éditorial
Nicolas Sarkozy se place dans une posture difficile avec la TVA sociale et la Taxe Tobin
par Yves de Kerdrel
Poussé par Henri Guaino, le Chef de l'Etat a décidé d'accélérer le calendrier à la fois sur la TVA sociale - qui peut se révéler un pari dangereux - et sur la taxe pour la transactions financières qui creuse une brèche dans l'entente franco-allemande. Pendant, ce temps, sans avancer la moindre idée, François Hollande, sort du bois, et François Bayrou grimpe dans les sondages.
08/01/2012 - 08:00

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L'ambiance n'est pas à la fête, depuis quelques jours, à l'Elysée, au fur et à mesure que tombent les résultats des derniers sondages. Ceux publiés en fin de semaine dernière comme le CSA-Les Echos ou ceux qui vont être publiés dans les jours qui viennent, sans compter toutes les enquêtes d'opinion commandées et non destinées à la la publication. Toutes font apparaitre une baisse de la popularité du Président de la République (même légère), une stabilisation du score de François Hollande après son effondrement des trois derniers mois et surtout une forte envolée de François Bayrou qui commence vraiment à se positionner comme le quatrième candidat de cette présidentielle.
Ce qui inquiète le "Château", c'est que ni le discours des voeux, ni l'annonce de la TVA sociale n'ont eu le moindre impact positif sur la popularité de Nicolas Sarkozy. Au contraire certaines études qualitatives le qualifient désormais comme "trop grave". Il lui est reproché de ne plus sourire. Bref, après avoir accusé le Chef de l'état d'être "bling-bling", les français semblent majoritaires à l'accuser d'un ascétisme trop prononcé ou d'une forme d'austérité dans les paroles et dans la posture. Au point de préférer celui que l'on surnomme toujours à gauche "Monsieur petites blagues".
UNE CONVENTION DE L'AFEP EN MARS
Il reste que si la TVA sociale est une mesure qui compte peu de détracteurs dans les milieux patronaux, la plupart des dirigeants d'entreprises se demandent quelle mouche a piqué le Président de la République de vouloir imposer cette mesure à cent jours de l'élection présidentielle alors qu'il en est question...depuis 2005 ! D'autant que s'il s'agit d'une mesure destinée à doper la compétitivité, elle ne pourra pas produire d'effets sur l'emploi à court terme et donc il sera difficile d'en faire l'une des mesures fortes du sommet du 18 janvier prochain.
Mais le mot "compétitivité" est un sésame pour le patronat à l'aube de cette année 2012. Tant au sein de l'Institut de l'Entreprise, cher à Michel Pébereau, et désormais présidé par Xavier Huillard, le patron de Vinci qui prévoit toute une série de "happenings" dans les semaines qui viennent, que pour l'AFEP, présidée par Maurice Lévy. Cette organisation patronale a prévu d'organiser au mois de mars - lorsque Nicolas Sarkozy se sera déclaré candidat - une grande convention sur la compétitivité qui serait ouverte par François Hollande et conclue par le Chef de l'Etat ou vice et versa. Ce qui serait l'évènement économico-politique des semaines à venir.
UN HAIRCUT DE 66 % SUR LA GRECE ?
La seconde énigme de la semaine écoulée a été l'annonce par Henri Guaino, puis par François Baroin, et enfin par Nicolas Sarkozy, lui-même, que la taxe sur les transactions financières - dite Taxe Tobin - serait instaurée cette année, quoi qu'il arrive, et même si les allemands ne sont pas d'accord sur les modalités. Bien sûr cette mesure échappera au " grand public ". Elle pourrait même être bien perçue par l'électorat d'extrême droite, du centre ou de la droite "bobo". Mais elle risque d'avoir des répercussions naturellement négatives sur la Place de Paris qui ne ressemble déjà plus qu'à une "morne plaine" et sur le couple franco-allemand.
Il en sera donc question demain lors du déjeuner qui réunira Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à Berlin. A l'agenda, le principal sujet reste la Grèce, dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle va connaître deux mois " cruciaux ". Le Premier Ministre Grec a évoqué, cette semaine, le spectre, d'un défaut de paiement au début mars s'il ne parvenait pas à un accord sur la réduction des salaires avec les syndicats. Or lundi 16 janvier les équipes du FMI et de la Commission Européenne reviennent à Athènes pour faire le point sur l'avancement du programme de redressement des finances publiques. A côté de cela les négociations avec les créanciers privés sur le niveau du "haircut" patinent toujours. Mais selon les informations de WanSquare on a déjà quitté la zone de 50 % pour être plus proche de 66 %. Et rien ne dit qu'un accord sera trouvé. Or cela porte sur les 206 milliards d'euros que détiennent banquiers, assureurs, ou hedge funds.
DEXIA DE MAL EN PIS
Tout cela justifie le regain de défiance envers l'euro qui explique le recul de la monnaie européenne davantage qu'une montée du dollar soutenue par les bons chiffres américains. Les dernières statistiques publiées par la Banque centrale chinoise ont révélé que jamais, depuis des mois, celle-ci n'a détenu, aussi peu d'euros, en réserves de changes.
Du côté des affaires, l'excitation était à son comble en fin de semaine sur le dossier Dexia après que la Caisse des Dépôts, par la voix de Michel Bouvard, le Président de la Commission de Surveillance, ait déclaré publiquement, que les conditions n'étaient plus réunies pour une reprise de Dexia. D'un côté la situation financière de la banque s'est furieusement dégradée au cours des dernières semaines. Ce qui a amené Pierre Mariani à faire un appel désespéré à l'Etat. D'un autre côté, il semble que les états français et belges ont calculé que le coût d'une nationalisation pure et simple sera moins élevé que celui des garanties apportées à la Caisse. Quant à cette dernière, elle travaille, de toute manière, sur un accompagnement étroit des collectivités locales, avec ou sans Dexia, avec l'ambition d'avoir une offre prête pour le 31 mars, date à laquelle les territoires bouclent leur budget.
AMBIANCE A LA SAUR !
C'est ce que devrait confirmer Augustin de Romanet, le Directeur Général de la Caisse des Dépôts, demain dans un quotidien économique, à l'occasion d'une grande interview de début d'année. A cette occasion il devrait aussi confirmer que l'établissement de la Rue de Lille pourrait afficher des comptes équilibrés, au titre de l'exercice 2011, malgré la chute des marchés financiers.
Sur l'affaire Séché-Saur, le climat reste très tendu en dépit de la désignation d'Aldo Cardoso comme médiateur. Ce qui étonne bon nombre d'observateurs dans la mesure où celui-ci est administrateur de GDF-Suez, actionnaire de Suez Environnement et donc concurrent de Séché et de la Saur. Cette nomination semble être faite pour enterrer toute velléité de rapprochement entre les deux sociétés au grand désespoir de Joël Séché. Il y a 48 heures, ce dernier, qui est président du conseil de surveillance de la Saur a envoyé toute une équipe d'auditeurs afin de récupérer des pièces comptables. Peut-être ce coup de force relevait-il de l'intimidation ? Toujours est-il que Séché n'étant qu'un actionnaire minoritaire de la Saur, ses auditeurs ont été forcés de rebrousser chemin. Ambiance !
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