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Nicolas Sarkozy clôt le front monétaire et met en route sa campagne électorale
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l'Etat entend mettre un terme, ces jours-ci, à la crise monétaire, de manière à se consacrer aux affaires intérieures et à la préparation de sa campagne électorale, qu'il devrait lancer d'ici un mois. Pendant ce temps les positions dans les sondages ne semblent plus bouger et François Bayrou a arrêté de séduire avec la publication décevante de son projet économique.
05/02/2012 - 06:52 Temps Lecture 7 mn.
La scène se déroulait mardi dernier à l'Hotel Matignon pour la remise des insignes de Grand-Officier de la Légion d'Honneur à René Ricol, le Commissaire Général à l'Investissement. Etaient présents toute la République, le CAC 40, et la profession du chiffre. D'une conversation à l'autre, c'était toujours le même refrain, entre Christian Noyer, Jean-Claude Trichet ou François Baroin : "la crise monétaire est désormais sur le point de se terminer, reste à traiter les séquelles de la crise économique". Le point le plus marquant est sans doute la nette diminution des taux longs italiens (à 5,65 %) et espagnols (à 4,9 %) depuis les changements de gouvernements dans ces deux pays. Ce qui prouve que les marchés accordent leur confiance aux hommes mis en place à Rome et à Madrid et jugent positives les réformes engagées. Réformes mises en oeuvre, de surcroit, avec une rapidité impressionnante. Si l'on ajoute à cela le fait que le Portugal exclut désormais toute nouvelle aide internationale, les nuages qui encombraient depuis deux ans l'ensemble des "PIIGS" commencent à se dégager. L'INCONNUE DE LA BCE Il reste, bien sûr, à trouver un accord définitif avec la Grèce. Mais c'est désormais une question d'heures, en principe ! Selon les dernières informations obtenues de sources bancaires, les états de la zone euro pourraient devoir apporter jusqu'à 145 milliards d'euros de financements dans le cadre du deuxième plan d'aide à la Grèce, soit 15 milliards de plus qu'initialement prévu. Les créanciers privés sont tombés d'accord, de leur côté, sur une décote de 70 % de la valeur de leurs titres. Ce qui allègera la dette du pays de 100 milliards d'euros. Il reste encore une grosse inconnue sur une éventuelle participation de la BCE au plan de sauvetage de la Grèce. Une participation largement souhaitée par Josef Ackermann, le président de l'IIF et surtout patron de la Deutsche Bank qui s'est envolé hier soir pour Athènes, afin de parapher un éventuel protocole d'accord. Si le calendrier est respecté, entre la Troïka, les créanciers privés et le gouvernement grec, cet accord définitif sur le sauvetage d'Athène pourrait donc être entériné ce lundi 6 février à l'occasion du conseil des ministres franco-allemand qui se tiendra à l'Elysée. Une réunion prévue de longue date et qui sera conclue par une interview commune accordée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à l'occasion du 20 heures de France 2 et de la chaine allemande ZDF. C'est donc dans le salon Murat, pour changer de la salle des fêtes où a eu lieu l'interview de dimanche dernier, que David Pujadas et son confrère allemand Peter Frey, devraient interroger les deux chefs d'état pendant un quart d'heure. VIVE ENGUEULADE POUR NKM Une fois ce front monétaire et financier dégagé, Nicolas Sarkozy compte libérer tout son temps disponible à la préparation de sa campagne électorale. Dés cette semaine il a fait preuve d'une énergie redoublée, dit-on au Château. Certains ne se sont toujours pas remis de l'épisode du Conseil des Ministres durant lequel le Président de la République a indirectement chapitré Bruno Le Maire pour avoir fait part de ses "réserves" sur la TVA sociale. Il s'en est pris plus directement à Nathalie Kosciusko-Morizet, accusée de n'avoir pas réagi au rapport de la Cour des Comptes sur le coût de la filière nucléaire. Un rapport sur lequel le Chef de l'Etat compte bien avoir "une explication de texte" avec Didier Migaud, qu'il reçoit à l'Elysée, mardi soir, et dont il attend davantage de neutralité pendant la campagne. Progressivement le rétro-planning du candidat Sarkozy se met en place, avec la publication d'un petit livre pour le mois de mars, comme nous l'annonçions la semaine dernière, juste après la déclaration de candidature. La grande nouvelle de la semaine réside dans le retour d'Emmanuelle Mignon dans l'équipe du président sortant. L'ancienne coordinatrice du programme de 2007 devrait s'occuper du projet et des réseaux pour la campagne. Major de l'ENA, passée par le Conseil d'Etat, Emmanuelle Mignon a été directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy jusqu'en 2010, date à laquelle elle a rejoint le groupe du cinéaste Luc Besson, qu'elle vient de quitter. Elle a participé, dés mardi soir à une réunion en présence du président, entouré de son équipe resserrée : notamment Pierre Giacometti, Patrick Buisson, Jean-Michel Goudard, Henri Guaino et Xavier Musca. Autre nouvelle intéressante : le sondage publié ce matin par le JDD, montrant qu'en l'absence du Front National, Nicolas Sarkozy ferait jeu égal au premier tour avec le candidat du PS, cassant d'emblée sa dynamique. L'HORIZON SE DEGAGE SUR LA CNP Du côté des entreprises l'actualité va redevenir riche cette semaine avec une importante salve de publication de résultats. Notamment en provenance du groupe GDF-Suez qui devrait en profiter pour faire ressortir l'impact positif de la revalorisation des prix du gaz et qui devrait expliquer la réorganisation de ses activités d'énergie, avec une nouvelle branche Energie Europe, dirigée par Jean-François Cirelli, par ailleurs vice-président directeur général délégué du groupe. De son côté Jean-Louis Chaussade, le patron de Suez-Environnement va publier de bons résultats, mais impactés par des éléments exceptionnels liés à un projet australien. Le marché ne lui en tient pas rigueur, puisque son titre affiche déjà une hausse de plus de 15 % depuis le début de l'année. Ce qui lui confère désormais une capitalisation boursière de 5,2 milliards d'euros, supérieure à celle de Veolia. De bonnes surprises sont à attendre également la semaine prochaine avec les résultats de Michelin et de Faurecia, voire même d'Alcatel-Lucent qui retrouve les faveurs du marché et devrait enfin générer du cash à partir de cette année. Enfin chacun aura salué le remarquable exercice de communication de LVMH qui, en période de crise, a publié des résultats records sans que cela ne provoque le moindre émoi. Une situtation largement facilitée par la participation indirecte du groupe au sauvetage de Lejaby, intervenu la veille. S'agissant des nominations en attente, il n'est pas du tout certain que la "jurisprudence" adoptée par le Président de la République pour ne pas désigner de successeur à Augustin de Romanet s'applique également à la CNP, société cotée, dont le flottant représente tout de même 25 % du capital avec quelques investisseurs étrangers. Le groupe dispose naturellement d'un comité des rémunérations et des nominations que préside Henri Proglio, le patron d'EDF. Le règlement intérieur du conseil de la CNP spécifie clairement que ce comité "fait des propositions aux administrateurs pour la nomination, la révocation ou la reconduction du Directeur Général". Le nom le plus fréquemment cité, en interne, comme dans le milieu de l'assurance pour succéder à Gilles Benoist est celui d'Antoine Lissowski, l'actuel directeur financier du groupe. Agé de 55 ans, énarque, il a débuté sa carrière à la Caisse des Dépôts (à la trésorerie) avant d'être chargé de mission à la Commission des opérations de bourse où il a animé les premiers groupes de travail sur la déontologie des activités financières. Il a ensuité réintègré la Caisse, avant d'être propulsé membre du Directoire de CNP Assurances en 2003, puis Directeur général adjoint Finance en 2007.
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