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La rivalité Valls-Macron atténue la faiblesse de Hollande
par Yves de Kerdrel

Le plan de François Hollande destiné à lutter contre le chômage a été très mal accueilli tant par l’opinion que par les partenaires sociaux. Le Chef de l’État n’arrive pas à se dépêtrer du débat sur la déchéance de nationalité. Heureusement pour lui les médias et le microcosme se focalisent sur la rivalité entre Manuel Valls et Emmanuel Macron et sur le mea culpa de Nicolas Sarkozy.

24/01/2016 - 07:53 Temps Lecture 13 mn.

Depuis Davos,

Rien ne va plus en matière de communication présidentielle. Tout le monde se reconnaît à dire que la « gantzerisation » du Président, par référence à Gaspard Gantzer, son spin doctor en la matière est devenue une catastrophe. Notamment depuis les attentats du 13 novembre où toutes ses interventions ont été ratées. Qu’il s’agisse de celle du soir même de ces évènements, de la ridicule mise en scène des Invalides et plus encore de toutes les commémorations des attentats de Charlie Hebdo. De fait François Hollande est désormais forcé de se replier dans un silence prudent, laissant Manuel Valls occuper tout l’espace médiatique.

Il y est surtout contraint car son grand projet de révision constitutionnelle afin d’y inscrire la déchéance de nationalité tombe à l’eau faute de combattants. Si bien que l’Élysée a annoncé, vendredi soir, que face à la menace terroriste, le gouvernement présenterait le 3 février un projet de loi prolongeant de trois mois l’état d’urgence, qui devait s’achever le 26 février. Plus tôt dans la journée de vendredi, Manuel Valls, avait défendu, à Davos, en Suisse, dans un entretien à la BBC, une telle prolongation « le temps nécessaire, jusqu’à ce que nous nous soyons débarrassés de l’État islamique ». Plus que vaincre l’organisation État islamique, François Hollande, lui veut tout simplement se laisser le temps de faire adopter la révision qui doit permettre d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution.

MAUVAISE PASSE POUR HOLLANDE

Le matin même de cette journée de vendredi où François Hollande avait convié Nicolas Sarkozy à parler état d’urgence et déchéance de nationalité, les deux hommes ont découvert dans Le Figaro une tribune signée par vingt parlementaires du parti Les Républicains, dans laquelle ils annoncent qu’ils voteront contre la réforme constitutionnelle et donc contre la déchéance de nationalité pour les binationaux, y compris ceux nés français, condamnés pour des actes de terrorisme.

Une mauvaise nouvelle pour le chef de l’État, confronté à une division de sa majorité et qui a toujours compté sur les voix de droite pour l’aider à disposer d’une majorité des trois cinquièmes au moment du vote du Congrès. Mais cette petite scission n’est pas non plus une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy, qui n’a eu de cesse de répéter à ses troupes que cette réforme devait être votée.

Toujours est-il que François Hollande se retrouve dans une mauvaise passe tant dans le domaine régalien que sur le plan économique avec le très mauvais accueil réservé à son plan d’urgence contre le chômage. A cela s’ajoute la perspective d’un prochain remaniement destiné à pourvoir au remplacement de Laurent Fabius au Quai d’Orsay. Ce mouvement devrait intervenir entre le 11 et le 15 février selon l’entourage du Chef de l’État. Il y a, pour l’heure, peu de candidats au poste puisqu’il s’agit d’un CDD de 14 mois. Hubert Védrine a été largement approché mais préfère garder sa liberté. Ségolène Royal rêve du poste, mais la machine du Quai a déjà prévenu que ce serait une catastrophe. De fait, l’hypothèse aujourd’hui la plus probable est la nomination d’Elizabeth Guigou, actuellement présidente de la Commission des Affaires Étrangères à l’Assemblée. En revanche il ne semble pas question de nommer Christiane Taubira à la Culture ou même au conseil Constitutionnel. Comme l’assure un proche de François Hollande il préfère la garder « à l’intérieur de la tente » jusqu’à la présidentielle de 2017.

VALLS ET MACRON A COUTEAUX TIRES

La semaine a donc été par ailleurs bien marquée par le jeu du chat et de la souris de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron à Davos. Le premier ministre, arrivé mercredi en fin de journée dans la montagne suisse ne risquait pas de tomber sur Emmanuel Macron, dont le lever de rideau a eu lieu dans la soirée de jeudi. L’agacement du locataire de Matignon envers son ministre transpire de plus en plus. Il n’était donc pas question pour le chef du gouvernement, qui n’avait jamais mis les pieds dans le temple du capitalisme, de laisser son jeune ministre incarner à lui seul sur la plus belle tribune mondiale le thème des réformes réputées indispensables au redressement économique du pays.

Manuel Valls, dont l’anglais est aussi pauvre que celui de Nicolas Sarkozy, a donc truffé son agenda à Davos de rencontres avec des stars de la Silicon Valley. Jeudi, il a rencontré Éric Schmidt, le fondateur de Google, ou encore Sheryl Sandberg, l’emblématique directrice des opérations de Facebook, puis John Chambers, le président de Cisco. Cette guerre Valls-Macron a aussi des répercussions en politique intérieure. Le projet de réforme du temps de travail, présenté lundi par le président de la République, signe de facto la fin des trente-cinq heures tant réclamée par le Ministre de l’économie. Par ailleurs demain, lundi 25 janvier, Manuel Valls a prévu de mettre en scène la remise par Robert Badinter, de ses propositions sur la réforme du code du travail. Ce rapport servira de base à la réforme du droit du travail que présentera Myriam El Khomri, le 9 mars.

Les boutades de Manuel Valls poursuivent même Emmanuel Macron jusque sur le banc des ministres à l’Assemblée nationale. Mais sous le vernis de la plaisanterie pointe la profonde irritation de Manuel Valls. « Quand il parle de la fonction publique, de travail ou de terrorisme, il n’est pas tout à fait sur son périmètre », assure un proche du Premier Ministre. Il reste qu’Emmanuel Macron profite de courbes sondagières alléchantes, d’une forte popularité construite à droite comme à gauche à coups de déclarations transgressives vis-à-vis des canons socialistes. Autant de choses qui rappellent la méthode qu’affectionnait en son temps Manuel Valls, aujourd’hui privé, de par sa position à Matignon, de sa liberté de mouvement et de parole.

SARKOZY JOUE SA DERNIERE CARTE

A droite, l’actualité c’est naturellement la sortie du livre de Nicolas Sarkozy. C’est une carte majeure dans son projet de reconquête de l’Élysée. Rejeté par une majorité de Français, l’ancien chef de l’État y reconnaît plusieurs « erreurs » de son quinquennat. L’ex-président de la République y annonce aussi vouloir « leur parler d’une partie du passé que nous avons vécu ensemble, du présent et de ses contingences, et surtout de l’avenir ». Conscient de la nécessité d’un devoir d’inventaire, le président du parti Les Républicains s’y livre à une confession politique sur son bilan et fait acte de contrition sur certains symboles de son début de mandat, tout en se projetant vers le futur.

Mais l’exercice ne se confine pas à une auto flagellation. Nicolas Sarkozy et son entourage considèrent depuis 2012 que le bilan de son quinquennat n’a pas été assez valorisé. Il assure donc aussi lui-même le service après-vente en affirmant souvent avoir eu raison contre tous, médias ou adversaires politiques. Il se vante ainsi d’avoir perçu en premier que Schengen « ne fonctionnait plus » ou encore d’avoir pratiqué l’ouverture, en intégrant des ministres de l’opposition à son premier gouvernement : « Cette diversité a permis d’apaiser les tensions. » Le président des Républicains assume surtout la dérive droitière de la deuxième partie de son mandat. Cet exercice, mélange de plaidoyer et de pénitence, n’est pas inédit pour Nicolas Sarkozy. Reste à savoir si cette nouvelle opération rédemption pourra permettre de modifier l’image de M. Sarkozy auprès des Français. L’enjeu est énorme pour enrayer sa chute dans les sondages et faire mentir ceux qui pensent qu’il a fait son heure.

DRAGHI APAISE LES MARCHES

Sur le plan économique l’actualité la plus marquante a été faite par Mario Draghi, le Président de la Banque centrale européenne, qui s’est efforcé, depuis Davos, de rassurer les marchés. Si l’institution a laissé son principal taux directeur inchangé (0,05 %), l’Italien s’est montré très clair : la BCE ne capitule pas face à la faiblesse de l’inflation. Elle a le pouvoir, la volonté et la détermination d’agir. Surtout, il n’y a « pas de limite à l’utilisation des instruments dont elle dispose ». Pour preuve, l’institution pourrait « réévaluer et éventuellement revoir » sa politique monétaire lors de sa réunion du 10 mars. Si d’ici six semaines, les indicateurs économiques, en particulier l’inflation anticipée, ne se sont pas redressés, la BCE dégainera donc de nouvelles mesures. Une annonce bien accueillie par les marchés, qui ont aussitôt repris quelques couleurs.

Mais en agissant ainsi Mario Draghi risque de se prendre à son propre piège. Bien sûr il a un peu calmé les marchés. Mais, s’il ne dégaine pas des mesures aussi ambitieuses que promis, les Bourses sombreront à nouveau. Or, l’Italien a beau répéter qu’il n’a « pas de limites », les options dont il dispose sont plutôt restreintes, jugent les économistes. D’abord, parce qu’il devra convaincre l’ensemble du conseil des gouverneurs de la nécessité d’agir encore. Or la banque centrale allemande ne veut pas d’augmentation des rachats de dettes souveraines, de peur que cela incite certains États à laisser filer les déficits. Mais, surtout, Mario Draghi n’a plus de tour de magie en réserve.

LA FRANCE INQUIETE LE FMI

Moins de deux semaines après la publication du sombre diagnostic de la Banque mondiale, le Fonds monétaire international a pris acte de la plus lente croissance de l’économie mondiale et révisé à la baisse ses prévisions. Le Fonds estime que l’économie mondiale a franchi, dès 2015, le seuil des 3 % de croissance et qu’elle poursuivra sur cette lancée en 2016 (3,4 %) et en 2017 (3,6 %). Mais la reprise étant plus poussive que prévu en octobre 2015, le FMI a abaissé ses prévisions de 0,2 point pour chacune de ces années, les grandes tendances à l’œuvre en 2015 (le ralentissement et le rééquilibrage chinois, la baisse des prix du pétrole et des matières premières, le resserrement progressif de la politique monétaire américaine) continuant de produire leurs effets.

Le produit intérieur brut américain progresserait de 2,6 % en 2016 et en 2017 au lieu des 2,8 % prévus, en raison de l’appréciation du dollar pénalisante pour les exportations et la production manufacturière, et de l’impact de la baisse des prix sur la filière pétrole et sur les investissements miniers. La zone euro, grâce au dynamisme de la consommation privée et à la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne, accélérerait à 1,7 %, l’Allemagne étant dans la moyenne et la France accusant un léger retard (1,3 % en 2016 ; 1,5 % en 2017). Tout cela n’a pas empêché l’indice parisien de signer sa première semaine de hausse de l’année (3,01%).

LA FNAC EN BUTTE A SES SYNDICATS

Du côté des entreprises il faut souligner le scénario absurde qui se joue à la Fnac.

A peine les dirigeants de l’enseigne avaient-ils annoncé mercredi avoir obtenu « une intention de signature de la part de trois organisations syndicales recueillant 30 % des suffrages aux dernières élections professionnelles - la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC » sur leur projet d'accord social sur le travail dominical, qu'ils ont vu leurs espoirs douchés. Quelques heures plus tard, la CGT, SUD et FO, qui disposent à eux trois des 50 % de représentativité nécessaire, affirmaient leur intention de faire blocage à ce texte. Pour l'heure, la direction de la Fnac va lancer la procédure d'information-consultation auprès des représentants du personnel des différentes filiales et des magasins du groupe, ce qui prendra environ trois mois. C'est seulement après que l'accord sera officiellement validé et que ses opposants pourront s'y opposer. L'espoir de la direction est que les salariés feront pression sur les élus récalcitrants.

Quant au dossier Orange-Bouygues, il avance toujours avec l’entrée dans la boucle de Free et de Numéricâble-SFR qui ont commencé à faire savoir quelles sont leurs exigences. Pour que l’opération aboutisse tous sont condamnés à s’entendre. Car l’Autorité de la concurrence ne laissera pas passer la constitution d’un acteur dominant. Par ailleurs, l’État, qui détient 23 % d’Orange, veillera à la fois à ses intérêts d’actionnaire et à ce que l’investissement dans le très haut débit, priorité du gouvernement en place, ne pâtisse pas d’un passage de quatre à trois acteurs sur le marché. Après l’éventuelle acquisition de Bouygues Telecom pour un montant estimé à 10 milliards d’euros, Orange sera donc contraint de céder à ses rivaux des fréquences, des antennes, des boutiques, voire des clients.

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