éditorial
Le coup de de tonnerre de Marine et le coup d'état de DSK
par Yves de Kerdrel
Avant une annonce de DSK autour du 15 avril, ses amis tentent de faire passer les primaires pour inutiles. Pendant ce temps la majorité se coupe en deux sur la manière de répliquer à la montée en puissance de Marine Le Pen dans l'opinion.
13/03/2011 - 09:11

Lecture 6 mn.
Les deux petits-déjeuners de Nicolas Sarkozy, de lundi avec "les huiles" de l'UMP, et de mardi, avec celles de la majorité, ont été particulièrement tendus cette semaine, selon plusieurs de ceux qui y sont régulièrement conviés. Tout le monde n'avait évidemment à la bouche que le fameux sondage de l'édition dominicale du Parisien donnant Marine Le Pen en tête du premier tour. Au cours des deux petits-déjeuners, c'est la même scène qui s'est répétée avec d'un côté ceux qui font le constat que la France poursuit ce mouvement de droitisation. Un mouvement dont Nicolas Sarkozy devrait, en principe, profiter en 2012. De l'autre côté il y a ceux qui ne veulent surtout pas marcher sur les terres du Front National et qui assurent comme Laurent Wauquiez ou Nathalie Kosciuscko-Morizet, qu'il faut expliquer sans cesse à quel point il faut décribiliser les réponses apportées par Marine Le Pen.
Tous sont d'accord pour dire qu'il s'agit là de la démonstration flagrante du déclassement subi au cours dernières années par les classes moyennes. Mais si l'histoire ne se répète pas, il lui arrive de bégayer, et à chaque crise économique tous les mouvements populistes bénéficient d'une poussée liée à l'exaspération des classes moyennes.
LA THEORIE DU GLAIVE DE BUISSON
A l'Elysée Patrick Buisson continue donc d'agiter la théorie du glaive en poussant le Président à accentuer le discours sécuritaire. Même si sur ce thème, Nicolas Sarkozy bénéficie totalement de l'appui de l'UMP et des réformateurs (le courant libéral incarné par Hervé Novelli), il a tout de même perdu en crédibilité en abandonnant sous la pression de Jean-Louis Borloo et des 80 députés qu'il a ralliés, le projet de déchéance de nationalité. De la même manière le "retoquage" de 13 articles de la loi sur la sécurité intérieure a porté un nouveau coup à la capacité de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant d'apporter un bilan solide en matière de sécurité en 2012.
En revanche Pierre Giacometti, défend lui l'image d'un Sarkozy bouclier contre toutes les peurs de l'époque, les peurs du monde, les peurs liées aux évènements du bassin méditerranéen, bref à toutes les peurs des Français.
LA MENACE S'ELOIGNE SUR L'ASSURANCE-VIE
Mais l'autre sujet largement débattu au cours de ces deux petit-déjeuners a concerné la réforme sur la fiscalité du patrimoine. Les ténors de l'UMP n'ont pas hésité à monter au créneau pour démonter l'absurdité de la fameuse "taxe sur l'enrichissement" véritable "usine à gaz" consistant à faire payer un impôt de substitution par ceux qui payent actuellement l'ISF, mais surtout pour faire remonter les problèmes économiques et techniques qu'entraineraient une sur-taxation de l'assurance-vie. Pendant tout le week-end dernier, Xavier Musca a consulté les professionnels du secteur. Et cette semaine il a reçu le député Olivier Carré, qui a dirigé pendant trente ans une société de gestion d'actifs. Selon les informations de WanSquare, le secrétaire général de l'Elysée a laissé entrevoir une modification du dispositif envisagé, avec comme recettes de substitution, un nouveau coup de rabot sur les niches fiscales.
Une réunion du Premier cercle qui s'est tenue cette semaine, avec les principaux donateurs de l'UMP, a montré aux dirigeants du parti majoritaire l'exaspération des décideurs concernant toute remise en cause du régime fiscal de l'assurance-vie. Un produit qui commence à souffrir de cette incertitude fiscale, puisque, selon les premières indications, la collecte a fortement ralenti au cours du mois de février.
DSK CHERCHE A EVITER LES PRIMAIRES
A gauche la situation n'est curieusement pas meilleure. A quatorze mois de la présidentielle, le PS n'a toujours pas de projet, et en revanche, de multiples candidats. Du coup, on ne l'entend sur aucun débat de société ou d'actualité. Les seules déclarations faites cette semaine sur la Libye ont émané de Roland Dumas ; pour soutenir Khadafi ! Cette situation délétère amène les amis de DSK à expliquer que les primaires ne sont plus nécessaires, surtout dans un contexte de forte hausse du Front National. Toute l'équipe de Stéphane Fouks déploie son énergie pour convaincre les éléphants du parti, que ce dernier n'a rien a gagner à des primaires.
Du côté de Hollande, on trouve évidemment la ficelle un peu grosse, car de plus en plus d'études laissent apparaître un échec de DSK lors des primaires face au député de la Corrèze dont la cote continue de monter. Si Manuel Valls se retirerait face à DSK, il n'en est pas de même pour Hollande ou de Montebourg. Et le mystère demeure sur les intentions réelles de Martine Aubry.
MARCHANDAGE AVEC VILLEPIN
Désormais le calendrier commence à s'accélérer à gauche. Beaucoup imaginent une déclaration de candidature de Dominique Strauss-Kahn autour du 15 avril. En tous cas avant que s'ouvre l'assemblée générale de printemps des actionnaires du FMI qu'il dirige. Ceux qui regarderont, ce dimanche sur Canal +, le reportage fait sur DSK devront faire attention dans les dernières minutes de l'enquête à une déclaration subliminale du directeur général du FMI.
Pendant ce temps Nicolas Sarkozy s'emploie à régler en coulisses le cas Villepin. En deux semaines, il a déjà pris deux petit-déjeuners avec quelqu'un qu'il voulait pendre. Alain Juppé prête aussi son concours à cette entreprise de réconciliation. Mais Dominique de Villepin entend marchander très fort ses 7 à 8 % d'intentions de vote qui sont capables de disqualifier Nicolas Sarkozy pour le second tour.
Le locataire du Quai est toujours sur "un petit nuage", selon ses proches. Même s'il a été un peu contri de découvrir depuis Berlin où il retrouvait son ancien dircab, Maurice Gourdault-Montagne, les déclarations libyennes de Nicolas Sarkozy à la suite d'une rencontre entre le Président et Bernard-Henri Lévy. Il reste qu'Alain Juppé veut continuer à jouer la carte Sarkozy aussi longtemps que possible. Selon les informations de WanSquare, il a demandé aux instituts de sondage que l'on ne teste surtout pas son nom dans les scénarios pour les présidentielles. Histoire de ne pas mettre d'huile sur le feu !
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite