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Nicolas Sarkozy peine à se sortir d'une passe très délicate
par Yves de Kerdrel

La forte percée de François Bayrou dans les sondages et le maintien d'un écart substantiel avec le candidat socialiste commencent à gêner les plans échafaudés à l'Elysée. D'autant que le sommet sur l'emploi a accouché d'une souris et que les préparatifs des annonces sur la TVA sociale donnent lieu à des anicroches au sein même du gouvernement.
22/01/2012 - 08:25 Temps Lecture 8 mn.
Vendredi soir l'ambiance n'était guère à la fête dans l'entourage du Chef de l'Etat. Surtout au terme d'une journée marquée par le décès de quatre soldats français en Afghanistan. Ce qui a conduit Nicolas Sarkozy à envoyer immédiatemment à Kaboul le ministre de la défense, Gérard Longuet, ainsi que le chef d'Etat major des armées françaises, et à suspendre toute opération de formation des troupes afghanes. Le sujet sera bien sûr évoqué, vendredi prochain, à l'occasion de la visite à Paris du président Karzaï. Cet évènement sombre est venu clore une semaine peu heureuse, à la fois sur le plan politique, économique et social. Du côté politique, les rares nouveaux sondages réalisés après la perte du Triple A ont tous donné des points supplémentaires aux candidats "anti-système" ; c'est-à-dire Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui sont au coude-à-coude chez les ouvriers. Mais le phénomène le plus spectaculaire est sans doute lié à la montée très forte de la popularité de François Bayrou, qui pourrait vite atteindre les 20 % d'intentions de vote. Comme l'explique "un visiteur du soir" du Chef de l'Etat, il réussit à allier auprès des français, un certain aspect populiste, et de la raison voire de la constance, comme le montre son discours sur la dette et les finances publiques. LE DEBAT HOLLANDE-JUPPE Son équipe économique, composée de Jean Peyrelevade, Anne-Marie Idrac, Jean Arthuys et Alain Lambert s'étoffe de jour en jour. Et il devrait annoncer de nouveaux ralliements au cours des semaines qui viennent. Au rythme de ses prochains discours de campagne qui devraient avoir pour thème, d'abord l'instruction - et non l'éducation - puis le social. Autre épine dans le pied, du côté politique, pour Nicolas Sarkozy, le maintien de François Hollande à un niveau compris entre 26 et 28 % (après avoir été à 35 %, il est vrai !). Le discours qu'il va prononcer aujourd'hui au Bourget doit servir de coup d'accélérateur à sa campagne au moment où le candidat socialiste sent bien que le Chef de l'Etat navigue à vue. Certaines rares idées devraient commencer à apparaître. Mais Michel Sapin, ne promet rien de spectaculaire (sic !) tout de suite. D'autant que François Hollande a prévu de dévoiler son programme jeudi matin, à l'occasion d'une conférence de presse ad hoc (chiffrage compris). Juste avant un débat qui aura lieu le soir-même avec Alain Juppé sur France 2. PANNE DE CROISSANCE Sur le plan économique, Nicolas Sarkozy est également à la peine avec une croissance française qui pourrait bien vite apparaître comme n'ayant qu'un rythme de 0,2 % cette année. Un chiffre qui sera peut-être commenté dés ce soir par François Baroin à l'occasion du grand jury RTL-LCI-Le Figaro. Fin novembre, l'OCDE avait revu en baisse sa prévision de croissance pour l'hexagone à 0,3 %. Ce qui n'avait pas empêché Bercy de rester droit dans ses bottes et de continuer à tabler sur un chiffre de 1 %. Si les hypothèses les plus sombres se confirment, cela donnerait raison à l'argumentation de Standard & Poor's avec de moindres recettes fiscales à la clé et une plus grande difficulté à respecter la trajectoire des finances publiques. Enfin, sur le plan social, le sommet sur l'emploi du 18 janvier n'a pas été le succès assuré. Il faut dire que si Bernard Thibault, en fin de course, s'est prêté au jeu, François Chérèque a tout fait pour torpiller l'initiative présidentielle. A l'occasion des préparatifs de cette grand-messe on a pu assister au retour de deux anciens du gouvernement : Jean-Louis Borloo qui s'est beaucoup rapproché de Xavier Bertrand et Gérard Larcher que l'on voit souvent à l'Elysée. NOUVEL AXE BORLOO-BERTRAND C'est le nouvel axe Borloo-Bertrand qui travaille l'Elysée au corps afin que les salariés bénéficient, d'une manière ou d'une autre, des allègements de charges liés à la mise en place éventuelle de la TVA sociale (dont le JDD de ce jour montre à quel point elle sape la popularité de Nicolas Sarkozy). Par ailleurs, l'ancien ministre de l'écologie a suggéré au Ministre du travail plusieurs pistes de réflexion comme la suppression de la niche Copé qui exonère les plus-values des holdings (ce qui rapporterait 3 à 6 milliards d'euros), la limitation de la déductibilité des intérêts d'emprunt pour les entreprises rachetées en LBO (rendement estimé : 4 milliards d'euros) et un prélèvement exceptionnel de 2 % sur les bénéfices avant impôts des entreprises cotées, rapportant 2,5 milliards d'euros. L'idée est de fournir au Président de la République du "grain à moudre" pour la campagne électorale, alors que François Hollande n'osera pas sortir le moindre centime comme on l'a vu à l'occasion de la reprise en mains de Benoit Hamon cette semaine. Du côté des affaires, les banquiers jugent le climat très calme. Mais pas mal de dossiers commencent à déboucher. Sur l'affaire Saur-Séché, la décision de Bruxelles d'ouvrir une enquête sur les pratiques concurrentielles des trois acteurs français du marché de l'eau et de l'assainissement des eaux usées, ne va pas faciliter les affaires de Joël Séché qui continue ses opérations de "lobbying dur" pour mettre la main sur la Saur. Entre la médiation conduite, tranquillement par Aldo Cardoso, et cette enquête qui va prendre beaucoup de temps, sans compter l'intérim à la tête de la Caisse des Dépôts - au moins jusqu'en juillet -, la Saur a de bonnes chances de continuer à se développer avec ses quatre actionnaires d'origine. D'autant que selon l'un de de ses principaux actionnaires financiers, les comptes sont bons, les budgets respectés et il n'y a aucune mauvaise surprise. EPILOGUE CHEZ CARREFOUR Mais surtout, selon les informations de WanSquare, c'est cette semaine en principe que Georges Plassat, l'actuel patron de Vivarte (il est aussi actionnaire à hauteur de 10 %, ce qui représente environ 100 millions d'euros) et ancien dirigeant de Casino devrait avoir réglé son propre problème de succession. De fait, il sera enfin disponible pour remplacer Lars Olofsson à la tête de Carrefour. Il reste à savoir si une semaine après le dernier conseil d'administration, les actionnaires convoqueront dés ces jours-ci un conseil pour faire sortir la fumée blanche. La tête de l'actuel patron de Carrefour ne tient plus qu'à un fil, après cinq avertissements sur les résultats et la remise en cause, la semaine dernière de son concept d'Hyper Planet, dont les résultats ne sont pas au rendez-vous. Jusqu'au dernier moment, Thierry Breton, le patron d'Atos, a fait le forcing, tant auprès de Colony que du groupe Arnault, pour être nommé à la tête du leader français de la distribution. Mais Sébastien Bazin, responsable de Colony, oppose un veto à cette solution depuis plusieurs mois, alors que l'ancien Ministre de l'Economie est membre du conseil d'administration de Carrefour. Interrogés hier par nos soins, ni Colony, ni le Groupe Arnault n'ont infirmé ces nouveaux éléments. Enfin, au cours des dernières séances les volumes de transactions ont continué à enfler sur le titre Vivendi, donnant court à de nouvelles rumeurs d'achats de titres réalisés par Vincent Bolloré, qui doit conclure l'apport de ses châines TNT à Canal+ avant un mois en échange de 1,2 % du capital du groupe. PS : Au cours des deux derniers jours a eu lieu, à coté de Londres, le colloque Franco-Britannique où WanSquare participait. Sans enfreindre la règle du "off", cette rencontre a débuté par une réception au 10 Downing Street en présence de David Cameron et de Valérie Pécresse, venue parler de nos différents projets de taxes. Comme "opening joke", le Premier Ministre a déclaré d'emblée : "je suis très impressionné de voir tant de français devant moi. Et je suis très impatient que vous mettiez en place votre Taxe Tobin pour qu'ils soient encore plus nombreux à Londres...!" Belle démonstration d'humour britannique à domicile.
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