éditorial
La pire semaine de Sarkozy... mais pas la meilleure du PS
par Yves de Kerdrel
La crise politique ouverte à droite, avec le départ des radicaux de l'UMP, constitue un obstacle de plus pour Nicolas Sarkozy et un échec grave pour Jean-François Copé. Du coup, à droite, François Fillon se trouve d'autant plus renforcé qu'il incarne, plus que d'autres, la droite sociale.
10/04/2011 - 09:10

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Toute la journée de mercredi et celle de jeudi - où il était en déplacement à Issoire sur un site de l'ex-Pechiney - Nicolas Sarkozy a innondé Jean-Louis Borloo de textos afin qu'il évite de quitter l'UMP et qu'il n'annonce rien jeudi soir, lors de la dernière émission d'Arlette Chabot. D'autres proches du Président ont été missionnés pour essayer de ramener l'ex-Ministre d'Etat à la raison, y compris Nathalie Kosciusko-Morizet, avec laquelle il n'a pourtant pas eu des relations faciles.
A certains amis, qu'il a davantage dans le milieu des affaires, que dans la politique, Jean-Louis Borloo a répété plusieurs fois : "J'ai été trop humilié pour ne pas montrer que je suis un homme debout, malgré toute l'affection que j'ai pour le Président". Humilié par le "concours de beauté" qui l'a opposé à François Fillon pendant six mois pour occuper l'Hotel Matignon. Humilié par la fameuse petite phrase de Nicolas Sarkozy, qui a circulé dans tout Paris, même si elle a été démentie : "je ne vais tout de même pas nommer Gainsbourg Premier Ministre". Humilié surtout par les récentes prises de position de l'UMP et par la droitisation du parti.
C'est ce qui explique qu'au lendemain de l'annonce spectaculaire de Jean-Louis Borloo, le plus embarrassé était incontestablement Jean-François Copé, qui a réussi, en moins de six mois à faire éclater sa famille politique et le parti dont il a la charge en faisant éclore des débats inutiles, stériles et de surcroit sans lendemain. Le patron de l'UMP ne veut toujours pas croire à une candidature de Jean-Louis Borloo. Ce qu'il a répété à Nicolas Sarkozy dans la journée de vendredi.
FRANCOIS FILLON RENFORCE
Par un drôle d'effet de billard à trois bandes cet incident renforce la position de François Fillon, l'ex-adversaire de Jean-Louis Borloo. Car qui mieux que le locataire de Matignon peut incarner aujourd'hui "la droite sociale" avec ses fidèles, Roselyne Bachelot, Christine Lagarde, Laurent Wauquiez et NKM. Par ailleurs, selon les informations de wanSquare, Xavier Bertrand a eu un entretien approfondi avec le Chef de l'Etat en fin de semaine afin de faire ressortir un message clair à l'égard de l'ensemble de la droite. Le Ministre des Affaires Sociales doit intervenir ce soir sur BFM-TV pour y délivrer la parole présidentielle, et reprendre, en partie, la main sur le Parti.
Désormais la question qui taraude toute la droite, c'est celle de l'éventuelle candidature de Jean-Louis Borloo en 2012. Pour les sondeurs de l'Elysée, l'équation est simple. La gauche réunie ne peut pas faire plus de 45 voire 47 % des voix, et la droite entre 53 et 55 %. A partir du moment où il semble acquis que Marine Le Pen fera 20 à 22 %, les autres candidats de droite ne peuvent pas réaliser plus de 7 à 10 %, afin que Nicolas Sarkozy soit qualifié pour le second tour. La stratégie de Nicolas Sarkozy vis à vis de Jean-Louis Borloo, comme de Dominique de Villepin, va donc constituer à les placer comme responsables possibles d'un "21 avril à l'envers" au cas où ils se présenteraient.
HULOT SORT DU BOIS
L'autre évènement qui a heurté Nicolas Sarkozy, selon ses proches, a résidé dans la publication du livre très cruel de Franz-Olivier Giesbert, fait une fois encore à partir de propos "off". Même si le Chef de l'etat se répète que cela ne vise que le microcosme parisien qui - dit-il - "le déteste", cela l'a atteint personnellement. Au point que certains de ses conseillers l'ont trouvé "comme déprimé". Comme c'était déjà le cas lors du retour de son voyage express en Chine et au Japon. L'un de ses rares réconforts à court terme devrait arriver mercredi prochain, comme WanSquare a été le premier à le révéler, avec la déclaration de candidature de Nicolas Hulot, qui devrait intervenir depuis Sevran et être suivie d'une invitation au journal de 20 heures de France 2.
La semaine passée a apporté à Nicolas Sarkozy un autre lot de consolation, à travers le projet du Parti Socialiste. Un projet qui fait tellement la synthèse entre les différentes tendances, qu'il ne peut faire rêver Billancourt et en même temps rassurer les agences de notation. Un sondage publié en fin de semaine a montré que 70 % des français approuvaient ce projet. Mais qui sait vraiment ce qu'il y a dedans ? Qui en a compris les subtilités et la cohérence? Certains croient toujours que le PS s'est engagé à "sortir du nucléaire" pour faire la cour aux Verts alors qu'il s'est juste engagé à faire le maximum pour engager un mouvement de sortie du "tout-nucléaire". Ce qui est très différent.
SIGNAUX ECONOMIQUES POSITIFS
L'actualité économique revient en force sur le devant de la scène avec l'allumage de quelques signaux positifs, sur la croissance attendue au premier trimestre, la baisse des prix alimentaires en mars, la poursuite des embauches d'intérimaires. Ce qui constitue un indicateur avancé très fiable, qui laisse envisager pour la fin avril un très bon chiffre de baisse du nombre de demandeurs d'emploi.
Reste la question toujours cruciale des finances publiques qui revient d'actualité avec la crise portugaise. La tribune d'Edouard Balladur, publiée dans le Figaro de vendredi, reprenant à son compte l'idée de Claude Bébéar et de David Dautresme sur la création de bons d'épargne destinés à mobiliser les ménages et à cantonner une partie de la dette publique, montre que ce schéma progresse dans les esprits. L'Elysée et Matignon sont déjà acquis à cette cause. Seuls certains experts de Bercy chipotent sur des aspects techniques. Mais l'ancien Premier Ministre a bien compris le succès populaire que pourrait rencontrer une telle opération et le parti que pourrait en tirer le Président de la République.
Enfin la semaine qui s'ouvre va débuter sur une réunion des administrateurs de Renault qui va être amenée à tirer les conclusions du rapport d'audit sur les dysfonctionnements qui ont donné lieu au licenciement sans fondement de trois cadres accusés d'espionnage. Le but est primo de restaurer une gouvernance interne dont la crédibilité a été sérieusement entamée, et secundo de se présenter face aux actionnaires, lors de l'assemblée générale, avec des leçons tirées de cette triste affaire. De manière à pouvoir en tourner enfin la page.
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