éditorial
L'accord européen apporte beaucoup de solutions et Mario Draghi fournit les autres
par Yves de Kerdrel
Le désaccord britannique a éclipsé tous les aspects positifs du nouveau traité européen. Reste à le mettre en musique d'ici le mois de mars prochain. Avec le risque que, pendant cette période de latence, l'euro subisse les attaques indirectes de la spéculation, des agences de notation et surtout d'un calendrier d'émissions d'emprunts d'état très chargé en janvier.
11/12/2011 - 08:17

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Deux jours après la conclusion du tant attendu sommet européen plus personne ne parle d'une "Europe à deux vitesses" du fait du coup d'éclat de David Cameron. Angela Merkel a remercié, en privé, Nicolas Sarkozy, pour son implication personnelle, et s'est dite convaincue qu'ils allaient pouvoir passer tranquillement de bonnes fêtes. Même Xavier Musca, le Secrétaire Général de l'Elysée, et dans ce cas précis, le sherpa personnel du Président de la République, qui n'a jamais été débordant d'optimisme, au cours des semaines écoulées, avait l'air réjoui en sortant du sommet.
A l'actif, il y a bien sûr une nouvelle gouvernance de la Zone Euro avec notamment des décisions prises sur la base d'une majorité qualifiée de 85 %. Il y a le mécanisme de la règle d'or et son corollaire, les sanctions automatiques à l'égard des pays qui ne respectent pas le pacte de stabilité. Il y a enfin la clarification à propos du MES (mécanisme européen de stabilité), même si beaucoup de choses restent à préciser, sur son fonctionnement en parallèle ou pas avec le FESF.
PROBLEME DE CALENDRIER
Au passif des décisions de ce sommet, il y a comme toujours la méthode. C'est ce que soulignait ce samedi le Financial Times. Car le gros problème aujourd'hui de ce changement de Traité, même s'il ne donne pas lieu à un vote, mais à un simple accord intergouvernemental, c'est qu'il ne sera mis en oeuvre qu'au mois de mars prochain, si les délais sont respectés. Il faut donc souhaiter que, d'ici là, la zone Euro, n'ait pas à vivre d'évènements graves, alors que se profile une année 2012 marquée par l'austérité et la récession.
C'est sans doute parce que Mario Draghi, le nouveau Président de la BCE, sait mieux que quiconque, à quel point le Diable peut se nicher dans les détails qu'il a pris, seul la décision d'ouvrir des lignes de crédits illimitées pour les banques sur des durées de trois ans, à un taux, exceptionnellement bas de 1 %. Selon les experts, cette mesure s'adresse notamment aux banques françaises et italiennes, et doit leur permettre, de souscrire, autant que de besoin, aux émissions d'emprunts d'état qui seront très nourries au cours du premier trimestre. Par ailleurs, la BCE peut justifier aisément cette mesure par la nécessité d'éviter, à tout prix, "un credit-crunch", en pleine période de récession.
SUPER MARIO DRAGHI
La subtilité de cette mesure, alors que tout le monde se focalise sur la question des rachats de dettes souveraines par la BCE, dont l'Allemagne ne veut pas que l'on en parle, ajoutée à la mise sous tutelle du Mécanisme Européen de Stabilité par l'institution de Francfort et aux deux baisses de taux directeurs effectuées en un mois, montrent que Mario Draghi, n'est pas le "pantin allemand" que certains avaient imaginé. Non seulement il affirme son indépendance vis-à-vis de l'Allemagne, mais il se démarque nettement de la vision dogmatique et hiératique de sa fonction telle que l'exerçait Jean-Claude Trichet.
Il est difficile de savoir quelles seront, s'il y en a vraiment, les retombées d'un tel sommet, en termes de politique intérieure. Ce qui a le plus surpris, c'est le silence total des socialistes et notamment de François Hollande. Il faut dire qu'au même moment sortait l'affaire de la fédération du Pas-de-Calais dont le député de Corrèze se serait bien passée. Il reste que le candidat socialiste reste très embarassé par les propos "germanophobes" d'Arnaud Montebourg, comme il a eu l'occcasion de le dire devant les grands patrons réunis, mercredi soir par l'AFEP, dans un dîner, à huis-clos.
UN DAVOS AVANT L'HEURE
Tous ces sujets ont été très largement discutés à Vienne, à l'occasion de la World Policy Conference, qui a été créée par Thierry de Montbrial, le directeur général de l'IFRI. Il s'agit d'une sorte de Davos qui réunit aussi bien des grands patrons que des politiques de très haut niveau (dont une dizaine de chefs d'Etats et de gouvernement) et des intellectuels pour évoquer la gouvernance mondiale. Parmi les dirigeants français attendus à ce forum, on notait la présence de Jérome Contamine, le directeur financier de Sanofi, François Drouin, le directeur général d'Oseo, Bruno Lafont, le patron de Lafarge, Christophe de Margerie, celui de Total, Louis Schweitzer, Serge Villepelet, le président de PwC France, et Lionel Zinsou, président de PAI Partners.
Du côté des affaires, le climat se ralentit du fait de la perspective de la prochaine trève des confiseurs. Le principal dossier de Place reste Groupama, géré au plus près par Thierry Martel avec l'aide de la banque Morgan Stanley. Le projet de cession des 44 % de Silic détenus par l'assureur mutualiste avance bien, d'autant que les actifs de cette société spécialisée dans la détention et la gestion de biens immobiliers d'entreprise collent parfaitement avec ce que fait Icade, filiale de la Caisse des Dépôts. Notamment en termes de complémentarité géographique.
CESSION DU GAN ABANDONNEE
Pour la Caisse, le seul achat de ce bloc, sans la mise en oeuvre d'une garantie de cours représente un investissement de près de 600 millions d'euros. En fait, le bloc serait découpé en deux morceaux. Très vite, sans doute, dés que l'ACP aura donné son feu vert, ainsi que la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts, on pourrait voir Icade reprendre près de 30 % de Silic. Ce qui permettrait d'apporter rapidement du cash à Groupama. Dans un second temps, interviendrait la vente du solde des titres avec la garantie de cours. Sans doute au tout début du mois de janvier 2012.
Avec ces 600 millions de cash, les 300 millions de fonds propres apportés par la Caisse des Dépôts à Gan Eurocourtage, Groupama n'aurait donc plus besoin de céder dans la précipitation Gan Assurances, comme cela était envisagé, il y a encore un mois. D'autant que le portefeuille obligataire continue d'être allégé au fil de l'eau. Pour le moment, à moins que l'ACP retoque le plan que lui présentera, dans huit jours, Thierry Martel, la cession du GAN (dommages et Vie) devrait donc être abandonnée.
Enfin, comme l'année dernière, les fêtes de fin d'année devraient être, une fois encore gâchées, pour Ernest-Antoine Seillière et certains anciens dirigeants de Wendel, qui auraient reçu cette semaine la notification d'un nouveau redressement fiscal visant, cette fois, la manière dont ils ont touché 30 millions d'euros (pour 12 personnes) à l'occasion de la vente d'Editis à l'espagnol Planeta, il y a trois ans. Bercy évoque, notamment, dans ses attendus, la mauvaise foi des dirigeants du groupe. Une faute taxable... à 40 % !
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