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Le Krach boursier va rebattre les cartes de la croissance
par Yves de Kerdrel

François Hollande, en remaniant largement son gouvernement, au nez et à la barbe de son Premier Ministre, croit avoir repris les choses en main pour préparer l’élection présidentielle. C’est oublier que le krach mondial – annoncé par WanSquare depuis six mois – va rebattre les cartes de l’environnement économique en faisant s’évanouir la croissance et en replongeant l’Europe dans la panade.

14/02/2016 - 07:51 Temps Lecture 13 mn.

Il s’agit donc du dernier acte du quinquennat de François Hollande, à quatorze mois de la prochaine élection présidentielle. Le Président a donc remanié seul le gouvernement, écartant de nombreux « vallsistes » et privant le Premier Ministre de prérogatives constitutionnelles. Par exemple il aurait été légitime que Le Premier Ministre démissionne et propose un nouveau gouvernement. Mais François Hollande a voulu tenir le crayon jusqu’au bout de manière à ce que Manuel Valls n’ait pas à aller faire une troisième déclaration de politique générale à l’Assemblée Nationale, surtout dans le contexte actuel de division des députés.

François Hollande a donc préféré les petits arrangements à la constitution d’un gouvernement de combat. Après des semaines d’un interminable feuilleton de rumeurs et de pronostics il apparaît que les choix opérés ne l’ont pas été pour faire face aux enjeux de politique publique des quatorze derniers mois du quinquennat, mais bien pour ajuster une fois encore les équilibres politiques au sein d’une majorité gouvernementale à bout de forces et de nerfs. Une fois de plus, les petits calculs, notamment ceux destinés à ménager à François Hollande une piste vers la présidentielle, l’emportent à la fois sur le marqueur social-libéral et sur la volonté de mettre en œuvre des réformes de structure susceptibles d’enjamber l’élection.

LES DEALS DE HOLLANDE

En perpétuel calculateur François Hollande a donc conclu un certain nombre de deals. D’abord avec les verts, de manière à faire exploser le pôle écologique et à ruiner la candidature Duflot à l’élection présidentielle. Ensuite avec les radicaux de gauche, dont le patron devient enfin ministre après 23 ans d’attente. Ce qui est un gage de soutien de des radicaux en 2017. Enfin avec Jean-Marc Ayrault qui nourrissait son amertume en se rapprochant doucement des frondeurs, comme on l’a vu lors de son amendement sur la CSG. En plaçant son ancien Premier Ministre au Quai d’Orsay, François Hollande répare ainsi une blessure affective qui aurait pu devenir purulente à l’aube de 2017.

Mais cela ce remaniement ne règle pas trois problèmes. D’abord celui de ses relations avec Manuel Valls et de la ligne politique qui sera celle des quatorze mois à venir. On ne sait rien de ce que sera la politique du logement avec Emmanuelle Cosse à la tête de ce ministère. On ne sait rien de ce que sera la réforme de l’Etat avec Jean-Yves Placé. On ne sait rien de ce que sera la politique étrangère après Laurent Fabius. Peut-être est-ce volontaire et qu’à force de se neutraliser les différents poids lourds du gouvernement vont faire en sorte de maintenir une apparence d’unité, de cohésion et d’action. Ce qui serait un moindre mal.

SARKOZY TOUJOURS A LA PEINE

Deuxième sujet : celui posé par Emmanuel Macron dont on n’a vu qu’il avait désormais décidé d’abuser de sa liberté de parole. Le Ministre de l’économie ferait, dit-on, le pari que François Hollande ne se représentera pas en 2017 et qu’il y aura alors un combat fratricide à mener entre lui et Valls pour se partager le manteau présidentiel. Dans ce remaniement où Valls a été humilié publiquement, Emmanuel Macron n’a rien obtenu. Mais compte tenu de la médiocrité des presque 40 membres de ce gouvernement il n’aura pas de mal à continuer d’imposer sa capacité à débattre des sujets de fond.

Le troisième problème enfin est celui de la gauche de la gauche. Tout semble aujourd’hui prêt pour une candidature d’Arnaud Montebourg à laquelle se rallierait aussi bien Christiane Taubira que Benoit Hamon et une bonne partie des socialistes. Une candidature dont le seul but serait de faire échouer François Hollande afin de recomposer la gauche après 2017.

A droite, les sarkozystes sont bien à la peine. Il n’y a toujours pas de frémissement dans les sondages malgré les ventes record du livre de l’ex-Chef de l’Etat. Et le Conseil National des républicains qui s’est tenu hier et se poursuit aujourd’hui, n'a pas été un grand moment d'enthousiasme ni d'unité, avec simplement une intervention de François Fillon et de NKM. Seul temps fort de ce conseil, l'élection surprise de Luc Chatel comme nouveau Président de cette instance en remplacement de Jean-Pierre Raffarin. Ce qui constitue un atout pour Nicolas Sarkozy qui entend confier à Chatel la Présidence du parti lorsque l’ex-Chef de l’Etat devra démissionner pour être candidat aux Primaires. Aujourd'hui pour le grand discours de clôture, aucun des grands ténors ne sera présent ; signe de défiance à l'égard de Nicolas Sarkozy.

MULTIPLES OPPOSITIONS CHEZ LES REPUBLICAINS

Le débat des idées est reparti de plus belle entre les différents candidats déclarés ou pas aux primaires des Républicains après une année 2015 passée à pacifier le parti. La plupart des sondeurs conviennent que le seul à ne pas afficher d’idée nouvelle, c’est Alain Juppé de peur de voir son image écornée et sa popularité redescendre. En revanche, même si François Fillon reste le candidat préféré des patrons, pour sa rigueur et son travail programmatique, il n’arrive toujours pas à accrocher l’opinion et stagne au même niveau que Bruno Le Maire.

Il est de plus en plus question d’une candidature Guaino. L’ancienne plume de Nicolas Sarkozy affronte désormais ce-dernier de manière de plus en plus frontale, chaque mardi matin au bureau politique des Républicains où ne viennent plus ni Alain Juppé, ni François Fillon. Au point d’apparaître souvent comme le principal opposant à celui qui était son mentor. De la même manière, sous son aspect policé, Hervé Mariton s’oppose assez souvent à Nicolas Sarkozy, alors que son livre programme, le printemps des libertés, est attendu en librairies d’ici le début mars.

Sur le plan économique il faut retenir de la semaine la critique ouverte contenue dans le rapport annuel de la Cour des Comptes à l’égard de la politique budgétaire du gouvernement. Critique à l’égard de l’incapacité à réduire les dépenses publiques, à respecter la trajectoire de diminution du déficit budgétaire et vis-à-vis du poids croissant de la dette. Même si les sages de la Rue Cambon s’attendent à une nouvelle baisse de la charge d’intérêts cette année, en raison de la faiblesse des taux.

LA SOUDAINE PRUDENCE DE LA FED

Par ailleurs, il est désormais acquis que Christine Lagarde sera la seule candidate à la direction du Fonds monétaire international. Elle est donc virtuellement assurée de se succéder en juillet. Nommée à la tête de l’institution en juillet 2011 pour cinq ans, l’ancienne ministre de l’économie française avait officiellement fait acte de candidature le 22 janvier et avait reçu de nombreux soutiens en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine. Le FMI a refermé le processus de dépôt des candidatures mercredi dernier. Le conseil d’administration, qui doit désormais entendre Christine Lagarde, souhaite prendre sa décision le plus vite possible. Son choix final, qui sera sans surprise, doit être fait d’ici au début mars.

Même si la présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, n’a pas encore tranché, sa vision de l’économie mondiale s’est considérablement obscurcie depuis sa dernière intervention publique, le 16 décembre 2015. De fait l’inéluctabilité de la poursuite du resserrement monétaire est soudainement devenue beaucoup moins évidente mercredi 10 février, lors de son audition devant la commission financière de la Chambre des représentants. La présidente de la Fed explique que l’incertitude sur les perspectives économiques de la Chine et sa politique de change a exacerbé les préoccupations sur l’évolution de la croissance mondiale, ce qui a contribué à la chute des matières premières. Si celle-ci se poursuivait, cela pèserait sur l’économie mondiale.

LE KRACH BOURSIER EST BIEN LA

Si, en termes de remontée des taux, le cap ne change pas, le rythme auquel celle-ci s’effectuera devient de plus en plus flou. Alors qu’en décembre la voie paraissait tracée pour quatre hausses en 2016, ce chiffre semble hors de portée au regard de la persistance des turbulences financières et économiques. Janet Yellen se garde bien de fermer la porte à de nouvelles hausses de taux, mais elle indique que le comité de politique monétaire prévoit que les conditions économiques vont évoluer de telle façon que seulement une hausse graduelle des taux sera requise. Il faut dire qu’une enquête de la Réserve fédérale de New York, publiée le 8 février, montre que les perspectives d’inflation pour les trois prochaines années n’ont jamais été aussi basses depuis que cet indicateur a été lancé en 2013.

Désormais il ne fait plus de doute que le krach boursier a commencé et qu’il est encore loin de se terminer. Il s’agit d’un krach mondial qui touche d’abord l’Asie, puis les marchés européens et l’Amérique dans une moindre mesure. Maintenant que le seuil des 4.000 points a été cassé à la baisse pour l’indice CAC 40, il existerait un potentiel de baisse de 20 à 25 %. Si bien que pour beaucoup d’investisseurs le marché parisien comme les autres places sont désormais sur un toboggan qui devrait les amener à plus ou moins longue échéance vers le niveau des 3.000 points. Tout dépendra en fait de la question espagnole. Si l’Espagne se retrouve confrontée, en l’absence de gouvernement, à une impasse financière semblable à celle qu’a connue la Grèce, alors l’Europe et même le FMI ne pourront pas empêcher une crise qui aura des répercussions mondiales comme en 2008 la faillite de Lehman et celle d’AIG.

LES BANQUES EN PREMIERE LIGNE

C’est ce qui justifie que les banques soient les principales victimes de cette nouvelle secousse boursière. Avec un indice des banques européennes en chute de 28 % depuis le 1er janvier, l’inquiétude commence à gagner les responsables politiques de la zone euro, qui multiplient les propos rassurants. Les dernières séances ont été particulièrement éprouvantes pour la Société générale, dont le cours a plongé de 12,6 % jeudi dernier. La banque a été sanctionnée après avoir prévenu, lors de la présentation de ses résultats annuels, qu’elle ne confirmait pas son objectif de rentabilité en 2016. Dans son sillage, l’action BNP Paribas a perdu 6 % et Crédit agricole 6,6 %.

Aux yeux des investisseurs, le péché des banques semble être leur rentabilité insuffisante. Rien de bien nouveau pourtant. Les établissements financiers voient leurs coûts augmenter, notamment pour améliorer leur contrôle interne, leurs revenus se tasser pour cause de taux bas, voire négatifs, tandis que les exigences des régulateurs en matière de fonds propres n’en finissent plus de se durcir. Les marchés viennent de réaliser que cela allait durer. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la crainte que les banques sombrent à cause de leur exposition sur le secteur pétrolier, lui-même fragilisé par la chute du baril. Selon les données publiées le 7 février par le cabinet d’avocats américain Haynes and Boone, 48 producteurs de gaz et pétrole nord-américains, supportant 15 milliards d’euros de dette, se sont placés sous le régime de la protection des faillites depuis le 1er janvier 2015.

BOUYGUES ET ORANGE PRES DE CONCLURE

Du coté des dossiers en cours, il semble que les discussions progressent sans accroc majeur entre Canal+ et BeIN Sports. Les pourparlers ne portent pas sur un rachat par le groupe Vivendi de la chaîne de sports lancée en France par le fonds souverain du Qatar. Ils visent un accord de distribution exclusive, qui imposerait aux amateurs de sport de passer par Canal+ ou ses bouquets de chaînes payantes CanalSat pour s’abonner à BeIN Sports en France. Signe de l’avancement du dossier, l’autorité de la concurrence est sur le point de lancer un test de marché, qui consiste à sonder les acteurs concernés : fournisseurs d’accès à Internet distribuant BeIN, clubs de football, etc.

S’agissant du dossier Bouygues Telecom-Orange, il semble qu'à force de concessions faites par Bouygues on s'achemine vers un accord qui pourrait être rendu public cette semaine. Jeudi dernier Orange, SFR et Free se seraient mis d’accord sur le prix des actifs de Bouygues Telecom qu'ils vont se partager. Free reprendrait une large part des abonnés mobile classique et SFR les abonnés "low cost" de la marque B&You. Au total, Free dépenserait entre 3 et 3,5 milliards d’euros contre 2,5 milliards d’euros pour SFR. Xavier Niel héritera aussi de l’essentiel des 550 boutiques de Bouygues Telecom et ses quelque 3.000 salariés.

Les discussions se prolongent encore ce week-end pour présenter un projet, mardi, lors des résultats 2015 d'Orange.

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