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Le débat sur la loi El Khomri, nouveau boulet de la gauche
par Yves de Kerdrel

François Hollande fait trainer le doute sur sa candidature. De manière à ce que Valls et Macron se combattent en s’échauffant. Et pour finir par tirer les marrons du feu. C’est tout l’enjeu du projet de loi El Khomri, soutenu par Valls alors que François Hollande veut éviter le 49-3. Mais pour le Premier Ministre c’est un pari pascalien. Soit il fait voter la loi. Soit il retrouve sa liberté façon Mendès.

21/02/2016 - 07:53 Temps Lecture 13 mn.

Trois mois après les attaques terroristes du 13 novembre 2015, qui avaient vu ses courbes d’opinion opérer un rétablissement significatif, François Hollande est à nouveau rattrapé par les lois de la gravité sondagière qui, depuis le début du quinquennat, le tirent vers l’impopularité. Le tableau de bord réalisé par l’IFOP pour Paris Match est éloquent. Début novembre, avant les attentats, le chef de l’Etat plafonnait à 28 % d’approbation. Sa gestion de cette période lui avait très fortement bénéficié : en décembre, il bondissait à 50 %. Avant de dévisser à nouveau dès janvier à 36 %, puis de s’effondrer à 26 % en février.

Cette tendance est sensiblement la même dans le baromètre Ipsos pour Le Point. Stagnant à 24 % d’avis favorables avant les attaques de novembre, M. Hollande avait reconquis 17 points après celles-ci, se hissant à 41 %. Il en a perdu 12 en janvier, puis à nouveau 9 en février. Plus inquiétant, cette dernière mesure a été effectuée après le remaniement, ce qui souligne que celui-ci n’a absolument pas été en mesure d’enrayer la rechute. Le pire c’est que là où le président avait vu, après les attentats de janvier 2015, le regain de sa popularité perdurer plus longtemps, et en avait même durablement conservé un petit matelas, ce n’est plus le cas après les dernières attaques de Paris.

COMBAT VALLS-MACRON

C’est cette forte impopularité structurelle qui a conduit le Chef de l’État à répéter haut et fort vendredi soir que si la courbe du chômage ne s’inversait pas il ne se représenterait pas. Une hypothèse prise de plus en plus au sérieux tant la plupart des experts économiques ne voient aucune raison pour que le nombre des sans-emploi diminue. C’est dans ce contexte que le climat entre l’Élysée et Matignon se dégrade fortement, François Hollande connaissant bien les ambitions présidentielles de son Premier Ministre. Quant à Manuel Valls engagé dans un combat sans merci avec Emmanuel Macron, il pense a trouvé sa parade avec la loi El Khomri sur l’assouplissement du droit du travail.

Ce texte répond parfaitement aux demandes des organisations patronales même s’il pêche un peu sur la question de la flexibilité. Ce qui a provoqué des cris d’orfraie de la CFDT. La ministre du travail a donné en milieu de semaine une interview au journal les Échos, adoucie dans un premier temps lors de sa lecture à l’Élysée avant d’être durcie lors de son passage à Matignon où une plume zélée y a rajouté la référence à l’article 49-3 pour faire voter ce texte. Ce passage a fait bondir François Hollande qui est convaincu que même avec le vote bloqué le texte peut ne pas être adopté. Ce qui entrainera de facto la démission du Premier Ministre, qui se retrouvera ainsi un destin à la Mendès-France.

CHIFFON ROUGE POUR LES SOCIALISTES

De son côté Emmanuel Macron continue de creuser son sillon. Mercredi soir il était l’invité d’un diner de l’Afep auquel avaient répondu présents un grand nombre de patrons. Selon certains échos le Ministre de l’économie a créé la surprise en s’éloignant de la doxa européenne et en déclinant un programme basé sur la baisse des dépenses, la baisse des impôts et une hausse temporaire des déficits. De manière à créer un choc de confiance. En somme le projet que Nicolas Sarkozy prépare avec son groupe d’experts. Pour d’autres il a surtout insisté sur le « moins d’état », sur une Europe redéfinie au couple franco-allemand où Berlin joue le rôle de locomotive en matière de relance de l’investissement.

Face à deux ténors qui rivalisent de clins d’œil aux patrons, la gauche est naturellement un peu déstabilisée. Le texte proposé par Myriam El Khomri prend en effet de front plusieurs principes défendus depuis des années par le PS en matière de droit du travail. S’il acte la création d’un compte personnel d’activité, il prévoit également de consacrer la primauté de l’accord d’entreprise sur la branche en matière d’assouplissement du temps de travail, un plafonnement des indemnités prud’homales en cas de contestation d’un licenciement, ainsi que différentes mesures sur le licenciement destinées à lever la peur d’embaucher. Autant de chiffons rouges agités sous le nez des députés socialistes, dont plusieurs dénoncent la prévalence de la flexibilité sur la sécurité des salariés.

COUP DUR POUR SARKOZY

L’examen du texte à l’Assemblée en avril promet donc des débats houleux. A peine sortie du psychodrame sur la déchéance de nationalité, la majorité risque de se déchirer à nouveau. De fait, les choix de l’exécutif ne manquent pas d’interroger les socialistes sur la stratégie de François Hollande, à quinze mois de la présidentielle. Comment Hollande compte-t-il être réélu si, semaine après semaine, il se coupe chaque fois un peu plus de ses propres troupes ? Pour son entourage, le chef de l’Etat est au contraire fidèle à sa logique : celle de faire le maximum pour combattre le chômage. Toujours dans la posture du chef de l’Etat rassembleur en vue de 2017, François Hollande veut apparaître, comme le président qui s’occupe des problèmes des Français, même si sa majorité tousse.

Après la mise en examen de Nicolas Sarkozy, mardi dernier, le parti Les Républicains se retrouve dans une situation qui confine à l’absurde. Partie civile dans l’enquête judiciaire, il est désormais dirigé par celui dont la justice considère qu’il existe des indices graves et concordants laissant penser qu’il lui a porté préjudice, en se faisant rembourser indûment des frais liés à sa campagne présidentielle de 2012. Pour Nicolas Sarkozy, cette nouvelle mise en examen constitue un rude coup politique dans son projet de reconquête de l’Elysée, car elle intervient au plus mauvais moment. Largement distancé dans les sondages par Alain Juppé, ouvertement défié par ses rivaux pour la primaire, lâché par plusieurs de ses anciens fidèles, l’ex-chef de l’état n’a jamais semblé en aussi mauvaise posture depuis son retour en politique, à l’automne 2014. Au point que beaucoup, à droite, doutent désormais de ses chances d’amener son camp à la victoire en 2017.

L’OCDE PANIQUE SUR LA CROISSANCE

Comment se présenter à la primaire et installer sa candidature tout en étant dépendant d’un agenda judiciaire qu’il ne maîtrise pas ? Et s’il était élu à la primaire et condamné ensuite pendant la campagne présidentielle ? Le voir effectuer une sortie de route à cause des affaires : c’est l’espoir de ses rivaux, même s’ils ne le disent pas publiquement. Pas question de donner l’impression de vouloir enfoncer Nicolas Sarkozy, au risque d’être perçu comme un traître par les militants. Alain Juppé l’a bien compris. Mardi soir, le favori de la primaire a écrit sur Twitter : « Je souhaite pour nous tous que Nicolas Sarkozy fasse prévaloir son bon droit. Amitiés dans les moments difficiles. »

Au chapitre économique l’actualité a été dominée par les dernières prévisions de l’OCDE. L’organisation du Château de la Muette a revu en baisse ses prévisions pour l'économie mondiale, pas seulement cette fois du fait des pays émergents, et appelé à une réponse collective qui allie politique monétaire accommodante, réformes structurelles et recours à l'arme budgétaire là où c'est possible pour relancer la demande. Dans ses prévisions économiques intérimaires, l’OCDE s'inquiète en outre des risques substantiels d'instabilité financière au vu des turbulences qui se sont emparées des marchés et, dans ce contexte, de la grande vulnérabilité de certains pays émergents.

FREMISSEMENT DU MARCHE PETROLIER

Pour les économistes de l'OCDE, le rythme de croissance de l'économie mondiale, déjà à son plus bas niveau depuis cinq ans, stagnera à 3,0% cette année et n'accélèrerait que légèrement l'an prochain (3,3%). Ils ont revu ainsi en baisse de 0,3 point leurs précédentes prévisions pour 2016 comme pour 2017, après l'avoir déjà fait en novembre, et font preuve de plus de pessimisme que leurs homologues du FMI, qui escomptent encore 3,4% cette année puis 3,6% l'an prochain. Dans les grandes économies avancées, les plus fortes révisions à la baisse de l'OCDE concernent les Etats-Unis (-0,5 point à 2,0% pour 2016 et -0,2 point à 2,2% pour 2017) et l'Allemagne (-0,5 point à 1,3% puis -0,3 point à 1,7%). Elle est moins marquée pour la France (1,2% en 2016 et 1,5% en 2017, soit 0,1 point de moins dans les deux cas) mais confirme, après les prévisions récentes du FMI et de la Commission européenne, que l'objectif d'un PIB en hausse de 1,5% cette année, récemment confirmé par le gouvernement, tend à devenir optimiste.

Léger frémissement sur le marché pétrolier. Après plus d’un an de politique des vannes ouvertes, l’Arabie saoudite s’est entendue avec la Russie, le Venezuela et le Qatar, mardi, à Doha, pour plafonner sa production de pétrole au niveau atteint en janvier. Mais les quatre pays, rejoints par le Koweït et l’Irak, ont assorti cet engagement d’une condition qui semble irréalisable : « que les autres grands producteurs fassent de même », a précisé le président de l’OPEP. Les ministres irakiens, vénézuélien et qatari se sont donc envolés pour Téhéran, mercredi, afin de tenter de convaincre leur homologue iranien de s’associer à cette initiative. Cette réunion a finalement débouché sur une déclaration iranienne assez sibylline.

CANAL+ EN ETAT D’URGENCE

Depuis des mois, l’Iran prévient qu’il veut retrouver dans un an la production de 3,8 millions de barils par jour qu’il avait avant le renforcement de l’embargo. L’initiative de Doha n’en marque pas moins une inflexion. Pour la première fois depuis plus d’un an, une tentative d’action coordonnée pour rééquilibrer le marché a vu le jour. Mais l’accord pétrolier entre Russes et Saoudiens est politiquement fragile car ces alliés de circonstance s’opposent frontalement au Moyen-Orient. Surtout en Syrie, où les premiers soutiennent militairement le régime de Bachar Al-Assad tandis que les seconds appuient les mouvements rebelles.

Du coté du business la semaine a été marquée par les derniers évènements chez Vivendi avec une vraie crise chez Canal+. En 2015, le groupe de télévision payante, a connu une année délicate en France. Le groupe y a enregistré un recul de 405 000 abonnements, finissant l’année avec un portefeuille d’environ 8,5 millions de clients, ce qui lui a valu de subir une perte de 264 millions d’euros, selon les résultats annuels publiés par Vivendi. Certes, cette perte n’est pas indigeste pour Vivendi dans son ensemble, dont le chiffre d’affaires a crû de 6,7 % en 2015, à 10,76 milliards d’euros, pour un résultat net ajusté de 697 millions d’euros (+ 11,3 %). Le groupe, qui se définit comme un géant mondial du divertissement, est encore assis sur une trésorerie nette de 6,4 milliards d’euros à fin 2015, dont 4 milliards vont être consacrés en dividendes aux actionnaires.

L’AMF SAISIE DU DOSSIER SOLOCAL

Mais cette baisse de la rentabilité de Canal+ est un souci pour Vivendi, qui se dit aujourd’hui déterminé à arrêter les pertes des chaînes Canal+ en France. Dans ce contexte, Vivendi a confirmé avoir engagé des discussions afin de nouer un partenariat sous la forme d’un accord de distribution exclusive qui porterait sur une durée de cinq ans. Ce projet d’accord avec le groupe qatari, qui a raflé quantité de droits sportifs au nez et à la barbe de Canal+ depuis 2012, est censé stopper l’hémorragie. La plupart des analystes partagent l’idée qu’il sera bénéfique.

Concernant le dossier Orange-Bouygues Telecom, les discussions continuent avec Patrick Drahi et Xavier Niel sur le partage du réseau, des boutiques et d’autres actifs redondants. En revanche contrairement à ce que l’on pouvait penser la semaine dernière, aucun accord n’est imminent, dans la mesure où il n’y a pas encore d’entente sur le prix définitif. Stéphane Richard reste ferme dans les discussions, d’autant plus qu’il ne fait pas de doute que Martin Bouygues souhaite parvenir à une cession. Mais il n’y a que 50 % de chances, voire un peu moins d’aboutir à un deal. Pour l’heure, l’État, via Emmanuel Macron, n’interfère pas vraiment dans les discussions ni même dans le futur niveau de la participation de Bouygues au capital d’Orange.

Depuis la fin de la semaine, l’Autorité des Marchés Financiers a été saisie par un groupement de plusieurs centaines d’actionnaires de Solocal (ex-Pages Jaunes) totalisant près de 5 % du capital du groupe à propos de graves problèmes dans la communication financière. A l’issue du dernier communiqué le titre a plongé sans raison particulière. Et dans le même temps les dirigeants ont laissé entendre à certains actionnaires être en discussion, avec un éventuel « investisseur et prêteur ». Sans qu’aucun « statement » officiel n’en fasse part. Ce double langage, ne respectant pas les codes élémentaires de la transparence nécessaire au bon fonctionnement du marché va faire l’objet d’un examen approfondi de la part du gendarme de la Bourse.

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