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Yves de Kerdrel
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Macron continue de fendre le système
par Yves de Kerdrel
Imperméable aux critiques, aux mauvais sondages, à la perception négative de l’opinion sur son projet de budget, Emmanuel Macron continue d’avancer, même si son gouvernement a pris le temps hier après-midi de faire une pause sous forme de séminaire.
L’alignement des planètes n’est plus aussi favorable qu’il l’a été jusqu’ici pour le Chef de l’État. D’abord il y a eu sa séquence européenne – non pas ratée – mais devenue inutilisable après les élections allemandes qui vont jeter les libéraux très eurosceptiques dans les bras d’Angela Merkel. Ensuite il y a eu le projet de loi de finances pour 2018, dont les médias n’ont retenu qu’avantage fiscal fait aux plus aisés quatre fois plus important que le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce qui justifiait encore hier soir « la manchette » du quotidien Le Monde. Enfin il y a eu la très mauvaise séquence avec les territoires, qui n’est toujours pas réglée et qui concerne aussi bien les régions, que les départements, et les communes.
Malgré tout cela, après deux baisses mensuelles consécutives, le président de la République et le Premier ministre enregistrent une légère remontée de leur cote de popularité. Du moins auprès d’un institut de sondage et pas le plus significatif. La popularité du président de la République et du Premier ministre a connu un léger regain en septembre après deux baisses mensuelles consécutives, notamment chez les sympathisants centristes, selon un sondage YouGov France pour Le HuffPost et Cnews publié jeudi. Emmanuel Macron recueille désormais 32% d'opinions favorables, contre 30% début septembre. Ce sont surtout les sympathisants du centre (90%, +15 points en un mois) qui permettent au chef de l'État d'inverser sa courbe de popularité, alors qu'il perd 13 points chez les sympathisants Les Républicains (32% d'opinions favorables) et trois points chez les sympathisants PS-EELV, qui demeurent toutefois 36% à émettre une opinion favorable.
NICOLAS HULOT LE PLUS POPULAIRE
Le Premier ministre Édouard Philippe recueille pour sa part 34% d'opinions favorables (+2). Crédité de 84% d'opinions favorables chez les Centristes, Édouard Philippe séduit également 47% des sympathisants LR (+1 sur un mois) et 15% des sympathisants d'extrême droite (+7 sur un mois). Sa popularité a en revanche accusé une sévère chute dans l'électorat de gauche depuis début septembre : -12 points auprès des sympathisants PS et EELV (31% d'opinions favorables) et -3 auprès des sympathisants d'extrême gauche (10% d'opinions favorables), alors que la rentrée a été marquée à la fois par la signature des ordonnances sur la loi travail et plusieurs mobilisations syndicales.
La popularité du gouvernement est par ailleurs stable (29% d'opinions favorables) depuis le mois dernier, mais avec de fortes variations selon la sensibilité politique des Français interrogés : 90% des sympathisants du centre (+14) expriment une bonne opinion, contre 32% des électeurs Les Républicains (-8) et 30% des sympathisants socialistes (-11). Si l'action du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, recueille 40% d'opinions favorables chez les sondés - et notamment chez deux tiers des sympathisants EELV -, la moitié des Français estime que le ministre est une caution écologique pour le gouvernement et qu'il n'est pas en mesure d'imposer ses vues auprès du président de la République. Il demeure la personnalité politique recueillant le plus d'opinions positives : 30%.
SEMINAIRE GOUVERNEMENTAL
Cependant le climat est devenu assez perturbé pour qu’Édouard Philippe organise au cours de l’après-midi d’hier un séminaire gouvernemental. Le troisième en quatre mois. Le but était de redonner de la cohérence à l’action gouvernementale et donc une vue d’ensemble, alors que le Président agit par « séquences », ce qui fortifie les mécontentements, les rend plus audibles et empêche de voir les mesures qui équilibrent les autres. Très critiqué par le Chef de l’État, au mois de juillet, Édouard Philippe est désormais plus en cour. Même si un tiers des français (un record) ne savent toujours pas qui il est, il fait le job, ne ménage pas sa peine afin d’améliorer sa communication (d’où l’interview donnée à Libération la semaine passée) et surtout travaille énormément (la seule qualité que le Chef de l’État reconnaît à ses collaborateurs).
Malgré tout, selon un sondage Harris Interactive publié le 6 octobre, près de six Français sur dix (57%) se disent choqués par les mots utilisés par Emmanuel Macron, lors d'un déplacement en Corrèze. Le président, lui, est toujours en chute dans les sondages. Après avoir évité une manifestation de salariés de GM&S, Emmanuel Macron avait alors déclaré : « Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu'il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n'est pas loin de chez eux.» Le sondage indique donc que 43% des personnes interrogées ne sont pas choquées par l'utilisation du terme « bordel ». Selon cette enquête 71% des Français estiment que lorsque Emmanuel Macron parle de cette manière cela nuit plutôt à l’appropriation par les citoyens de ses idées et de son programme.
UNE PHRASE CHOC MAIS PAS INVOLONTAIRE
Face à la polémique que ces propos ont engendré au sein de l'opinion, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner avait défendu le président en expliquant sa volonté de nommer les choses et d'arrêter la langue de bois. En somme, de parler comme tout le monde. Peu après, des proches d'Emmanuel Macron ont fait savoir que ce dernier assumait sur le fond ses propos tenus en Corrèze tout en reconnaissant qu'il n'aurait pas dû utiliser le mot « bordel » dans le cadre d'un déplacement officiel. Mais si cette sortie a fait polémique pendant 48 heures elle est loin d'être la première, Emmanuel Macron étant décidément un habitué des phrases choc.
Le 29 juin dernier, alors qu'il inaugurait un colossal espace d'accueil pour les start-up en plein Paris, Emmanuel Macron avait eu un mot malheureux à l'égard de ceux qui ne réussissent pas, estimant qu'ils n'étaient « rien ». Ses propos avaient suscité un gigantesque tollé sur internet. Alors qu'il s'adressait à ses concitoyens réunis dans le jardin de l'école française d'Athènes, le 8 septembre dernier, Emmanuel Macron avait déclaré : « Je serai d'une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d'avoir, chaque jour, la même détermination.» Face à un nouveau tollé, il avait assuré ne pas regretter ces propos.
ENTERREMENT DE LA TAXE SUR LES DIVIDENDES
Pour l’heure les critiques des anti-Macron se focalisent sur deux fronts. D’abord sur un budget supposé être favorable aux riches. Au point que même certains députés de la République en Marche se déclarent être mal-à-l’aise. Ensuite sur le front de la lutte contre le terrorisme. Dans trois semaines le pays sortira de l’état d’urgence. Et la situation intérieure ne s’améliore pas comme l’ont montré les horribles attentats de la gare Saint-Charles à Marseille et les attentats déjoués rue Chanez à Paris et sous un camion du cimentier Lafarge. Ce sujet reste « l’angle mort » du Président. Même s’il est abreuvé quotidiennement par les notes émises par la cellule que dirige Pierre de Bousquet et qui centralise à l’Élysée toutes les données sensibles du renseignement.
Au chapitre économique, le Conseil constitutionnel a définitivement enterré vendredi la taxe de 3% sur les dividendes mise en place fin 2012, tirant les conséquences d'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne qui l'avait déjà invalidée en bonne partie. Saisie d'une question prioritaire de constitutionnalité par le Conseil d'État, la Cour a estimé que cette taxe portait atteinte au principe d'égalité devant la loi dans la mesure où la CJUE a établi qu'elle ne pouvait s'appliquer aux bénéfices redistribués par une société mère en provenance d'une filiale établie dans l'Union. Il en a résulté, selon lui, une différence de traitement entre les sociétés mères, selon que les dividendes qu'elles redistribuent proviennent ou non de filiales établies dans un État membre de l'Union européenne autre que la France.
CROISSANCE REVUE A LA HAUSSE
L'Association française des entreprises privées, qui regroupe les grands groupes hexagonaux, avait engagé un recours contre cette taxe après la décision européenne. Elle s'est félicitée dans un communiqué de son invalidation, estimant qu'elle était extrêmement défavorable à la localisation des sièges sur notre territoire et à l’investissement dans les entreprises françaises. Le gouvernement a anticipé la décision du Conseil constitutionnel en proposant la suppression de cette taxe, qui rapportait près de 1,9 milliard d'euros par an, dans le projet de loi de Finances pour 2018. Il a prévu également dans le budget 2018 une provision de 300 millions d'euros pour les contentieux liés à ce dispositif, mais leur facture pourrait atteindre plusieurs milliards sur les années suivantes après les dernières décisions. Le ministre de l'Économie et des Finances, a déjà laissé entendre que le gouvernement envisageait de mettre en place une solution temporaire qui ne toucherait que les grands groupes pour financer ces coûts à partir de 2019.
Par ailleurs, comme nous l’avions déjà laissé entendre, dans ces colonnes il y a quelques semaines, l'économie française devrait poursuivre sur sa solide lancée au deuxième semestre et afficher sur l'année une croissance de 1,8% - un rythme sans précédent depuis 2011 - qui s'accompagnera d'une poursuite du reflux du chômage. Malgré un ralentissement de la consommation des ménages, la croissance de la France décollera après trois années autour de 1,0%, profitant d'une accélération de l'investissement et d'une diminution de l'impact négatif du commerce extérieur, a observé l'Insee dans son point de conjoncture présenté jeudi. A ce rythme de 1,8%, la progression du produit intérieur brut (PIB) pour 2017 dépasse la précédente prévision de l'institut (+1,6% attendu en juin). Elle s'avère également plus optimiste que l'hypothèse de 1,7% retenue par le gouvernement pour construire le budget 2018, présenté la semaine dernière.
CA CHAUFFE A LA CAISSE
Selon Bruno Le Maire, l'acquis de croissance - à savoir l'évolution du PIB sur l'ensemble de l'année si la croissance était nulle sur chaque trimestre - s'élève à 0,8% pour 2018. Avec la croissance de l'activité, la progression de l'emploi devrait ralentir au second semestre avec la fin du dispositif de prime à l'embauche dans les PME et la réduction du nombre d'emplois aidés. Au total, l'économie française devrait créer 208.000 emplois marchands cette année (après 221.000 en 2016) mais le taux de chômage selon les critères du Bureau international du travail (BIT) devrait baisser à 9,4% de la population active française (départements d'outre-mer inclus) en fin d'année, contre 10,0% fin 2016. Dans le détail, l'Insee prévoit une progression de 0,5% par trimestre jusqu'à la fin de l'année, l'économie française enchaînant ainsi cinq trimestres consécutifs à ce rythme.
Sur le front du business, l’affaire Alstom étant désormais close, en dépit des demandes d’explications formulées par Colette Neuville auprès de l’AMF, les investisseurs commencent à spéculer sur d’autres opérations de rapprochement. D’autant que les trésoreries des grands groupes débordent de cash. Et que le climat pro-business du gouvernement Macron redonne de l’espoir aux dirigeants d’entreprises. Le lancement de Orange Bank désormais prévu au début du mois de novembre est attendu avec un peu de crainte par la plupart des grands réseaux bancaires. L’autre opération qui fait couler de l’encre, c’est le projet de rapprochement d’Axa Asset Management et de la filiale de Natixis en gestion d’actifs. Le nouveau CEO d’Axa, Thomas Buberl semblerait très pressé de réaliser cette opération favorable aux finances du groupe, alors que ses administrateurs seraient plus hésitants.
C’est cette semaine enfin que l’on devrait connaître le nom du nouveau Directeur Général de la Caisse des Dépôts, Pierre-René Le Mas ayant dépassé la limite d’âge. Un premier ballon d’essai lancé au mois de juillet auprès de personnalités comme Jamon Fernandez, Eric Lombard, Nicolas Dufourcq ou la directrice du Trésor n’a reçu que des refus. Un deuxième ballon d’essai lancé fin août auprès de personnalités plus jeunes et moins connues n’a guère été plus concluant.
Mais maintenant que les commissions parlementaires (notamment au Sénat) sont en mesure d’auditionner les candidats, le nom de l'herbeux élu pourrait être rendu public Au sein de la Maison de la Rue de Lille on évoquait ces derniers jours celui de Stéphane Brimont. Actuellement patron de Macquarie France, cet ingénieur en chef des Ponts a rejoint en 1997, la direction du budget du ministère de l'Économie, pour prendre en charge la recherche, la Poste et les Télécommunications, puis les transports. En 2002, il est devenu conseiller pour les affaires budgétaires au cabinet de Jean-Pierre Raffarin. Depuis 2004, il était chez GDF (devenu GDF Suez puis Engie), en tant que conseiller du PDG et en outre directeur de la stratégie, directeur financier (2007), directeur financier adjoint groupe et membre du comité exécutif (2008) et, en 2009, CEO and president Europe.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Après la séquence « travail »,<br> la séquence « budget »
24/09/2017 - 07:42

