éditorial
Ce que dit Sarkozy en privé... et ce que prévoit le projet du PS
par Yves de Kerdrel
Rue de Solférino, on met la dernière main au projet pour une campagne présidentielle qui commence dés demain. A droite, l'UMP a créé une sacrée confusion. Mais Nicolas Sarkozy est toujours convaincu de ses chances de l'emporter dans quatorze mois.
27/03/2011 - 08:30

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A la différence des autres dimanches, le Président de la République n'a pas réuni ses conseillers, Pierre Giacometti, Patrick Buisson, Franck Louvrier et Jean-Michel Goudard au soir du premier tour. Il a consulté dans son bureau les premiers résultats. Il a échangé avec Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Claude Guéant et Henri Guaino. Il a félicité, par téléphone, quelques candidats qui ont réalisé de bons scores, avant de quitter l'Elysée à 19 h 00 précises pour passer la soirée avec Carla Bruni.
Il devrait en être de même demain. Car le Président, qui a reçu, cette semaine à déjeuner, ou en visiteurs du soir, de nombreux intellectuels, écrivains et éditorialistes, ne veut pas apparaître comme un chef de parti, mais bien comme un chef d'Etat, voire comme un chef de guerre dans un climat particulier marqué par la conjonction de la catastrophe japonaise, de l'offensive en Libye et de la crise portugaise.
SARKOZY NE VEUT PAS CROIRE A DSK
Aux journalistes qu'il a fait venir à l'Elysée cette semaine, Nicolas Sarkozy a davantage justifié les opérations contre le régime de Kadhafi que son fameux "Ni-Ni" (ni Front national, ni Front Républicain). Il sait à quel point la majorité s'est fissurée gravement, mais pas définitivement sur ce sujet. Mardi matin, au petit-déjeuner de la majorité, il a fortement vilipendé l'attitude et les propos de François Fillon. Mais, en privé, il refuse de croire qu'il s'agit là d'une posture du Premier Ministre pour ne pas se laisser voler la vedette par Alain Juppé, voire pour se poser en recours pour 2012.
Enfin quand on interroge le Président de la République sur son futur adversaire, il ne parvient pas à envisager l'hypothèse DSK. Il ne parle même pas de François Hollande - qui devrait conserver de justesse, ce soir, la présidence du Conseil Général de la Corrèze - et il se contente d'imaginer le scénario d'une Martine Aubry candidate. Mais il fait remarquer, comme nous le soulignions la semaine passée, que la droite a conservé 52 % des suffrages lors des élections cantonales.
LE CAS VILLEPIN BIENTOT REGLE
Restent toujours les deux hypothèques de droite : Villepin et Borloo. Là-dessus, le Président de la République demeure prudent soulignant que si ces deux trublions sont absents du premier tour, il est assuré de faire 25 à 28 % des voix. Il semble que le cas Villepin soit sur le point d'être réglé, assure-t-on dans l'entourage du Chef de l'Etat. D'ailleurs, l'ancien Premier Ministre se montre moins virulent depuis quelques jours. Reste Jean-Louis Borloo, qui envisage de faire partir les radicaux de l'UMP, si le parti majoritaire ne clarifie pas sa position vis-à-vis du Front National. Mais, cela ne semble pas créer une émotion particulière chez les conseillers du Président qui le voient, au pire, prendre le réservoir de voix du Modem. Des voix qui, de toutes manières, n'iront jamais sur le candidat Sarkozy au premier tour.
Du côté de la Rue de Solférino, où l'ambiance est au beau fixe depuis quelques jours, le projet pour la campagne présidentielle avance à grands pas. Mardi dernier, s'est tenue, très tôt dans la matinée, une réunion de la Commission économique du Parti, présidée par Christian Paul. Primo, il en est ressorti, que l'opposition est tétanisée par "le mur de la dette" qu'elle trouverait éventuellement dans quatorze mois. Au moins 1.750 voire 1.800 milliards d'euros. Secundo, il y a unanimité sur le fait que le projet présidentiel doit être chiffré et crédible afin de ne pas affoler les agences de notation. Tertio : si la réduction de la dette publique n'est pas affichée comme une urgence, ce sera en tous cas la priorité d'un nouveau gouvernement.
CREER UN CHOC DE CONFIANCE
Pour réduire la dette, et d'abord le déficit budgétaire, il serait envisagé un effort portant sur une centaine de milliards d'euros au cours des trois premières années de mandat d'un nouveau président socialiste. La moitié de cette somme proviendrait d'une hausse des impôts - avec à la clé une réforme de l'impôt sur le revenu, dont la base sera élargie - et l'autre moitié serait liée à une réduction des dépenses publiques. Un hiatus reste encore en suspens sur la question de la fiscalité locale, et de la forte hausse des dépenses liées aux collectivités territoriales.
Selon les documents auxquels WanSquare a eu accès, le PS veut jouer le registre de la crédibilité afin de "créer un choc initial de confiance" avec pour ambition, sur le futur quinquennat, de replacer "la France sur le radar de la mondialisation". S'agissant de la fiscalité, les éléphants du PS, estiment, qu'il n'y aura pas de quoi affoler les classes moyennes car "on expliquera que si on était resté au niveau de prélèvements de 1999, les recettes seraient aujourd'hui supérieures de 60 milliards d'euros par an" à ce qu'elles sont.
Il n'en reste pas moins que ce projet, tel qu'il s'esquisse, n'a rien pour faire rêver Billancourt. Et le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, avec Jacques Généreux, comme économiste, se frotte d'ores et déjà les mains. Un tel projet est aussi, d'une certaine manière, une aubaine pour l'UMP, dans la mesure où il valide une nécessaire réduction de la dépense publique.
L'EXEMPLARITE PATRONALE EN PANNE
Du coté des affaires, en dehors des opérations de private-equity et de "curve-out" de quelques grands groupes, le climat est à l'atonie générale. "Jamais le CAC 40 n'a été assis sur un tel matelas de cash et jamais l'argent n'a été aussi peu cher" se désole un grand banquier. Ce à quoi, le responsable d'une des plus prestigieuses banques d'affaires de Paris rétorque : "comme tous les patrons ont la trouille, je leur conseille de racheter massivement leurs titres, comme le font les groupes américains". Ce type de pratiques, ajoutées à des publications de rémunérations patronales faisant peu de place à la modération, va relancer le débat sur le partage de la valeur.
"On n'y coupera pas" a affirmé Raymond Soubie, jeudi dernier, lors d'un colloque organisé au Conseil Economique et Social. L'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy a déploré publiquement "le peu d'exemplarité" des grands patrons. Des propos largement commentés hier soir à l'occasion d'une réception donnée par l'un des gardiens de l'éthique des affaires, où se pressait toute l'inspection des finances. L'hôte de cette soirée est le seul à avoir demandé, l'an passé, une diminution de sa rémunération.
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