éditorial
DSK ou le syndrôme du mobile sur coussin d'air... !
par Yves de Kerdrel
Le Directeur Général du FMI a été galvanisé par les sondages de la semaine qui lui accordent des scores magistraux. Mais il redoute, plus que jamais, une entrée en campagne qui va l'obliger à retrouver la réalité et à dire la vérité.
20/03/2011 - 08:29

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L'actualité politique a été reléguée au second plan cette semaine en raison des catastrophes japonaises (naturelles et nucléaire) et de la crise libyenne. Une aubaine pour le Chef de l'Etat dans la mesure où les médias ont accordé beaucoup moins d'importance que d'habitude aux deux grands sondages publiés ces derniers jours, tous deux réalisés par Ipsos et consacrant tous deux DSK comme la personnalité désormais incontournable des élections présidentielles.
A l'Elysée, les proches de Nicolas Sarkozy ont étudié de très près ces deux études, l'une réalisée avant la diffusion par Canal + du reportage sur le patron du FMI, l'autre réalisée juste après. Ils en tirent deux conclusions. Primo, la montée de DSK s'explique par une concentration du vote de gauche autour de la seule personne capable d'éviter un nouveau 21 Avril dont le Parti Socialiste ne se remettrait pas. Ce qui se constate avec la baisse des candidats divers gauche ou écologistes. C'est donc la montée de Marine Le Pen qui fait grimper DSK dans les enquêtes d'opinion, par simple phénomène de coagulation des forces de gauche autour de sa personne. Mais ces forces restent très hétéroclites. Ce qui rend cette coalition de circonstances fragile.
LES PETITES PHRASES DE GUEANT
Secundo, tous ces sondages ont beau faire varier largement les cotes de popularité des candidats, ils font apparaître une grande constante : la Droite, au sens large, demeure autour de 55 %, et la gauche ne parvient jamais à dépasser les 45 % quoiqu'il arrive. Le fait est que Marine le Pen continue de prendre des voix au sein de trois catégories sociales : les ouvriers, les employés et les retraités.
Telles sont les deux conclusions qui ont été tirées lundi et mardi matin lors des deux petits-déjeuners réunissant les hiérarques de la majorité. C'est à la suite de ce constat que Claude Guéant a donné son interview au Monde avec sa fameuse phrase : "les Français veulent que la France reste la France" avant de s'inviter chez Jean-Pierre Elkabbach pour y dire: "les Français ont parfois le sentiment de ne pas être ches eux". Deux phrases non dénuées d'arrière-pensées à quelques jours du premier tour des élections cantonales.
LES LIAISONS DANGEREUSES DE BORLOO
C'est pour cette raison que Nicolas Sarkozy reste très serein sur ce qui peut encore se passer d'ici mai 2012. Il a deux principaux soucis à régler, a-t-il condié cette semaine lors d'une de ces rencontres matinales. D'abord éviter que Jean-Louis Borloo se présente, et surveiller comme le lait sur le feu les liaisons dangereuses tissées entre certains radicaux et des proches de DSK, sous l'égide d'Yves Jégo, qui n'a toujours pas accepté d'être sorti du gouvernement. Ensuite, limiter les marges de manoeuvre de Dominique de Villepin qui a d'ores et déjà convoqué la presse pour le lendemain des élections cantonales.
A propos de ces élections, dont le premier tour a lieu aujourd'hui, personne n'en attend de réelles leçons politiques à en tirer sur le plan national. Deux éléments paraissent certains : une forte poussée des Verts, dopés par le mouvement anti-nucléaire du moment, et une accentuation du Front National. Six départements seront à surveiller de près. La Corrèze, que François Hollande tient à un siège près et qu'il devrait conserver facilement. Le Rhône, que préside le Garde des Sceaux, Mchel Mercier, et qui pourrait basculer à gauche. Le Val d'Oise, qui pourrait, lui, revenir à la droite. Ce qui aurait une portée symbolique, car c'est le département de DSK. Les Hauts de Seine en raison de la guerre Devedjian-Balkany, via Jean Sarkozy. La Sarthe, qui est menacée de passer à gauche pour trois cantons. Ce qui serait terrible pour François Fillon. Et enfin les Alpes-Maritimes en raison du duel entre Jacques Peyrat, l'ancien Maire de Nice, réencarté au Front National et l'ex-femme de Christian Estrosi.
DSK TOTALEMENT DECONNECTE
Pour en revenir à DSK, le reportage diffusé par Canal +, dimanche dernier, qui montrait la détermination du directeur général du FMI à se présenter, a aussi révélé les failles du personnage. Chacun a pu voir à quel point il est totalement déconnecté de la réalité sociétale française. Comme le reconnaît un éléphant du Parti Socialiste, il raisonne comme un "mobile sur un coussin d'air", sans imaginer un instant quelle est la réalité du pays. Ce n'est pas un hasard si les études commanditées par l'Elysée ont fait ressortir que les français ne se reconnaisaient absolument pas en lui, à la différence d'un François Hollande.
Par ailleurs, comme l' a affirmé Nicolas Sarkozy à ses proches : dés que DSK sera contraint d'annoncer des mesures et un projet, aussi différents soient-ils de celui du Parti, ceux qui le placent sur un pédestal vont nécessairement tomber de haut. Car le patron du FMI, en bon mendéso-rocardien, ne pourra pas éviter de se confronter au principe de réalité.
LA VISTA DE LAUVERGEON
Du côté des affaires, l'ambiance des derniers jours, en dehors de l'actualité internationale, a été totalement empoisonnée par l'affaire Renault. L'ancien patron de la firme au losange n'est pas tendre avec son successeur qui a marqué les télespectateurs par sa morgue et son manque d'empathie avec les victimes de cette affaire "de pieds nickelés". Mais, si à Bercy on fait savoir son mécontentement, le roi reste nu et il n'est évidemment pas question de remettre en cause la gestion de Carlos Ghosn.
L'affaire japonaise renforce un peu plus Anne Lauvergeon, que Nicolas Sarkozy, sous la pression de Xavier Musca, n'a plus envie de sacrifier. La short-list finalement remise par Jean-Cyril Spinetta ne comprend ni le nom de Yazid Sabeg, ni celui de Laurent Collet-Billon, le patron de la DGA. En revanche, y figurerait bien "à l'insu de son plein gré" Jean-Pierre Clamadieu, le patron de Rhodia.
Enfin du côté de la BCE, l'activisme de Mario Draghi pour succéder à Jean-Claude Trichet serait en train de se retourner contre lui. Les allemands, vexés par la coalition anti-Weber, ne veulent toujours pas proposer de candidat, même non-allemand. Et Nicolas Sarkozy ne cache pas, que compte tenu de l'attitude d'Angela Merkel dans l'affaire Libyenne, il n'a plus d'effort à faire pour améliorer les convergences franco-allemandes. Ambiance assurée lors du sommet européen des chefs d'état qui se tiendra à Bruxelles jeudi et vendredi.
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