éditorial
Semaine décisive pour Nicolas Sarkozy à Paris et Davos
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l'Etat entame une séquence importante avec l'ouverture officielle de la présidence française du G8 et du G20. Au moment précis où la diplomatie tricolore est mise à mal par l'affaire tunisienne. Et alors que l'étoile de DSK commence à pâlir sur la scène hexagonale.
23/01/2011 - 08:26

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La semaine qui débute est une séquence très importante pour Nicolas Sarkozy, puisqu'elle ouvre réellement la présidence française du G 20. Ce lundi 24 janvier, pas moins de 300 journalistes français et étrangers (3 au maximum par rédaction) assisteront dans la salle des fêtes de l'Elysée à la troisième conférence de presse du Président de la République, depuis le début du quinquennat.
Cette réunion est très attendue par le monde politique. D'abord parce qu'elle tient lieu de cérémonie des voeux à la presse. Une presse qui n'a pas ménagé le Chef de l'Etat au cours des derniers mois... et que lui-même ne tient pas en grande estime. Ensuite parce qu'elle sera consacrée à la présidence française du G 20 avec un long exposé d'une quarantaine de minutes auquel Nicolas Sarkozy s'est préparé ces derniers jours. Exposé sur le "basculement" du monde, sur le changement de centre de gravité de la planète, et sur les nouveaux rapports de force économiques. Le chef de l'Etat a beaucoup travaillé son intervention avec Xavier Musca, également avec Henri Guaino, et avec Jean-David Levitte, son sherpa officiel, et ancien ambassadeur de France à Washington. Il a aussi échangé sur ce sujet avec Alain Juppé, qu'il a désormais de manière presque quotidienne au téléphone et dont il apprécie les analyses géopolitiques, et même avec Jacques Chirac, lors de leur très médiatique déjeuner au Bristol, de vendredi dernier.
CE QUE CAMERON A DIT A FILLON
Le premier ministre et la plupart des ministres concernés seront bien sûr présents à cette conférence de presse où il ne sera pas seulement question des thèmes prioritaires que la France a placés à l'agenda du G 20. Mais aussi de l'affaire tunisienne, qui va rester quelques temps comme un râté de la diplomatie française, alors que les "services secrets" avaient parfaitement alerté le gouvernement des risques de basculement du pays. De la même manière il y a fort à parier que l'Euro sera de nouveau évoqué par le Président de la République.
Les marchés accordent pour l'heure un répit à la monnaie unique, qui n'a cessé de se renforcer sous l'effet des excellentes statistiques allemandes. Sous l'effet aussi des micro-émissions réussies du Portugal. Réussies grâce à une débauche d'énergie de la part de la Banque Centrale Européenne qui a racheté presque dix fois plus de titres souverains au cours des deux dernières semaines, qu'à l'habitude. Il y a fort à parier que Nicolas Sarkozy devra se prononcer sur l'attitude des britanniques qui sont toujours très prompts à soutenir l'euro de manière verbale, mais qui ne veulent pas participer à un fonds européen de stabilisation, comme David Cameron l'a expliqué à François Fillon, lors de son déplacement à Londres, il y a une dizaine de jours.
De l'avis d'un des diplomates ayant participé à cette rencontre entre les deux premiers ministres, la Grande-Bretagne surveille l'euro comme le lait sur le feu, car ses banques détiennent des quantités de dettes souveraines libellées en euros, et pas seulement des dettes irlandaises. Mais David Cameron a même recommandé à François Fillon de faire tout son possible afin que les européens cessent de parler d'un montant théorique pour le fonds de secours de la monnaie européenne. D'un côté Christine Lagarde souhaite une dotation très élevée de manière à crédibiliser l'outil de défense de la monnaie. D'un autre côté Angela Merkel ne veut pas en entendre parler. Cette cacophonie est non seulement superflue, mais surtout contre-productive, comme cela a été dit à plusieurs reprises ce week-end à Versailles lors d'un colloque informel réunissant des patrons des plus grands groupes industriels et financiers européens.
DES TAUX LONGS VERS LES 5 %
Après cette conférence de presse très dense, il y aura l'intervention de Nicolas Sarkozy au Forum de Davos, prévue jeudi en fin de matinée, où il devrait entrer dans le détail des propositions françaises. D'autant plus que viendront au Forum Economique Mondial pas moins de 18 des 20 chefs d'Etat qui participent au fameux G 20.
Il reste que si le front monétaire est plus calme, les taux d'intérêt n'arrêtent pas leur remontée, surtout la partie de la courbe au-delà des 10 ans. Le taux de rendement des OAT françaises est désormais de 3,50 %, alors qu'il était inférieur à 2,50 % il y a encore cinq mois. Et la plupart des banquiers et industriels présents au colloque mentionné plus haut, s'attendent à voir les taux à 10 ans renouer avec le seuil des 5 % avant la fin de l'année. Ce qui représentera 225 points de base de plus par rapport au niveau retenu pour la confection du budget 2011.
Certes, compte tenu de la maturité moyenne de la dette française et de ses mécanismes de refinancement, l'impact de ce quasi-doublement du coût de l'argent ne sera pas immédiat. Mais il va contraindre le gouvernement à être encore plus rigoureux en termes de maîtrise des finances publiques. C'est ce que François Fillon a prévu de dire demain lundi 24 janvier lors du fameux Dîner de la Revue des Deux Mondes organisé par Marc de Lacharrière. Un dîner qui va battre, cette fois-ci, son record de participants avec plus de 400 invités.
ROYAL NE DECOLLE TOUJOURS PAS
Du côté du Parti socialiste, on surveille de plus en plus près les sondages qui se multiplient à quinze mois des élections présidentielles. En dépit de tous ses efforts et de son activisme - qui se manifestera encore ce soir lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro - Ségolène Royal assiste à la stagnation de sa cote de popularité, deux mois après s'être lancée dans la course aux primaires. Alors que celle de François Hollande ne cesse de progresser de manière très régulière, aux dépens des intentions de vote en faveur de DSK. Le député de la Corrèze va commencer à sortir de son silence, samedi prochain, à l'occasion d'une réunion de son club sur le dialogue social.
Le président du FMI va connaître, lui, dans les toutes prochaines semaines une période difficile avec des sondages de plus en plus incertains, un microcosme qui dit, désormais à voix haute, qu'il va connaître un destin à la Simone Veil ou à la Jacques Delors, et un Nicolas Sarkozy qui va clairement marcher sur ses plates-bandes internationales. De surcroit en n'hésitant pas dans son discours de Davos à égratigner le mode d'action du FMI. C'est dire si les jours qui viennent s'annoncent pleins de rebondissements, d'autant que Martine Aubry a désormais enterré le pacte qui la liait à son mentor. Ce qui lui laisse le champ libre pour l'attaquer sur sa droite. Autant dire qu'il va y avoir de l'ambiance au PS dans les jours qui viennent, surtout si le Conseil d'Etat invalide demain l'élection de Jean-Paul Huchon à la présidence du Conseil Régional d'Ile-de-France.
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