plus exclu.
Pour la France les prévisions deviennent de plus en plus sombres. 2014 qui devait être l'année de la reprise pourrait être finalement celle d'un nouveau repli. Les économistes finissent par ne plus savoir quels mots employer pour décrire la panne de croissance dans laquelle la France s'est engluée depuis trois ans et dont elle ne parvient pas à sortir. Les indices synthétiques des directeurs d'achat de novembre témoignent d'une perspective très négative avec un décrochage français net dans le secteur manufacturier et dans celui des services. Compte tenu de ces éléments les prévisionnistes jugent possible une contraction économique au quatrième trimestre 2013 et un PIB en glissement annuel négatif au premier trimestre 2014. En l'absence d'un redémarrage de l'investissement des entreprises, c'est plutôt du côté de nos partenaires que pourrait venir l'impulsion.
EURONEXT PREPARE SON RENOUVEAU
Pierre Gattaz, qui est beaucoup critiqué par les milieux patronaux, depuis quelques semaines pour son manque de combativité a souhaité reprendre l'initiative. Après avoir été le premier président du Medef à se rendre au siège de la CFDT où il a été très bien reçu par Laurent Berger, il pourrait aller au siège de Force Ouvrière. De son coté Laurence Parisot a annoncé, mercredi, au groupe des employeurs du Conseil économique, social et environnemental qu'elle en démissionnait. Elle devrait rejoindre le groupe des personnalités qualifiées. Laurence Parisot explique avoir été en désaccord avec ses homologues chefs d'entreprise sur le développement durable et la laïcité en entreprise. Ce départ est aussi une manière de se démarquer de Pierre Gattaz, l'actuel président du Medef, qui a déserté les sujets sociétaux.
Selon les informations de WanSquare, Anthony Attia s'apprêterait à prendre la tête d'Euronext en France. Cet homme de 39 ans qui était jusqu'à présent le directeur de cabinet de Dominique Cerutti, lui-même aujourd'hui directeur général d'Euronext NV, devrait prendre ses nouvelles fonctions en début d'année 2014. Sa nomination officielle devrait être annoncée très prochainement. Elle interviendrait alors que Nyse Euronext vient d'être acquis par l'Américain ICE. Dans un second temps, Euronext, la filiale européenne de l'opérateur boursier, devrait être introduite en Bourse en mai prochain. Anthony Attia aura pour mission de renforcer la position de la Place de Paris, dans son nouvel environnement. Il connaît bien la maison, puisqu'il travaille chez Euronext depuis 1997. Ingénieur de formation, diplômé de ENSIIE mais aussi de l'Insead, il a participé à plusieurs des étapes clés de la consolidation du groupe. Il a notamment été le concepteur de la plate-forme technologique de Nyse-Euronext.
Par ailleurs ce mercredi, un nouveau conseil de surveillance de Vivendi devrait intervenir. Il pourrait être l'occasion pour le groupe d'officialiser la nomination d'un nouveau membre du directoire en la personne du remplaçant de Philippe Capron à la direction financière de Vivendi. Par ailleurs le conseil de surveillance pourrait entériner la cession définitive de Maroc Télécom. Hasard du calendrier la prise de pouvoir de Vincent Bolloré chez Vivendi intervient au moment même où l'Assemblée nationale a adopté un amendement du député Christian Eckert prévoyant une taxe de 5 % sur la valeur d'une chaîne, qui détient une fréquence hertzienne obtenue gratuitement auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), quand elle est cédée. L'idée d'une telle taxation avait émergé quand le groupe Bolloré avait revendu ses deux chaînes, D8 et D17, au groupe Canal+, pour une valeur - payée en titres Vivendi, l'actionnaire de Canal+ - qui avait finalement atteint 320 millions d'euros. Cela signifie que si la taxe avait existé à cette époque, l'industriel breton aurait dû s'acquitter d'un impôt de 16 millions d'euros.
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