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Après la séquence « travail »,<br> la séquence « budget »
par Yves de Kerdrel

Le gouvernement - et notamment le tandem Le Maire-Darmanin -rend public ce mercredi son scénario budgétaire pour 2018. Un vrai test pour la crédibilité du Chef de l’État sur ses promesses de baisses d’impôts mais aussi de réduction des dépenses publiques.

24/09/2017 - 07:42 Temps Lecture 13 mn.

Qu’il le veuille ou non, le Chef de l’État continue de voir sa popularité dégringoler. Sauf dans le Journal du Dimanche de ce matin où il regagne 5 points. Cette semaine, il a encore perdu 14 points dans un sondage réalisé par l’institut Odoxa. Si bien que 56 % des français considèrent d’ores et déjà qu’il est un mauvais président. Ce même sondage fait apparaître Jean-Luc Mélenchon comme son principal opposant. Tout cela n’est pas illogique alors que dans une récente enquête d’opinion réalisée par l’Humanité 72 % des sondés considèrent que la France est dirigée par un gouvernement de droite. En fait plus les jours passent, plus nos concitoyens s’aperçoivent que le Président de la République est tout simplement « ni de gauche, ni de gauche », comme le lui reprochent mordicus ses anciens camarades socialistes.

Pour l’instant ses soutiens les plus fidèles dans les sondages sont les anciens électeurs fillonistes et les patrons, quoique leur proportion commence à reculer. Cela est dû à la séquence des ordonnances et à sa phrase sur les « fainéants » qui lui ont assuré une bonne image à droite. Il est curieux que pour éviter cette glissade dans les sondages, ses communicants n’aient pas mis dans la perspective de la loi travail toutes les réformes à venir en matière d’assurance-chômage, de formation professionnelle, de retraite et même de la sécurité sociale qui devraient apporter un « plus » aux salariés, qu’ils soient cadres, employés ou ouvriers. Mais cela s’explique par le fait que la machine élyséenne conçue et voulue par Emmanuel Macron travaille par séquence.

Le chef de l’état a donc souhaité boucler la séquence « loi travail » en signant vendredi de manière solennelle les ordonnances, car il sait que la semaine qui vient va être consacrée à la séquence budgétaire, avec la présentation, mercredi prochain, par Bruno Le Maire et Gérald Darmanin du projet de loi de finances pour 2018. C’est aussi pour lui une manière de couper l’herbe sous le pied de Jean-Luc Mélenchon qui avait appelé à manifester hier et qui a fait descendre dans la rue entre 30.000 et 150.000 de ses sympathisants.

HYPOTHESES MACRO-ECONOMIQUES

Pour l’heure on ne connaît pas grand chose des hypothèses macro-économiques retenues pour fabriquer ce budget qui doit comporter deux grandes promesses du candidat Macron. D’abord une baisse des dépenses publiques à hauteur de 16 milliards d’euros – et non pas de 20 milliards comme Édouard Philippe l’avait laissé penser en juillet dernier. Ensuite des mesures fiscales importantes destinées à recréer à climat propice aux entreprises, aux entrepreneurs et surtout aux actionnaires. Ce qui doit se traduire par la transformation de l’ISF en un impôt sur la fortune immobilière. Et surtout par l’instauration d’une flat tax de 30 % sur tous les revenus d’épargne. Ce qui sera favorable aux actionnaires ou aux porteurs de stock-options et défavorable aux détenteurs de contrats d’assurance vie ou même de produits règlementés comme les Plans Épargne Logement. A cela s’ajoutera aussi la hausse de la CSG et la baisse des cotisations qui doit redonner du pouvoir d'achat aux salariés et l’exonération de la taxe d'habitation

Ce budget doit aussi traduire l’engagement du gouvernement de ramener le déficit à 2,7% en 2018. Et ce, tout en faisant baisser les prélèvements obligatoires ou les impôts, de 11 milliards l’année prochaine. Pour résoudre cette équation, a priori insoluble, il faut donc trouver 16 milliards d'économies. On sait déjà que les ministères du Transport, du Logement et du Travail seront particulièrement mis à contribution. Mais il faudra attendre mercredi pour avoir le détail. Et le budget peut encore évoluer lors du débat parlementaire. Les députés ont déjà prévu d’amender le texte. Même si la marge de manœuvre budgétaire est particulièrement limitée cette année.

LE CARACTERE DROITIER

Cette nouvelle séquence va encore plus renforcer le caractère « droitier » ou « libéral » de la politique macronnienne. Avec le risque que ses opposants trouvent du nouveau grain à moudre pour les contestations ou les blocages. C’est tout le problème de cette communication présidentielle par séquence qui empêche les français d’avoir un aperçu global de la France moderne et expansive qu’Emmanuel Macron souhaite faire émerger par ses réformes.

D’ici là il y a ce dimanche les élections sénatoriales où les listes En Marche devraient essuyer un camouflet selon les spécialistes de la Haute Assemblée, car aucun sondage n’est possible auprès du corps électoral constitué par les grands électeurs. De très nombreuses listes officielles et dissidentes sont en compétition, notamment en région parisienne. Les votes se déroulant entre 9 heures et 15 heures, il est possible que les premiers résultats soient communiqués à partir de 17 heures. En tous cas avant les journaux de 20 heures. Selon les dernières rumeurs, Gérard Larcher, attaqué dans son fief par l’ex-député Jacques Myard, devrait conserver le « plateau », c’est-à-dire la présidence du Sénat.

Selon les informations de WanSquare recueillies dans l’entourage du chef de l’état, ce dernier ne se fait plus d’illusion sur un éventuel basculement du Sénat. De fait, il a demandé à ses relais au Palais du Luxembourg de pratiquer très vite une politique de débauchage auprès des centristes. Avec comme seul but d’obtenir une majorité des trois cinquièmes pour la réforme constitutionnelle qu’il a annoncée lors de son discours au Congrès et qu’il souhaiterait mener au début de l’année prochaine. Mais là encore selon les derniers pointages, cette majorité des trois cinquièmes (députés et sénateurs mélangés) ne serait pas acquise. En tous cas c’est le point essentiel à surveiller ce soir au delà des simples résultats des sénatoriales.

MERKEL AU FIRMAMENT

Pendant ce temps là à droite le temps politique semble s’accélérer au moment où le Front National s’apprête à vivre une nouvelle fracture avec la démission de Florian Philippot et le départ de tous ses affidés et où Laurent Wauquiez mène une campagne très droitière, sur les conseils de Nicolas Sarkozy, afin de récupérer les déçus de l’extrême droite. Aucun des petits candidats ne semble en capacité d’empêcher le Président de la Région Rhône-Alpes d’être élu dés le premier tour. Et même si Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand s’étaient présentés, cela n’aurait rien changé, dans la mesure où les militants qui vont voter sont des nostalgiques de Nicolas Sarkozy.

A l’international la grande actualité de ce jour est constituée par les élections législatives allemandes où Angela Merkel et son parti la CDU devraient apparaître comme les nets vainqueurs. Selon les derniers sondages avant le scrutin d’aujourd’hui, la CDU et la CSU bénéficiaient d’un score de 36,5 % et le SPD mené par Martin Schulz se voyait doté d’un score de 22 %. La grande incertitude est de savoir avec qui la chancelière va faire cette fois-ci une coalition. Il n’est pas certain qu’elle renouvelle son alliance avec le SPD que beaucoup jugent démonétisé. En revanche, il est de plus en plus question d’une alliance avec les libéraux, à la seule condition que l’AfD (créditée de 9 à 12 %), le parti d’extrême-droite ne ramène pas cette formation au quatrième rang. Certains parlent même d’une alliance CDU-libéraux et verts.

UNE MAUVAISE NOUVELLE POUR MACRON

Si tel est le cas ce serait une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron qui attend l'issue des élections pour présenter son plan pour refonder l'Union européenne. D’après certains il pourrait le faire dés cette semaine avec l'espoir de peser sur les négociations de coalition entre partis. Intime du ministre des Affaires étrangères SPD Sigmar Gabriel, le président français a une préférence pour la grande coalition avec laquelle il espère notamment faire avancer son idée de budget de la zone euro. Mais si Angela Merkel s’allie au parti libéral et aux verts ce sera beaucoup plus compliqué pour le Président Français dans la mesure où les libéraux sont très eurosceptiques er encore plus rétifs à l’idée d’un gouvernement de la zone euro.

De ce coté ci du Rhin, la croissance de l'activité du secteur privé a accéléré en septembre par rapport au mois d'août, selon les données provisoires publiées vendredi par Markit Economics. L'indice PMI composite de la France s'est établi à 57,2, un plus haut de 76 mois, contre 55,2 en août. Un chiffre supérieur à 50 traduit une expansion de l'activité par rapport au mois précédent. Inférieur à 50, il dénote une contraction. Dans le détail, l'indice PMI provisoire du secteur des services s'est inscrit en nette hausse à 57,1, contre 54,9 en août, un point haut de quatre mois. Celui du secteur manufacturier a progressé à 56, contre 55,8 en août. Il s'agit de son niveau le plus élevé depuis 77 mois.

Aux Etats-Unis la Fed a fait un nouveau pas vers le resserrement de sa politique monétaire. La réduction de la taille du bilan de la Réserve fédérale qui débutera le mois prochain ne doit pas entraîner de turbulences sur les marchés financiers qui ont réagi calmement à cette perspective, ont déclaré vendredi deux des responsables monétaires de la banque centrale américaine. La Fed a maintenu mercredi son principal taux directeur inchangé et a répété sa prévision d'une nouvelle hausse de taux d'ici la fin de l'année. Elle a aussi annoncé qu'elle allait commencer en octobre à réduire la taille de son bilan, pour 10 milliards de dollars (8,4 milliards d'euros) par mois dans un premier temps, en ne réinvestissant pas une partie des titres arrivés à maturité.

ALSTOM DE L'AFFAIRE AU SCANDALE

Cette annonce de la Fed était la bienvenue dans la mesure où l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit pour 2017 et 2018 une accélération synchronisée de la croissance de l'économie mondiale, mais prévient qu’à moyen terme, une croissance forte et soutenue est loin d'être garantie. Cette dynamique ne sera durable qu'à condition que les gouvernements augmentent leurs investissements dans des projets permettant des gains de productivité et mettent en oeuvre des réformes structurelles à même de remédier aux difficultés héritées de la crise financière. L'Organisation table toujours sur une croissance de 3,5% de l'économie mondiale cette année, après une expansion de 3,1% en 2016. Elle a cependant relevé son estimation pour 2018 de 0,1 point, à 3,7%. La zone euro devrait pour sa part enregistrer une croissance de 2,1% en 2017 et de 1,9% en 2018, contre 1,8% en 2016. L'OCDE prévoyait auparavant une expansion de 1,8% de l'économie de la zone euro en 2017 comme en 2018.

Du côté business l’actualité majeure qui va encore marquer la semaine à venir concerne Alstom. Le français Alstom et l'allemand Siemens ont confirmé vendredi soir qu'ils discutaient d'un éventuel rapprochement de leurs activités ferroviaires. Le groupe détenu par Bouygues a confirmé l'existence de discussions avec Siemens relatives à un possible rapprochement entre Alstom et la division Mobility de Siemens tout en précisant qu’aucune décision finale n'a été prise, les discussions sont en cours et aucun accord n'a été conclu. Un porte-parole de Siemens a aussi confirmé l'existence de ces discussions. Selon le journal Le Monde, une annonce pourrait être faite dès mardi 26 septembre, au lendemain des élections allemandes, un conseil d'administration d'Alstom étant prévu ce jour-là.

Il est clair pour tous les connaisseurs de ce groupe que le dossier a été discuté entre les services d'Emmanuel Macron et d'Angela Merkel. Siemens envisage d'apporter à Alstom ses activités ferroviaires, à la fois le matériel roulant et l'activité signalisation - qui seraient valorisés autour de 7 milliards d'euros -, et le groupe français lancerait en échange une augmentation de capital réservée au conglomérat allemand. Dans ce scénario, Siemens pourrait ainsi obtenir, selon la prime qu'il consentirait et les valorisations retenues, entre 45% et 50% du capital d'Alstom.

Selon nos informations, Siemens, conseillé par BNP Paribas, prendrait une participation majoritaire dans le groupe, mais le PDG d'Alstom Henri Poupart-Lafarge resterait à la tête de l'entité fusionnée. Par ailleurs le siège resterait en France. Malgré tout cette annonce a soulevé un tollé à Paris, dans la mesure où les Bouygues qui ont laissé à l’Etat leurs droits de vote jusqu’à la mi octobre ne peuvent rien faire. Par ailleurs si l’activité locomotives et wagons est peu rentable, celle de signalisation est une très belle affaire. Bref tout ressemble à un bradage organisé par Macron pour s’attirer les bonnes grâces de la chancelière. Un bradage que les administrateurs vont devoir approuver mardi avec un pistolet sur la tempe. A tel point que les parlementaires de droite s’apprêteraient à demander la création d’une enquête parlementaire.

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