éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Macron tient bon sur sa droite
par Yves de Kerdrel
En dépit d’une forte baisse de sa popularité, le Chef de l’Etat est déterminé à accélérer ses réformes de structures. Ce sont les électeurs de droite qui le soutiennent avec le plus de détermination et les chefs d’entreprise qui restent optimistes.
Rien n’y fait. Ni les belles images du discours sur l’Europe avec l’Acropole en arrière-plan. Ni la visite à grand spectacle aux victimes de l’ouragan Irma qui a ravagé Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Ni la faible mobilisation des syndicats contre la loi Travail mardi dernier. La cote de popularité d’Emmanuel Macron continue à dévisser, de même que celle d’Edouard Philippe. Tous les deux ont perdu respectivement dix et neuf points de popularité entre juillet et septembre, selon un sondage Ipsos pour l'hebdomadaire Le Point publié mercredi. Si bien qu’en deux mois, le chef de l'État a baissé au plus bas niveau d'un président en début de mandat, avec 32% de jugements favorables sur son action. En septembre 2012, François Hollande émargeait à 44% d'opinions favorables, Nicolas Sarkozy à 64% en septembre 2007 et Jacques Chirac à 52% en septembre 2002, selon ce baromètre Ipsos.
Mais ce qui est intéressant dans ces sondages, c’est qu’Emmanuel Macron reste largement soutenu à plus de 67 % par les électeurs de droite et du centre, alors que seuls un quart des socialistes le soutiennent. Cela confirme bien que la politique qu’il mène et les réformes annoncées, notamment sur le plan fiscal, sont clairement marquées à droite. Ce qui gêne d’ailleurs cette droite qui a peu de prises pour critiquer l’action gouvernementale. Même quand Emmanuel Macron parle des « fainéants », son porte-parole a beau expliquer qu’il visait Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, c’est bien les habitués des défilés syndicaux qui étaient concernés. Et ce type de déclarations, aussi maladroites soient-elles, mobilise naturellement les électeurs de droite qui attendent depuis longtemps un chef de l’état prêt à affronter la rue.
DROLE DE VISITE A L’ELYSEE
Cela va même beaucoup plus loin. Selon les informations de WanSquare, Emmanuel Macron a reçu à la fin du mois de juillet dernier une drôle de visite au Palais de l’Elysée. Il s’agissait de Gérald Darmanin, le ministre du budget, et d’Edouard Philippe, venus ensemble supplier le Chef de l’Etat que l’on ne touche pas à l’ISF. Interloqué le Chef de l’Etat leur a demandé pourquoi. Et les deux ministres « dits de droite » d’expliquer au locataire de l’Elysée que c’est une réforme impopulaire, difficile à expliquer à l’opinion, et que c’est la raison pour laquelle Jacques Chirac ne l’a jamais faite. C’est donc l’homme de gauche qu’est Emmanuel Macron qui a alors déclaré à ses deux interlocuteurs qu’il ferait la réforme de l’ISF selon le calendrier prévu.
Cette anecdote en dit long sur la manière dont les lignes politiques sont bousculées. Cela ne signifie pas pour autant que l’avenir politique du Chef de l’Etat sera tout rose. Selon les sondeurs, les enquêtes d’opinion vont continuer à faire apparaître une forte chute de la popularité d’Emmanuel Macron qui pourrait se retrouver pas loin de 20 % à la fin de l’année. Surtout compte tenu des annonces sui seront faites le mercredi 27 septembre en matière de fiscalité et de baisse des dépenses publiques. C’est ce qui justifie que le lendemain, le Premier Ministre sera l’invité de France 2 pour la nouvelle Emission Politique afin de faire le service après-vente de cette émission.
LES MANIFS NE PRENNENT PAS
En attendant, une chose est claire, la contestation concernant les ordonnances réformant le Code du Travail, qui seront présentées au conseil des ministres cette semaine, ne prend pas. Le nombre de manifestants, mardi dernier, a été nettement inférieur à ce qui était prévu. Et cela risque de décourager l’initiative de la CGT pour ce jeudi 21 septembre (en dehors de la presse qui ne sera pas distribuée ce jour-là) et celle des insoumis de Jean-Luc Mélenchon pour le samedi 23 septembre. Mais le plus important, c’est que les différents sondages portant sur cette réforme, montrent que les français l’ont déjà intégrée et acceptée.
Tout cela ne fait pas les affaires de la droite, dont la plupart des parlementaires, vont voter la ratification des ordonnances. Les mesures fiscales qui vont être annoncées cette semaine, destinées à favoriser le risque, aux dépens de la rente sont des mesures qu’aucun gouvernement de droite n’aurait eu le courage de faire, même si la future flat tax sur les revenus d’épargne figurait dans le programme de François Fillon. Et tout ce volet fiscal sera, sans nul doute largement béni par le Medef, dans la mesure où il devrait relancer l’investissement et la formation brute de capital fixe.
L’OCDE OPTIMISTE SUR LA FRANCE
Après le lancement officiel du courant de Valérie Pécresse dimanche dernier, qui n’a pas eu le succès escompté, Laurent Wauquiez est certain de son élection. D’autant plus qu’Alain Juppé a défendu Virginie Calmels qui s’est rapprochée de Laurent Wauquiez et qu’il a refusé de soutenir Maël de Calan, pourtant réputé juppéiste de la première heure. La seule difficulté que va rencontrer le président de la Région Rhône-Alpes, c’est vis à vis de la frange la plus droitière des Républicains et notamment du mouvement Sens Commun. Car dans la perspective de la présidentielle de 2022 il a prévu de faire une croix sur l’abrogation de la loi Taubira. Bien sûr cela ne concerne qu’une minorité d’électeurs de droite, mais c’est aussi un signe de la capacité de Laurent Wauquiez à faire évoluer sa ligne afin de se placer en position éligible dans moins de cinq ans.
Au chapitre économique l’événement marquant de la semaine est sans nul doute la dernière note de conjoncture de l’OCDE sur la France. L'Organisation de coopération et de développement économiques a annoncé jeudi avoir relevé sa prévision de croissance pour la France en 2017 à 1,7%, son plus haut niveau depuis six ans, contre 1,3% anticipé en juin, en soulignant cependant qu'une réduction des dépenses publiques et de nouvelles réformes sont nécessaires. Mais elle ne change en revanche rien à ses attentes sur le déficit public, qui devrait se situer à 3,0% du PIB fin 2017. Il ne diminuerait que légèrement l'an prochain, à 2,9% (contre 2,8% prévu auparavant).
UN BEMOL SUR LA QUESTION DES RETRAITES
L'étude de l'OCDE se contente de prendre note, sans en chiffrer l'impact immédiat, des réformes annoncées par le nouvel exécutif, qui s'inspirent des promesses électorales d'Emmanuel Macron et répondent en partie aux recommandations traditionnelles de l'organisation pour remédier aux maux de l'économie hexagonale. Elle insiste sur la nécessité de mener une stratégie de long terme pour réduire les dépenses publiques sans mettre en péril la protection sociale afin de baisser les impôts tout en assurant la soutenabilité des finances publiques. Mais comme le FMI, l'OCDE estime que la France, pays dont l'âge effectif de sortie du travail est le plus bas des économies avancées, devra augmenter encore l'âge légal de départ à la retraite, pour réduire le poids des dépenses publiques.
L'exécutif a déjà prévu d'agir sur les autres recommandations de l'OCDE, comme abaisser l’importante masse salariale de la fonction publique, s’attaquer à l’inefficacité des dépenses publiques en simplifiant le millefeuille administratif des collectivités territoriales, ou réduire les moyens importants d'une politique du logement peu efficace. Plus optimiste sur la croissance, l'OCDE l'est aussi pour le chômage, avec un taux qui s'inscrirait à 9,5% pour la France entière fin 2017 puis 9,3% en 2018, soit 0,2 et 0,3 point de moins que prévu précédemment.
LES ECONOMISTES SONDES SUR LA BCE
Toujours sur le front économique il faut noter la bonne surprise américaine de la semaine avec un nombre des inscriptions au chômage qui a baissé de 14.000 la semaine dernière aux Etats-Unis à 284.000, un recul inattendu difficilement interprétable en raison de l'impact des ouragans Harvey et Irma, a annoncé le département du Travail jeudi. En raison du passage de l'ouragan Irma la semaine dernière, les chiffres des inscriptions pour la Floride, la Géorgie, la Caroline du Sud et les Îles vierges sont des estimations. Les économistes interrogés par Reuters voyaient les inscriptions hebdomadaires au chômage grimper légèrement à 300.000 la semaine dernière.
Du coté européen, la Banque centrale européenne annoncera en octobre une prolongation de six mois de son programme d'assouplissement quantitatif. Mais elle réduira dès le mois de janvier à 40 milliards d'euros le montant mensuel de ces rachats d'actifs. Du moins, c’est ce que pensent les économistes interrogés par Reuters. La zone euro connaît en effet sa plus forte croissance économique depuis la crise financière mondiale de 2007-2009, ce qui incite à penser que la BCE va commencer à réduire son QE après avoir injecté depuis mars 2015 plus de 2.000 milliards d'euros sur les marchés financiers via ses rachats d'actifs.
D'après l'enquête conduite du 11 au 14 septembre par Reuters, les économistes s'attendent à ce que le redressement de l'activité se poursuive dans la zone euro au cours de l'année à venir. L'inflation ne devrait toutefois pas atteindre avant 2019 au mieux l'objectif de la BCE d'une hausse des prix proche de 2%. L'amélioration des perspectives économiques de la zone euro s'accompagne cependant d'un raffermissement de l'euro susceptible de limiter l'inflation importée, ce qui complique l'équation pour l'institut de Francfort.
RENAULT TRES AMBITIEUX A CINQ ANS
Les économistes sont désormais quasiment unanimes à penser qu'une décision sera effectivement prise le mois prochain. Sur 52 économistes interrogés, seuls deux pensent que la BCE attendra le mois de décembre. Parmi les 39 économistes ayant répondu à une question sur le sujet, le consensus veut que la BCE annoncera une prolongation de six mois de son QE, les prévisions s'étalant de trois à 12 mois. La décision de réduire les rachats d'actifs relève aussi de la nécessité car la BCE a déjà mis la main sur une grande partie du marché de la dette souveraine dans la zone euro. A la question portant sur le montant mensuel des rachats d'actifs à partir de janvier, la réponse médiane des économistes a été 40 milliards d'euros. Ils sont actuellement de 60 milliards d'euros.
Alors que le Diesel-gate continue de secouer tout le secteur automobile, Renault Nissan a annoncé vendredi viser un doublement de ses synergies annuelles, à dix milliards d'euros d'ici 2022, grâce à l'arrivée de Mitsubishi au sein de l'alliance et à une accélération de la convergence entre les partenaires. L'alliance franco-japonaise prévoit aussi de porter sur la durée de son nouveau plan stratégique ses volumes combinés à 14 millions de véhicules, soit une hausse d'un tiers par rapport aux 10,5 millions estimés pour 2017 et son chiffre d'affaires consolidé à 240 milliards de dollars (201 milliards d'euros) contre 180 milliards actuellement. Outre l'impact des gains d'échelle, le renforcement des synergies, qui ont atteint cinq milliards d'euros l'an dernier, passera notamment par l'accélération du partage des motorisations et par l'extension des plates-formes partagées au segment des voitures citadines et aux véhicules électriques, dont l'alliance proposera 12 nouveaux modèles d'ici six ans.
AXA ET NATIXIS PARLERAIENT ENSEMBLE
Alors que le sujet de la préparation de la succession de Carlos Ghosn commence à monter à la fois en interne et auprès de la communauté financière, le patron de Renault Nissan, a déclaré vendredi qu'il n'était pas nécessaire de modifier la structure de l'alliance pour accompagner le nouveau plan stratégique présenté ce même jour, ajoutant qu'il entendait la piloter aussi longtemps que cela fait sens.
Du coté des banques d’affaires et des avocats on travaille beaucoup, notamment en vue des privatisations annoncées par le gouvernement. Par ailleurs les grands groupes français ne manquent pas de cash pour faire des opérations. Parmi eux, l'assureur Axa étudierait des options stratégiques pour l'avenir de ses activités de gestion d'actifs en Europe parmi lesquelles figurent une fusion ou une coentreprise. Selon Bloomberg Natixis fait partie des partenaires potentiels.
Axa est présent dans la gestion d'actifs à travers deux filiales Axa Investment Managers en Europe et AB (anciennement AllianceBernstein) aux Etats-Unis. Axa Investment Managers gère un portefeuille de 735 milliards d'euros d'actifs. De son côté, AB, qui fait partie des activités américaines qui seront cotées en Bourse l'an prochain, gère un portefeuille de 517 milliards de dollars (435 milliards d'euros). Rappelons que dans ce secteur, en mars dernier, l'assureur britannique Standard Life a annoncé la fusion de sa gestion d'actifs avec le gestionnaire d'actifs Aberdeen Asset Management. De son coté, le gestionnaire français Amundi a racheté fin 2016 son concurrent italien Pioneer pour 3,5 milliards d'euros.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX

