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Le débat sur la déchéance plombe Hollande et Valls
par Yves de Kerdrel

Trois mois après les attentats du 13 novembre, la menace terroriste n’a jamais été aussi forte selon nos services de renseignements avec comme cible privilégiée les écoles primaires ou maternelles. Quelle qu’en soit l’issue, le débat sur la déchéance de nationalité n’aura servi à rien sauf à diviser la majorité et l’opposition et à plomber Hollande et Valls. Du coup Emmanuel Macron s’échauffe.

07/02/2016 - 07:53 Temps Lecture 13 mn.

Selon les informations obtenues par WanSquare la menace d’un nouveau gros attentat terroriste n’a jamais été aussi forte en France comme en Espagne. D’abord parce qu’il est désormais certain que le cerveau des attentats du 13 novembre est arrivé en France avec une cellule de près d’une centaine de personnes, dont 90 trainent toujours dans la nature. Ensuite parce qu’un certain nombre de signaux ont permis d’identifier que les cibles prioritaires de ces commandos de Daesh seraient des écoles maternelles et du primaires de manière à ce que choc émotionnel soit le plus important possible dans l’opinion.

Le pire serait qu’un tel attentat survienne alors que s’est engagé au Parlement le débat sur la déchéance de nationalité. Mesure dont chacun sait bien qu’elle n’a qu’un caractère symbolique mais qu’elle n’est en aucun cas une protection contre le terrorisme. Après une première journée de débat à l’Assemblée nationale un certain flou demeure sur l’article 2, consacré à la déchéance de nationalité. Concernera-t-elle tous les Français condamnés pour terrorisme ? Seulement les binationaux ? Les citoyens naturalisés ou les nés français ? Le projet de loi en lui-même ne le précise pas (à la demande des socialistes) et, dans son discours d’ouverture des débats, le premier ministre, Manuel Valls n’a pas été plus explicite.

UN REMANIEMENT DIFFICILE A FAIRE

Défilant à la tribune au cours de la discussion générale, qui précède l’examen du texte, beaucoup de députés d’opposition n’ont pas manqué de souligner les atermoiements du gouvernement. L’obtention de la majorité simple, qui suffit pour adopter le texte à l’Assemblée nationale, ne fait guère de doute. Mais que fera ensuite le Sénat ? Et, si les deux chambres arrivent à se mettre d’accord, y aura-t-il trois cinquièmes des parlementaires pour adopter définitivement le texte en Congrès ? A l’écoute des orateurs qui se sont exprimés vendredi, ce seuil semble loin d’être acquis. Les communistes, une bonne partie des écologistes et quelques députés Républicains et socialistes se sont déjà positionnés sur le non. Ce n’est qu’avec l’examen des 220 amendements au texte, qui commencera lundi après midi, et le vote de l’article 1 puis, surtout, de l’article 2, mardi, que se cristalliseront les positions des uns et des autres.

Dans l’entourage proche de François Hollande on commence à percevoir que ce projet annoncé dans le sillage des attentats du 13 novembre et qui était alors une bonne idée, faute d’être bien maitrisé, a été transformé en un épouvantable boulet que le Chef de l’état et son Premier Ministre risquent de traîner jusqu’à la fin du quinquennat. D’où la volonté de François Hollande de retrouver un peu d’oxygène avec le prochain remaniement. Pour l’heure il existe un scénario crédible, avec le départ probable de Laurent Fabius du quai d’Orsay pour le conseil constitutionnel ; son remplacement aux affaires étrangères par Ségolène Royal. Le problème, c’est qu’en dépit du tapis rouge que lui a déroulé François Hollande, Nicolas Hulot a refusé de succéder à Ségolène Royal. Or la préoccupation du Chef de l’État est de profiter de ce remaniement pour élargir l’assise gouvernementale, au-delà de la seule tendance hollando-vallsiste.

SARKOZY CROIT A SES CHANCES

Mais François Hollande, ces dernières semaines, se montrait plutôt dubitatif quant à la possibilité d’un retour des écologistes ou à une arrivée de l’aile gauche du PS. Par ailleurs il veut éviter que le remaniement soit compris comme un changement de ligne. Ce qui confirme que la cohérence chère à Manuel Valls, et encore une fois incarnée par la récente arrivée de Jean-Jacques Urvoas, proche du premier ministre, place Vendôme, en remplacement de Christiane Taubira, demeure plus que jamais à l’ordre du jour. Le pack régalien constitué autour de Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian n’a donc que peu de souci à se faire, de même que le ministre de l’Économie Emmanuel Macron.

Largement distancé dans les sondages par l’ancien premier ministre Alain Juppé, Nicolas Sarkozy était l’invité jeudi 4 février de l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2. Il poursuit ainsi sa contre-offensive médiatique, entamée notamment avec l’émission confession « Sept à Huit » sur TF1. Puis ce fut « C à vous ». L’opération reconquête de Nicolas Sarkozy se joue aussi beaucoup sur les réseaux sociaux. Il a révélé mardi, rapporte Le Figaro, un nouvel outil destiné à rétablir le lien avec son électorat : une web radio, hébergée sur la plate-forme de streaming musical SoundCloud. L’ancien chef de l’État apparaît revigoré par les bons chiffres de vente de son livre La France pour la vie, vendu à plus de 67.000 exemplaires, selon l’institut GFK, depuis sa sortie il y a dix jours.

REPARTIR A LA CONQUETE DE CHAQUE FRANCAIS

Sa maison d’édition va donc relancer une impression pour atteindre 210 000 exemplaires. « La primaire des libraires, c’est Nicolas Sarkozy qui l’a gagnée clairement », estime son conseiller politique Brice Hortefeux. Le succès est réel mais ne masque pas d’autres signaux alarmants. Les sondages sont toujours en berne. Et le premier tour des élections régionales a montré un déplacement des milieux ruraux et populaires de droite vers le Front national. L’ancien président se persuade un peu vite qu’il est en train de se réconcilier avec sa base électorale. La confession sur 264 pages réanimerait, selon lui, le lien personnel tissé avec chaque Français. Et il construit autour de l’ouvrage une stratégie électorale : il sera le candidat du peuple contre le « système ». D’abord contre les médias. En privé, Nicolas Sarkozy estime que les « commentateurs » ne reflètent pas assez l’attrait du pays pour son retour.

En janvier, il n’a fait que des déplacements strictement encadrés en sélectionnant quelques journalistes. Puisque la meute des caméras est momentanément tenue à l’écart, l’ancien chef de l’État publie aussi régulièrement des vidéos filmées par un membre de son équipe. « Plus de 100 000 vues à chaque fois », se félicite-t-il. Tout en annonçant des déplacements plus discrets, l’entourage de Sarkozy ne cesse de mettre en scène ce soi-disant rapprochement avec les Français en publiant des photos et des vidéos sur les comptes Facebook et Twitter de l’ancien président. Il affirme vouloir aller partout et a demandé à son équipe de « faire des Carrefour, des Leclerc ». En sur jouant ce lien avec le peuple, Nicolas Sarkozy tente de réactiver sa stratégie de 2007 où il avait convaincu une partie des classes moyennes et populaires.

FILLON CREE LE TEMPO

Le chef de file du courant de la Droite populaire, Thierry Mariani, a lui, décidé de rejoindre l’écurie de l’ancien premier ministre. « C’est sûr que je soutiendrai François Fillon pour la primaire. », annonce le député des Français de l’étranger. Pour le député de Paris, le ralliement de l’ex-ministre des transports est une prise de guerre symbolique chez les sarkozystes. Soutien historique de l’ancien président pendant vingt ans, Thierry Mariani bascule dans le camp de François Fillon car il juge ce dernier plus solide pour occuper la fonction présidentielle. L’ex-ministre juge, en outre, que l’ancien premier ministre est le candidat qui donne le plus de garanties de mettre en œuvre son programme car il a déjà présenté une méthode de gouvernement et un calendrier.

Ce qui est certain, c’est que cette primaire à droite va être très longue. Bruno Le Maire va publier son livre vers le 20 février et il annoncera sa candidature un mois plus tard à l’occasion d’un grand meeting. Nathalie Kosciusko-Morizet devrait se déclarer en mars avec également la publication d’un livre, également chez Albin-Michel. Hervé Mariton publiera un ouvrage très libéral « le Printemps des libertés » au début du mois de mars. Et la grande surprise est le retour sur le devant de la scène de François Baroin qui publiera mercredi prochain un livre fort : « un chemin français ». Son but étant d’être le candidat de remplacement de Nicolas Sarkozy si ce dernier décidait de renoncer.

LE RALENTISSEMENT AMERICAIN EST LA

Sur le plan économique, il faut retenir l’annonce pour 2015 d’un déficit commercial français qui se réduit pour la quatrième année consécutive. Il est ressorti à 45,7 milliards d’euros, en amélioration de 21,6 % par rapport à 2014. Pour la première fois en une décennie, le nombre d’entreprises françaises exportatrices a augmenté, passant de 121 000 à 125 000, ce qui est une très bonne nouvelle. Dans le détail, les exportations ont été soutenues par les livraisons aéronautiques et la reprise du marché automobile, particulièrement dans les pays du Sud de l’Europe. Les importations ont été tirées vers le bas par la chute des approvisionnements énergétiques due au reflux du prix du pétrole. Leur hausse, alors qu’elles avaient reculé de 0,6 % en 2014, reflète toutefois le regain de dynamisme de la croissance française, tirée par la consommation.

Les indices d’un ralentissement de la croissance aux États-Unis se multiplient. L’économie américaine a créé 151 000 emplois en janvier, selon les statistiques publiées vendredi par le département américain du travail. Le chiffre est nettement en dessous des anticipations des économistes qui tablaient sur 185 000. Certes, le taux de chômage a légèrement reculé à 4,9 %, soit 0,1 point par rapport au mois précédent. C’est la première fois qu’il passe sous les 5 % depuis février 2008. Même si le marché de l’emploi reste largement créateur de postes de travail, la dynamique semble s’essouffler. Surtout, ces données sont publiées après plusieurs autres chiffres décevants. Avec une progression de 0,7 % en rythme annuel, le produit intérieur brut a presque fait du surplace au quatrième trimestre 2015. Par ailleurs l’industrie donne de sérieux signes de faiblesse. Les commandes industrielles ont encore reculé de 2,9 % en décembre, selon les chiffres publiés mercredi.

MESTRALLET VERSUS KOCHER

Du coté des entreprises il faut noter la très belle surprise réservée par BNP Paribas qui a réalisé en 2015 des revenus records de 42,9 milliards d'euros, en progression de 9,6% et enregistré un résultat net de 6,7 milliards d’euros. Le groupe bancaire a pu renforcer ses fondamentaux. Le ratio de fonds propres durs est ainsi passé de 10,3 % à fin 2014 à 10,9 % à fin 2015. La rentabilité des fonds propres (ROE pour Return on Equity) s'établit à 8,3 %. Les revenus ont progressé dans tous les métiers. Sur la banque de réseau, la progression est de 1,6 % à 15,9 milliards d'euros. La hausse est plus nette sur les services financiers spécialisés (+14,5 %) à 15,3 milliards. Quant à la banque de financement et d'investissement, son produit net bancaire a bondi de 13,2 % à 11,7 milliards.

Comme chacun s’y attendait Gérard Mestrallet a obtenu l’autorisation de l’état de prolonger sa présence à la tête d’Engie, comme président non exécutif pendant deux ans, après l’échéance de son mandat en mai prochain. A cette date, les fonctions seront donc dissociées : l’actuel PDG deviendra président et Isabelle Kocher, aujourd’hui numéro deux, prendra la direction générale. Ces évolutions doivent être confirmées par le conseil d’administration du 24 février, puis votées lors de l’assemblée générale du 3 mai prochain. Elles nécessitent en effet une évolution des statuts du groupe, pour dissocier les fonctions et reculer la limite d’âge du président, aujourd’hui fixée à 67 ans. Gérard Mestrallet les atteindra le 1er avril. Pour Isabelle Kocher, c’est une période à haut risque qui s’ouvre. D’autant que les relations entre elle et Gérard Mestrallet se sont fortement dégradées et l’on murmure que les résultats 2015 du groupe seraient très médiocres.

Enfin concernant l’affaire Casino, il apparaît que Jean-Charles Naouri semble gagner la bataille de la communication. Boussard & Gavaudan détient environ 1 % du capital de Casino en dur et affirme avoir « toute confiance » dans le groupe. De son côté, Muddy Waters, qui a tenu des positions courtes représentant jusqu'à 1,38 % du capital de Rallye et 0,92 % de Casino, est descendu à 0,49 % et à 0,31 % respectivement. L'Autorité des marchés financiers, qui s'est saisie du dossier en fin d'année, se refuse toujours à dire si elle a ouvert ou non une enquête sur le titre pour ne pas créer de précédent. En publiant une analyse assassine sur Casino et en shortant le titre, Muddy Waters a fait chuter le cours. Casino réfléchit toujours aux suites juridiques. Le groupe pourrait poursuivre Muddy Waters au pénal, pour diffusion de fausse information, délit d'initié et manipulation de cours.

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