éditorial
Tout se met en place pour un nouveau Maästricht
par Yves de Kerdrel
Deux phénomènes séparés sont intervenus cette semaine. Le premier, résultant d'un accord de banques centrales a permis à l'indice CAC 40 de gagner 11 % en 5 jours. Le second, plus fondamental, résulte dans les pas que la France et l'Allemagne font l'une vers l'autre et ensemble vers une Europe plus politique. Avec de nouvelles propositions dès demain.
04/12/2011 - 08:03

Lecture 6 mn.
Le discours de Toulon ressemblait pour beaucoup à une "auberge espagnole" où l'on pouvait trouver ce que l'on avait envie d'y lire. D'autant, qu'à la différence de ce qui se fait d'habitude l'Elysée n'a pas vraiment cherché à "vendre" ce texte aux journalistes. Tout ce qui était répété, pendant les quelques jours précédant le 1 er décembre , c'est que Xavier Musca et Henri Guaino tenaient tous les deux la plume. Alors que la patte des diplomates, dans ce discours de onze pages, y est au moins aussi importante grâce aux contributions de personnalités comme Jean-David Levitte, Pierre de Boissieu - qui a rejoint l'Elysée il y a quelques semaines - voire même Maurice Gourdault-Montagne, ambassadeur de France à Berlin, qui connait mieux que personne l'évolution des mentalités et des esprits outre-Rhin.
La première lecture du discours de Toulon consiste à en faire un texte programmatique pour le futur candidat Sarkozy. Le moment était solennel. Le style était hiératique, presque churchillien. Bref il y avait tous les ingrédients pour poser un candidat sortant, ridiculiser le projet socialiste et remobiliser les électeurs, de surcroit sur les terres du Front National.
VIOLENTE CRITIQUE DE BRUXELLES
La deuxième lecture vise à en faire la base d'une nouvelle politique européenne de la France, désormais vue comme une protection ultime contre les soubresauts de la mondialisation. Ce passage a été largement retenu par les médias faisant de Nicolas Sarkozy un apôtre des abandons de souveraineté.
Enfin, la troisième lecture repose sur toute la partie du discours qui concerne la nécessité de reconstruire l'Europe sur le fond et la forme, avec à la clé une très violente critique de Bruxelles. Là, Nicolas Sarkozy s'est mué en fils spirituel de de Gaulle avec la volonté de "re-faire" une Europe politique et non technocratique, une Europe qui puisse gérer les crises monétaires en trois jours et non en six mois. Curieusement, cette partie-là du discours a fait l'objet de moins de commentaires dans la presse.
Le discours d'Angela Merkel devant le Bundestag était d'aspect plus prosaïque, même si certains éléments rejoignaient la dernière partie du discours de Toulon. Elle a rappelé les positions de l'Allemagne. C'est-à-dire : oui à une union budgétaire, avec des procédures d'autodiscipline sur les budgets nationaux, voire des sanctions, le tout sous le contrôle d'un super commissaire européen ; oui du bout des lèvres à une poursuite des achats de titres réalisés par la BCE à la condition que cela devienne un non-sujet, dont on ne parle surtout pas. Mais non, trois fois non, aux euro-bonds. De toutes façons les dirigeants du FESF ont regardé récemment les conditions de faisabilité d'une nouvelle émission de titres du Fonds et ils ont dû y renoncer devant l'absence d'intérêt de la part des souscripteurs potentiels.
LE PROBLEME ITALIEN
On devrait logiquement en savoir plus demain à l'issue du déjeuner de travail qui se tiendra à l'Elysée à 13 h 30 et qui réunira le Préident de la République et la Chancelière allemande. A l'ordre du jour devraient figurer des sujets plus immédiats comme la manière d'adapter dans des délais très courts la gouvernance de la zone Euro pour éviter des tourmentes comme celles que viennent de vivre les financiers au cours des six derniers mois. Par ailleurs les conditions de marché réservées à l'Italie continuent de constituer un gros problème, deux semaines après le départ de Silvio Berlusconi. Le taux de rendement des emprunts d'état à dix ans y est de 6,7 %. Et le programme d'émissions de la péninsule pour 2012 est l'un des plus chargés de la zone Euro.
Cette semaine marathon se terminera jeudi et vendredi par un sommet européen qui fera le point sur tout ce qui n'a pas été fait depuis la fin octobre, au moment où a été négocié le deuxième plan de sauvetage de la Grèce. D'autres décisions structurantes pourraient être prises, s'agissant notamment de l'Italie.
PANIQUE A GAUCHE !
En France, l'opposition a été totalement balayée par la richesse de cette actualité. Et tout ce qu'il restera seront les propos très germanophobes tenus par Arnaud Montebourg, qui plongent dans l'embarras les proches de François Hollande. Des proches qui sont très attachés à une refonte de la gouvernance de la zone euro et surtout à la mise en place d'euro-bonds. Ce qui va évidemment mal à avec les déclarations tonitruantes d'une Allemagne à "la Bismarck" et correspond davantage à l'électorat de Jean-Luc Mélenchon ou de Jean-Pierre Chevènement qu'à celui de François Hollande.
Dans ces conditions, la balkanisation du jeu électoral à gauche au moment même ou à droite, les petites candidatures montrent leur incapacité à percer, risque de poser un problème de fond au candidat socialiste. D'aucuns commencent même à se demander si face à une Marine Le Pen qui saura surfer sur l'angoisse des classes moyennes, François Hollande, ne va pas se retrouver incapable de franchir la barre du premier tour. Une sorte de syndrôme Jospin, voire de syndrôme Balladur avec un candidat populaire, mais qui n'a rien à dire et qui ne crée donc aucune empathie.
FORTE ATTENTE SUR VEOLIA
Sur le front économique, l'actualité reste marquée par le dossier Groupama, où - comme d'habitude ! - la Caisse des Dépôts pourrait jouer le rôle de bon samaritain en reprenant la participation de l'assureur au capital de la foncière Silic. Une opération à 620 millions d'euros qui pourrait avoir du sens pour Icade, filiale à 55 % de la Caisse. D'aucuns parlent aussi d'un apport en capitaux pour la filiale Gan Eurocourtage qui est rentable, mais dont la solvabilité est insuffisante. L'Autorité de Contrôle Prudentiel devrait plancher dans quinze jours sur le plan d'ensemble des nouveaux dirigeants de Groupama.
Toujours du côté de la Caisse des Dépôts, comme Wansquare s'en était fait l'écho dimanche dernier, le directeur général du Fonds Stratégique d'Investissement a été confirmé dans ses fonctions, en dépit d'une active campagne de déstabilisation menée par le patron de Séché Environnement au plus haut sommet de l'Etat. Les scories de ce feuilleton ont continué d'agiter le microcosme financier tout au long de ces derniers jours.
Mais l'évènement important de la semaine à venir sera, sans nul doute, l'investor day de Veolia Environnement, mardi 6 décembre. Pour la première fois depuis les annonces estivales, Antoine Frérot va avoir l'occasion de détailler sa nouvelle stratégie, sa politique de cessions et ses objectifs financiers. Cette journée est très attendue. Pour preuve, au cours de la semaine écoulée, le titre a progressé de 12,5 %. Surtout, plus de 20 millions de titres ont changé de mains. Ce qui représente 4 % du capital !
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