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Yves de Kerdrel

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Passage à vide pour le gouvernement
par Yves de Kerdrel

Le projet de loi de finances, qui va dans le bon sens en matière de macro-économie comme de micro-économie, plonge le gouvernement dans une tourmente face aux incompréhensions de l’opinion, de la gauche parlementaire et des collectivités territoriales.

01/10/2017 - 07:07 Temps Lecture 14 mn.

La semaine a été difficile pour le gouvernement et pour Emmanuel Macron, lui-même qui a dû renoncer à plusieurs déplacements en province après avoir été alerté par les services de police des troubles et des manifestations qui l’attendaient. Cela est lié à l’accumulation, dans l’opinion, de diverses séquences jugées trop droitières, comme les ordonnances, le rapprochement Alstom-Siemens et les mesures fiscales avantageuses, dans le budget 2018, à la fois pour les français les plus aisés, et notamment pour les actionnaires et investisseurs de toute sorte, et pour les sociétés qui vont bénéficier de la baisse de l’IS.

C’est donc sans surprise si 69 % des français interrogés par Elabe pour l’Express jugent que la politique conduite par l'exécutif est injuste. A contrario seulement 31% la trouvent juste et pensent que les efforts sont équitablement répartis selon les capacités de chacun. Par ailleurs 68% des Français jugent aussi la politique de l'exécutif globalement conforme aux engagements de campagne d'Emmanuel Macron. Ils ne sont cependant que 41% à la juger efficace pour relancer l'économie et à penser qu'elle va permettre d'améliorer la situation du pays. Enfin, si 45% des Français interrogés pensent qu'il est trop tôt pour se prononcer sur l'action d'Emmanuel Macron à la tête de l'État (-11 par rapport à une enquête mi-septembre), 39% la jugent décevante et seulement 16% (+9) satisfaisante.

PROBLEME DE COMMUNICATION

Cela prouve que le problème de communication de la politique gouvernementale est toujours aussi saillant malgré les efforts de Christophe Castaner, que certains surnomment « le vice-premier ministre », et malgré le recrutement de Bruno Roger-Petit comme porte parole de l’Élysée. Pour beaucoup d’experts ce décalage entre des mesures jugées bonnes par la plupart des éditorialistes et décevantes par les français est lié aux méthodes de communications employées. Car depuis le mois de mai tout est concentré sur la personne d’Emmanuel Macron et non sur l’action du gouvernement. Si bien qu’il est le seul à servir de paratonnerre. Par ailleurs comme le dit l’adage « la communication politique, c’est comme la chirurgie esthétique : elle est réussie quand ça ne se voit pas ». Or autour du Chef de l’État tout est communication : de la signature des ordonnances en direct devant les caméras de télévision jusqu’à son discours – pourtant de grande qualité – sur l’Europe à la Sorbonne.

Après cette semaine marquée par la séquence budgétaire, et par l’émission politique – franchement réussie, à la fois sur le fond et en termes d’audience – d’Édouard Philippe sur France 2, la semaine à venir va continuer d’être marquée par cette question que Jean-Luc Mélenchon a réussi à installer dans le débat politique : Emmanuel Macron est-il le Président des riches ? Pour sortir de cette nasse qui pourrait devenir aussi dangereuse que le bouclier fiscal l’a été pour Nicolas Sarkozy pendant cinq ans, des ajustements sont prévus pendant le débat parlementaire.

NOUVEAUX GESTES POUR LES ARMEES

Il se pourrait que des amendements soient déposés par des députés En Marche afin que les propriétaires de voitures de luxe, chevaux de course, yachts ou autres signes extérieurs de richesse aient le droit à un traitement fiscal particulier. Soit par des taxes spécifiques, soit par la réintégration de ces actifs dans la base imposable avec le risque d’inconstitutionnalité que cela comporte. Par ailleurs des gages vont être donnés à la gauche, comme le dépôt d’un amendement privant les plus gros revenus d’allocations familiales, ou un aménagement de la hausse de la CSG pour les petites retraites.

La semaine prochaine, Emmanuel Macron a également décidé de renouer le contact avec l’armée, toujours marquée par la démission du Général de Villiers. Après avoir nettement relevé les crédits de la défense, il a missionné Édouard Philippe, hier, auprès de la marine nationale sur le BPC Mistral et sur le Charles de Gaulle. Par ailleurs il devrait recevoir à l’Élysée cette semaine l’ensemble des membres de la commission de la défense à l’Assemblée Nationale. Et cela à quelques jours de la remise du rapport de la revue stratégique commandée à Arnaud Danjean. Il est d’ailleurs question que dés ce travail terminé, afin de donner naissance à la loi de programmation militaire, l’auteur, actuellement député européen pourrait être nommé à la tête du SGDN en remplacement du très socialiste Louis Gautier qui ne semble pas avoir la confiance du Chef de l’État.

FRONDE DANS LES TERRITOIRES

A cet environnement politique complexe s’ajoutent les mouvements sociaux en cours, notamment de la part des routiers, qui se poursuit toujours. D’autant que la ministre des transports, Elizabeth Borne, a été assez maladroite avec eux. A cela va s’ajouter les nouvelles invitations de la France Insoumise à descendre dans la rue. Pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, la clé du « succès » passe par les universités. Son but est de se rallier les étudiants, surtout après une rentrée malgré par quelques couacs et après la baisse des APL qui les a affectés directement. Mais là il est encore trop tôt pour se prononcer.

Par ailleurs le gouvernement doit faire face à une gronde plus importante et musclée que prévu des collectivités territoriales. La rencontre de jeudi entre Édouard Philippe et les présidents de région s’est très mal passée. Car il leur a annoncé le versement d’une dotation grevée de 250 millions d’euros. Somme promise par Manuel Valls. La réunion a été très houleuse et explique en partie pourquoi Philippe Richert, le président de l’Association des Régions de France a claqué la porte immédiatement. Hier après-midi Jacqueline Gourault (Modem) et adjointe du Ministre de l’intérieur a été aussi prise à partie par l’association des maires de communes rurales.

WAUQUIEZ NE FAIT PAS L’UNANIMITE

Les politiques de tous bords, et même les proches d’Emmanuel Macron, s’aperçoivent qu’il est un pur jacobin, pour lequel, les collectivités n’existent pas, à part les métropoles. De fait son comportement, ses annonces, et les mesures budgétaires révélées cette semaine commencent à provoquer la création d’un véritable camp girondin qui regroupe à la fois des élus de gauche, du centre et de droite. Et si ces personnalités ne défilent pas dans la rue, elles ont un poids politique important et surtout un pouvoir de prescription important – et forcément négatif – auprès de leurs électeurs.

A droite, rien ne bouge à part la préparation d’un prochain bureau politique qui devrait prononcer l’exclusion définitive des républicains d’Édouard Philippe, de Bruno Le Maire, de Gérald Darmanin et des autres ministres venant de la droite. Mesure symbolique, certes, et pas forcement très constructive, mais à laquelle tient beaucoup Laurent Wauquiez. Ce dernier commence à se voir assez critiqué en interne, avant même son élection. Si bien que Florence Portelli pourrait parvenir à l’empêcher d’être élu dés le premier tour, à condition qu’elle ait les parrainages suffisants pour être reconnue comme candidate. Par ailleurs personne n’ignore que la Région Rhône-Alpes n’est plus un long fleuve tranquille depuis que Laurent Wauquiez en est devenu président. Son caractère autoritaire, ses changements de cap incessants et son goût excessif pour la procédure commencent à lasser. Si bien que son directeur général des services vient de claquer la porte.

TRUMP RECRUTE POUR LA FED

Au chapitre économique il faut souligner que la dette publique de la France a augmenté de 22,0 milliards d'euros au deuxième trimestre pour atteindre 2.231,7 milliards fin juin, soit 99,2% du PIB, selon l'Insee. Le ratio de dette sur PIB a ainsi augmenté de 0,4 point par rapport au premier trimestre 2017. La seule dette de l'État a augmenté de 31 milliards d'euros sur le deuxième trimestre pour s'élever à 1.790,4 milliards. Outre la dette de l'État, la dette publique au sens de Maastricht inclut celles des administrations de sécurité sociale des administrations publiques locales et des organismes divers d'administration centrale. Dans le projet de loi de Finances initiale pour 2018 présenté mercredi en conseil des ministres, le gouvernement prévoit de stabiliser le ratio d'endettement public à 96,8% en 2018 comme en 2017. Il remonterait en revanche à 97,1% du PIB en 2019 avant de diminuer à 96,1% en 2020, 94,2% en 2021 et 91,4% en 2022.

Aux Etats-Unis, Donald Trump a annoncé vendredi qu'il se déciderait dans deux, trois semaines au sujet de la présidence de la Réserve fédérale. Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, a été reçu par Donald Trump pour évoquer ce poste, a-t-on appris vendredi selon les informations de WanSquare. La Maison blanche n'a pas voulu confirmer que la conversation avait porté sur ce sujet, se contentant de dire que le président l'avait rencontré lundi. Le mandat de quatre ans de l'actuelle présidente de la Fed, Janet Yellen, première femme à diriger la banque centrale américaine, arrive à échéance le 3 février prochain. Donald Trump a précédemment laissé entendre qu'il pourrait reconduire Janet Yellen à son poste. Jerome Powell, actuel gouverneur de la banque centrale, a également eu un entretien sur ce sujet avec Donald Trump cette semaine, a rapporté vendredi le Wall Street Journal.

SCHAUBLE SOUS LA COUPOLE DEMAIN

Le prochain président de la Fed devra reprendre les rênes au moment où la banque centrale entend poursuivre le resserrement de sa politique monétaire accommodante face à la reprise de l'économie et un marché de l'emploi robuste et ce, en dépit d'une inflation toujours inférieure à son objectif de 2%. Gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011, Kevin Warsh en a démissionné en raison de son opposition à ce programme de rachats d'actifs. Il a appelé à ce que la Fed revoie sa politique monétaire, affirmant que les marchés et l'économie réelle avaient besoin d'air frais. Les rendements des emprunts du Trésor américain ont grimpé après l'annonce de cette rencontre. Kevin Warsh est davantage perçu comme un faucon que Janet Yellen.

La Commission européenne et des régulateurs bancaires européens sont repartis à la charge vendredi sur le renforcement du Fonds de résolution unique (FRU) qui a vocation à renflouer des banques européennes en difficulté et qui suscitait de vives réticences du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, aujourd'hui sur le départ. Ce dernier sera reçu demain à 15 h sous la coupole en tant que membre de l’académie des sciences morales et politique. Au cours de la matinée il aura été reçu par Emmanuel Macron, à l’Élysée, comme le veut la tradition. Et en début d’après-midi il aura une brève rencontre avec Bruno Le Maire. C’est Michel Pébereau qui prononcera le discours de réception.

DANONE EN PLEINE TOURMENTE

Du coté du business, la semaine a été marquée par les suites du mariage plus que déséquilibré entre Alstom et Siemens et par la vente de STX à Fincantieri. Certains banquiers et hauts fonctionnaires réfléchissent à une riposte pénale. La non levée de l'option par l'Etat sur les titres détenus par Bougues entraînera pour lui un manque à gagner très significatif, donc une perte de fonds publics. Ce fait pourrait caractériser deux infractions : soit le détournement de fonds publics, visé par l'article 432-15 du code pénal (puni de 10 ans de prison et d'une amende d'1.000.000€), soit le non exercice de cette option peut également constituer le délit de détournement de fonds publics par négligence, prévu à l'article 432-16 du code pénal (puni d'un an d'emprisonnement et de 15.000€ d'amende). C'est sur ce fondement que Christine Lagarde a été condamnée par la Cour de Justice de la République le 19 décembre 2016. 

Pour ces deux infractions, la Cour de Justice de la République est compétente pour juger le Ministre et le tribunal correctionnel pour juger ses collaborateurs (directeur de cabinet et commissaire aux participations de l'Etat). Il faut noter que toute condamnation pour l'un ou l'autre de ces délits entraînerait de graves conséquences civiles pour les collaborateurs, puisque l'Etat pourrait, en se constituant partie civile devant le tribunal correctionnel, leur réclamer solidairement réparation du préjudice subi correspondant au manque à gagner. Il faut préciser qu'une telle demande ne peut en revanche pas être formulée devant la Cour Justice puisqu'il n'est pas possible de s'y constituer partie civile.

Pour se protéger d'un tel risque - très grand - le Ministre et ses collaborateurs devraient privilégier la levée de l'option pour acquérir les titres quitte pour ne pas revenir vraiment sur les engagements de cession pris vis-à-vis de Siemens à s'engager à ne pas exercer les droits de vote de ces actions jusqu'à leur vente par l'Etat. À défaut, et même si cette solution est plus risquée pour le Ministre et ses collaborateurs, il conviendrait d'obtenir à tout le moins, avant le 5 octobre, en contrepartie de l'absence de levée de l'option d'achat des titres détenus par Bouygues, un engagement de ce dernier de reverser intégralement la plus-value qu'il réalisera lors de la cession de chacun des titres constituant ce bloc de 20%, la plus value étant calculée contractuellement par titre entre le prix d'exercice de l'option (abandonnée ) et le prix de vente du titre in fine par le groupe Bouygues.

Sur un tout autre front il semble qu'il y ait désormais un problème Danone. Selon les informations de WanSquare, Franck Riboud s'apprêterait à quitter la présidence non exécutive à la fin octobre, dans un contexte de baisse du cours de bourse, de baisse des marges, d'interrogations sur la stratégie et d'entrée au capital d'un fonds activiste. C'est dire si Emmanuel Faber est fragilisé. D'autant que dans six mois Nestlé peut céder ses parts dans L'Oréal pour 25 milliards d'euros environ. De quoi avaler Danone sans difficulté. Il y a donc le feu à la maison Danone.

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