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Yves de Kerdrel
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Hollande doublement affaibli après le départ de Taubira
par Yves de Kerdrel
Le chef de l’état aura tout fait pour essayer de retenir Christiane Taubira à l’intérieur du gouvernement. Son départ pose un problème de positionnement à son gouvernement désormais recentré et dépourvu de caution de gauche en plein débat sur la déchéance de nationalité. Surtout l’ex-Garde des Sceaux laisse planer un doute sur une candidature frondeuse au premier tour de 2017.
La surprise était totale, y compris pour les principaux ministres, mercredi matin à l’annonce de la démission de Christiane Taubira. Et plus encore de son remplacement par Jean-Jacques Urvoas, un très proche de Manuel Valls et d’Alain Bauer et un grand spécialiste des questions de sécurité intérieure. Ce qui signifie que le Premier Ministre a réussi à tordre le bras de François Hollande pour imposer la nomination de son protégé comme Garde des sceaux. Voilà qui tombe bien mal pour le Chef de l’Etat qui s’était donné comme ambition de rassembler toute la gauche et même la gauche de la gauche après les faux pas du débat sur la déchéance de la nationalité.
Alors que le prochain remaniement était vu comme l’une des dernières chances pour François Hollande de rouvrir la porte à sa gauche, le départ de Christiane Taubira complique les choses. Difficile en effet pour une personnalité comme Emmanuelle Cosse, la patronne d’EELV, de justifier désormais une participation gouvernementale alors que l’emblématique garde de sceaux a claqué la porte. A la gauche du PS, l’épisode semble avoir grevé les quelques espoirs qui perduraient.
UNE CANDIDATURE FRONDEUSE EN 2017 ?
Mais pour François Hollande le départ de Christiane Taubira pose aussi le problème de la candidature socialiste en 2017. Même si l’ex-Garde des Sceaux a répété qu’elle ne serait pas candidate, l’équation socialiste est pour l’instant insoluble : dans un contexte de tripartition de la vie politique, la gauche ne peut espérer être au deuxième tour qu’en rassemblant ses troupes au premier. Si bien qu’au PS, nombreux sont ceux qui concèdent que ce début d’année ne fait que renforcer l’hypothèse d’une candidature concurrente à la gauche du chef de l’Etat. Les trois anciens ministres Benoit Hamon, Arnaud Montebourg et Cécile Duflot ont d’ailleurs chaleureusement salué le départ de Christiane Taubira.
A cela s’ajoute, pour François Hollande le bon équilibre à trouver lors du prochain remaniement qui devrait intervenir avant le 15 février (on parle du 11 février). Un départ semble assuré : celui de la ministre du Logement Sylvia Pinel, devenue vice-présidente PRG du conseil régional Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Elle a explicitement demandé à François Hollande de pouvoir quitter le gouvernement. Par ailleurs, Laurent Fabius devrait être nommé Président du Conseil Constitutionnel. Enfin Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, pourrait se consacrer à la prochaine campagne présidentielle.
RETOUR REUSSI POUR SARKOZY
Il est de plus en plus question de Ségolène Royal pour le Quai d’Orsay, même si cette institution a exprimé ses plus vives réserves. Elizabeth Guigou reste également candidate. Jean-Michel Baylet annonce déjà à tous ses proches qu’il va devenir Ministre de l’agriculture. Par ailleurs François Hollande sait qu’il peut compter sur des candidatures d’écologistes comme Jean-Vincent Placé, François de Rugy ou Barbara Pompili, à défaut de Nicolas Hulot qui joue à la diva. D’aucuns annoncent également une possible promotion de Matthias Fekl, le secrétaire d’état au commerce extérieur que Manuel Valls présente comme son arme « anti-Macron ».
A droite l’actualité est restée dominée par le retour de Nicolas Sarkozy sur le devant de la scène médiatique après la publication de son livre de « retour d’expérience ». L’ex chef de l’état sera encore très présent dans les médias ces jours-ci avec notamment une participation à l’émission « Des Paroles et des actes » jeudi soir. A dix jours d’un Conseil National des Républicains qui devrait voir les ténors de la droite reprendre leur affrontement sur la ligne politique. Une chose est sûre : Nicolas Sarkozy a bien l’intention de mener une campagne à droite toute pour la primaire de novembre. Dans son livre, le président des Républicains prône la fin de toutes les aides sociales pour les étrangers en situation irrégulière et conditionne l’entrée sur le territoire à la possession d’un contrat de travail. Par ailleurs il souligne que « la nouvelle immigration » doit « s’assimiler ». Un choix qui vise à marquer sa différence avec Alain Juppé, partisan du concept d’« intégration ».
FILLON TRACE SON SILLON CHEZ LES PATRONS
Nettement distancé par le maire de Bordeaux dans les sondages, Nicolas Sarkozy a décidé de formuler les positions les plus dures possible sur l’immigration et les sujets identitaires, dans l’espoir de faire apparaître son rival comme un centriste, qui serait en décalage avec les attentes du peuple de droite. Il veut amener délibérément amener Alain Juppé sur le terrain du régalien de manière à cliver. S’il arrive à installer le débat sur les questions de nationalité, d’identité ou de frontière, il retrouvera alors une position de force. Ce qui ne l’empêche pas de labourer le terrain économique. Vendredi il a déjeuné avec les dirigeants et le bureau européen d’un grand journal économique anglo-saxon, auprès desquels il a fait forte impression.
Toujours plus discret, François Fillon a développé cette semaine ses propositions à destination des entrepreneurs, dont il reste le « chouchou ». Il brise des tabous en parlant de « capital », en proposant de geler les droits de succession pour les transmissions d’entreprise, en créant une flat tax pour les revenus d’épargne et surtout en créant une importante réduction d’impôt pour tous ceux qui souhaitent apporter des fonds propres aux entreprises. Avec Emmanuel Macron l’ancien Premier Ministre reste l’homme politique préféré des patrons petits ou grands.
LES CENTRISTES S’ACTIVENT POUR LES PRIMAIRES
Par ailleurs, l’UDI et Les Républicains s’apprêtent à entrer dans une phase de négociation active. Le président du parti centriste, Jean-Christophe Lagarde veut avoir l’assurance que son parti obtiendra un nombre suffisant d’investitures aux législatives pour peser sur la future majorité. Cette demande a été bien reçue par Nicolas Sarkozy qui devrait s’entretenir avec son homologue centriste dans les prochains jours. Le coup de pression de l’UDI arrange en fait le patron des Républicains face à ses rivaux de la primaire. Celui-ci espère que son parti élaborera un projet avant l’été. Il a également annoncé que les investitures des candidats aux législatives devaient être validées au printemps.
Ses concurrents, Alain Juppé ou François Fillon, redoutent d’avoir les mains liées par un programme trop précis. Et il leur paraît plus logique que le vainqueur de la primaire acte les noms des candidats aux législatives après le scrutin, c’est-à-dire au mois de novembre. Le fait que l’UDI impose de clarifier ces deux points au printemps permet à Nicolas Sarkozy de justifier son calendrier. L’ancien chef de l’Etat n’imagine pas une primaire sans l’UDI. Face à la dynamique du FN, il redoute plus que tout une multiplication des candidatures au premier tour de la présidentielle.
L’INVESTISSEMENT SEMBLE REPARTIR
Au chapitre économique l’actualité a été marquée par les chiffres définitifs de la croissance pour 2015. Le PIB français a progressé de 1,1 %, conformément aux prévisions du gouvernement. Pourtant, comme le prévoyait l’Insee, la croissance a ralenti en fin d’année à +0,2 % au quatrième trimestre après +0,3 % au troisième. C’est la consommation, principal carburant du moteur tricolore en 2015, qui a calé. Les dépenses d’énergie ont reculé en raison de températures particulièrement douces en novembre, tandis que les dépenses d’habillement, d’hébergement et de restauration ont payé un lourd tribut aux attentats de novembre 2015 en Ile-de-France. Mais l’Insee se veut rassurant. La consommation des ménages en biens a rebondi dès décembre.
La bonne surprise de la fin d’année provient de l’investissement, second étage de la fusée de la reprise, qui accélère nettement. Du côté des ménages d’abord, où l’investissement en logement (+0,1 %) croît pour la première fois depuis… le deuxième trimestre 2013 ! Mais aussi pour les entreprises, y compris dans la construction et les travaux publics, secteur sinistré pendant la crise. En revanche, les importations augmentent toujours plus vite que les exportations, et les stocks se sont accrus en fin d’année. Après une année 2015 poussive, le gouvernement table pour l’instant sur une hausse du PIB de 1,5 % sur l’ensemble de 2016. Les bonnes fées de 2015 – euro faible, taux bas et pétrole bon marché – devraient rester présentes en 2016.
ENORME PERTE DE VALEUR A SHANGHAÏ
Le point noir reste évidemment l’emploi. Alors que François Hollande avait promis, en septembre 2012, une « inversion de la courbe du chômage » pour la fin de l’année suivante, la réalité l’a, constamment ou presque, contredit, plongeant sa cote de popularité dans l’abîme. Les statistiques publiées mercredi par le ministère du travail infligent un nouveau camouflet au chef de l’Etat. En décembre 2015, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité s’est accru de 15 800 (+ 0,4 % en un mois), effaçant la diminution observée en novembre (– 15 000). Le bilan de 2015 est, certes, moins mauvais que celui de 2014 : 90 000 chômeurs de plus en douze mois dans l’Hexagone (contre + 189 000 l’année précédente). Le chômage a poursuivi sa progression en 2015, à un rythme moins soutenu qu’en 2014 (+ 2,6 % contre + 5,7 %). Mais ces résultats peuvent difficilement être jugés satisfaisants, compte tenu du flot grossissant de personnes qui recherchent du travail : + 668 000 depuis l’élection de M. Hollande.
Par ailleurs les marchés sont restés très agités en fonction des variations observées en Chine. Le mois de janvier se solde par une chute de 22,6% de la Bourse de Shanghai, sa pire performance depuis octobre 2008. La chute de janvier a fait fondre de près de 12.000 milliards de yuans (1.675 milliards d’euros) la capitalisation cumulée des marchés actions chinois et a ramené les indices de référence à leurs niveaux de 2014. Cette baisse, après le krach de 40% du mois d’août, a découragé bon nombre d’investisseurs, ce qui a provoqué une diminution marquée des volumes d’échanges. Pour tenter de soutenir les marchés actions, Pékin a constitué ces derniers mois une équipe nationale en mobilisant des investisseurs publics, mais ces mesures ont eu peu d’effet notable.
ORANGE MENE LE BAL
La raison fondamentale de ce mouvement reste le ralentissement de la croissance économique, revenue l’an dernier à son plus bas niveau depuis un quart de siècle et qui favorise la dépréciation du yuan, encourageant les sorties de capitaux du pays. Dernier signe en date du ralentissement: le ministère des Finances a fait état vendredi d’une hausse de 8,4% seulement des recettes fiscales en 2015, leur plus faible augmentation depuis 1988. Les dépenses publiques, elles, ont bondi de 15,8%, reflétant le soutien de l’Etat à l’activité. La Banque populaire de Chine, qui a déclenché des turbulences sur les marchés du monde entier en annonçant deux dévaluations marquées du yuan en moins de six mois, a depuis stabilisé la monnaie même si les observateurs s’attendent à ce que celle-ci reste orientée à la baisse au cours des prochains mois.
Sur le front des entreprises les discussions se poursuivent entre Orange et Bouygues Telecom. Tout n’est pas calé, loin de là. Il reste encore à régler des questions financières, de reprise d’actifs de Bouygues Telecom par Free et SFR. C’est clairement Stéphane Richard qui mène le bal et du côté du groupe Bouygues les marges de manœuvre sont assez limitées. Car la question du modus operandi de l’opération ne porte pas que sur le prix, mais aussi sur les reprises de boutiques, de personnel et de réseaux. Par ailleurs les conseils d’Orange plaident vivement, comme l’État, pour que la participation de Bouygues soit inférieure à 10 % dans le futur Orange. Quitte à ce que la soulte en cash soit plus importante.
BOLLORE DISCUTE AVEC LES QATARIS
Autre discussion en cours, celle que mènent Vivendi et Canal + d’un côté pour parvenir à un accord avec BeinSports, l’autre chaîne payante majeure dans le domaine du sport en France. Les deux groupes ont intérêt à un deal. Canal+ subit la concurrence d’acteurs internationaux comme la plateforme de vidéo Netflix. Elle connaît une baisse de ses abonnés en France, au moment où ses coûts augmentent. BeinSports, elle, est structurellement déficitaire et perdrait plusieurs centaines de millions d’euros par an, malgré 2,5 millions d’abonnés à 13 euros par mois.
Pour rapprocher Canal+ et BeinSports, deux orientations différentes sont envisagées. La première consiste à se contenter de nouer un partenariat de distribution exclusif, contre le paiement d’un revenu garanti annuel. L’autre option ressemble à un mariage : il s’agirait pour Canal+ de racheter BeinSports. Ou, pour les deux sociétés, de fusionner, si l’acquisition de la chaîne qatarie était payée en actions Vivendi par exemple. Le prix de BeinSports n’est pas connu mais le cabinet Natixis l’a estimé autour de 500 millions d’euros.
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