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Yves de Kerdrel
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Même les socialistes sont désarçonnés par l'amateurisme du Premier Ministre et l'inexistence totale de François Hollande
par Yves de Kerdrel
A l'occasion du congrès de Toulouse, les socialistes ont commencé à exposer leurs divisions entre l'aile sociale-démocrate qui s'inquiète de voir le pays aller se fracasser dans le mur de la récession et l'aile de gauche qui demande plus de réformes sociétales, du laxisme budgétaire, et une véritable politique de la demande.
28/10/2012 - 07:19
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François Hollande va bientôt fêter les six mois de son élection élection présidentielle. Mais y-a-il vraiment matière à célébrer quoi que ce soit à l'Elysée, alors que rarement la cote de popularité d'un chef de l'Etat a sombré aussi vite, alors que le gouvernement n'a plus de chef, ou a du moins un chef qui apparait chaque semaine un peu plus "au bout du rouleau", et alors que les ministres s'en donnent à coeur joie pour faire ce qu'ils entendent, et éventuellement faire entendre leur différence quitte à faire fi de la solidarité gouvernementale qui est pourtant écrite sur la charte de déontologie qu'ils ont tous signée.
Au cours de la semaine écoulée, c'est Jean-Marc Ayrault qui a concentré toutes les critiques. D'abord avec sa phrase de trop dans l'hémicycle affirmant que "l'opposition souhaitait la ruine de la France". Ensuite avec sa gaffe concernant la loi sur le logement social, dont il a annoncé avant l'heure qu'elle serait retoquée par le conseil constitutionnel. Les neuf sages et ceux qui leur préparent les dossiers n'avaient jamais vu cela, un tel amateurisme, une telle légèreté. Enfin le lendemain en perdant ses moyens face à quelques journalistes, à l'entrée du congrès de l'UPA. Comme l'affirme un de ses proches : "le premier ministre est usé, physiquement et moralement". De surcroit il commenvce à être soutenu par le Président de la République comme la corde soutient le pendu.
FABIUS SE PREPARE EN SECRET
Autant dire que ses jours sont comptés. Certains s'attendent à un remaniement proche. D'autres - parmi ses amis socialistes - pensent qu'il sera remplacé vers la mi-janvier, à froid. Bien qu'à ce moment-là la France pourrait subir une nouvelle dégradation de sa note, puisqu'elle est toujours sous surveillance de la part des agences de notation. Cela explique la discrétion et le silence assourdissant de Laurent Fabius qui refuse toute intervention dans les médias, et qui attend que le fruit mûr tombe tout seul pour être appelé à Matignon, comme en 1984, afin de marquer le virage du redressement et siffler la fin de la partie politicienne du programme socialiste.
D'autant que maintenant que le projet de loi de finances commence à être en grande partie arbitré et discuté par les députés, les économistes ont repris leur calculatrice pour en évaluer les dégâts sur la croissance. La plupart d'entre eux tablent pour cette année sur une croissance de 0,2 % dans le meilleur des cas ou sinon une croissance zéro. Quant aux perspectives pour 2013 elles s'étagent entre une récession de -0,4 et -0,7 %. Le problème étant principalement lié à la disparition totale de la demande et à l'effondrement de la consommation. Un phénomène qui touche presque davantage les PME (qui participent à hauteur de 65 % à la richesse nationale) qu'aux grandes entreprises. Voilà pourquoi le taux de marge des entreprises devrait atteindre son niveau le plus faible à 28,1 environ. Un chiffre qui n'a jamais été vu jusqu'ici depuis 1985 !
KARINE BERGER VERSUS GALLOIS
Malgré ces perspectives bien sombres, François Hollande a décidé d'enterrer le rapport Gallois sur la compétitivité avant même qu'il soit rendu public. Il n'est plus question de réaliser un choc de compétitivité avec un recours à la CSG, qui pèserait sur le pouvoir d'achat, mais un vague "pacte de compétitivité". C'est l'économiste Karine Berger, devenue député socialiste en juin dernier, qui a convaincu personnellement le président de la République de laisser tomber le rapport Gallois. Avec pour raisonnement : "les entreprises n'ont pas besoin de cela. Elles ont besoin de croissance. Or à la fin 2013 nous allons assister à un fort regain de la croissance économique dans le monde". Ce qui n'est pas très surprenant de la part d'une égérie socialiste qui a récemment publié un livre sur les trente glorieuses à venir.
Du côté de l'opposition, il n'y a pas matière à profiter de cette situation de déliquescence de la majorité, dans la mesure où tant Jean-François Copé que François Fillon se consacrent à leur élection par les militants UMP. Comme WanSquare l'avait révélé il y a quelques semaines, Xavier Bertrand a attendu, à peine quelques jeures, avant de rallier le camp de l'ex-premier ministre. Mais de l'avis des spécialistes de l'UMP, le résultat peut rester incertain jusqu'au dernier moment. Tout dépendra de la participation. Si celle-ci est faible, cela profitera inévitablement à Jean-François Copé, car les militants les plus participatifs sont en sa faveur. En outre lors du débat de jeudi dernier François Fillon a fait l'erreur de s'adresser aux français, quand le député-maire de Meaux prenait bien garde à ne parler qu'à ses sympathisants.
VEOLIA-SUEZ : LES SUITES...
Pour l'heure, à droite, c'est clairement Nathalie Kosciusko-Morizet qui tire les marrons du feu. Elle joue le jeu de première opposante, répond favorablement à toutes les invitations des médias pour participer - de manière plutôt brillante - à des débats. Par ailleurs d'ici quelques jours elle va mettre officiellement sur orbite son nouveau mouvement "la France droite". Et elle reçoit tellement de demandes d'adhésion et de participation qu'elle est à la recherche d'une salle plus grande. Cela montre bien à quel point le discours qu'elle tient et les tribunes qu'elle écrit pour différents journaux, répondent à une attente de la part de tous ceux qui restent traumatisés par le 6 mai. En outre elle bénéficie largement du soutien de Nicolas Sarkozy qui la revoit de plus en plus souvent.
Sur le plan des affaires, le principal sujet de discussion, à l'heure actuelle, chez les banquiers ou les patrons, concerne le projet avorté de rapprochement entre Veolia et Suez Environnement. Pour certains cet échapattoire montre à quel point Antoine Frérot est dans une passe délicate avec un plan stratégique difficile à mettre en oeuvre, un cours de bourse toujours très bas, et des résultats trop ambitieux pour être atteints. A cela s'ajoute la plainte déposée vendredi par EDF de manière conservatoire pour protéger ses intérêts dans Dalkia. Une manoeuvre que beaucoup ont interprétée comme un nouvel épisode de la querelle de personnes entre Antoine Frérot et Henri Proglio, alors qu'il s'agit bien pour l'électricien de faire en sorte que l'avenir de Dalkia, qui l'intéresse au plus haut point, ne soit pas menacé par tel ou tel projet.
Dans cette affaire, un point restera à expliquer un jour ou l'autre. C'est que, alors que des banquiers d'affaires réputés ont été recrutés par les deux entreprises, Grégoire Chertok pour Suez et Marc Pandraud pour Veolia, ni les administrateurs de Veolia, ni les membres du conseil de surveillance de Suez-Environnement ont été informés de ce projet baroque. Sinon par la presse. Ce qui révèle un certain problème en matière de gouvernement d'entreprise, comme l'ont immédiatement noté les analystes anglo-saxons.
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