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Yves de Kerdrel
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Valls veut faire du Mendès-France avec le droit du travail
par Yves de Kerdrel
Le Premier Ministre est, pour l’instant, décidé à affronter tous les vents contraires de sa majorité sur le texte de Myriam El Khomri concernant la réforme du droit du travail. Si, officiellement, François Hollande le soutient, il ne lui permettra peut-être pas d’aller jusqu’au 49-3 ou alors il risque la censure. Une porte de sortie à la Mendès-France qui le placerait dans une position inédite.
Semaine inédite en France où la gauche a littéralement explosé en morceaux en l’absence et donc sans la moindre réaction du Président de la République, absent du pays pour une tournée outre-mer et en Amérique Latine. C’est dire si le retour à la réalité hexagonale va être fracassante pour François Hollande. D’autant plus qu’hier le Chef de l’Etat a inauguré le Salon de l’agriculture, à Paris. L’événement s’est ouvert dans un climat très tendu, alors que le monde agricole traverse, depuis 2015, une crise profonde. Effondrement des prix dans l’élevage et la production de lait, tourmente des céréaliers sur fond de surproduction mondiale, épizooties en série qui ont fait chuter les importations françaises. C’est ce qui explique que la visite de François Hollande a duré moitié moins de temps que les années précédentes sous les cris, les huées et les bousculades.
Les agriculteurs c’était un mauvais moment à passer, résume-t-on dans son entourage. Mais la crise de la gauche, c’est bien plus déterminant pour François Hollande. Car cela détermine l’action de son gouvernement au cours des quatorze prochains mois, les éventuelles candidatures de gauche pour 2017 et cela rallume le débat sur la primaire qu’il a tout fait pour évacuer jusqu’ici. Jeudi dernier, le président de la République a répondu depuis Montevideo, en Uruguay, à la charge violente de Martine Aubry et de plusieurs responsables socialistes et écologistes, publiée mercredi dans Le Monde. A propos de l’avant-projet de loi sur le travail, visé par la maire de Lille et ses cosignataires, il faut « chercher le point d’équilibre et le faire dans le dialogue, ce qui est toujours la méthode qui doit être préférée à toute autre », a déclaré le chef de l’Etat à quelques journalistes.
VALLS DEVENU L’HOMME A ABATTRE
A l’Elysée, pour l’instant on préfère relativiser l’ampleur de l’attaque et l’impact politique du texte de la maire de Lille. On fait donc remarquer que Martine Aubry et les frondeurs ont pris la parole à chaque fois qu’il y a eu une réforme économique ou sociale. Ce fut le cas contre le CICE, le pacte de responsabilité, la loi Macron et maintenant la loi El Khomri. La surprise aurait donc été de les voir se taire. Dans les prochaines semaines, François Hollande, dont la cote est toujours aussi basse dans les sondages, a prévu de reprendre son travail d’explication de son action politique. Un déplacement autour de l’emploi et de l’économie est programmé ce mardi, avant un autre concernant la French Tech, le lendemain, et un troisième à l’occasion de la Journée des femmes, le 8 mars.
Pour l’heure la cible de l’ensemble d’une grande partie de la gauche et de la droite, c’est Manuel Valls. Celui-ci a vécu sans état d’âme ni grande surprise la charge très violente de Martine Aubry. Le chef du gouvernement ne prend pas entièrement l’affaire à la légère. Mais il se plait que les soutiens au texte ravageur de la Maire de Lille sont à peu de chose près, les soutiens de la finaliste de la dernière primaire socialiste. Chez les élus socialistes on redoute ces fissures apparentes sur la façade d’un édifice déjà passablement lézardé. Un diagnostic particulièrement lucide a été livré par François Bayrou : pour le leader centriste, cette tribune est « le coup de bistouri qui tranche, qui approfondit la rupture » de la gauche. De fait, la fracture est plus ouverte que jamais.
UN PROJET DE LOI QUI DIVISE AUSSI LA DROITE
Cette situation n’est pas pour déplaire totalement au premier ministre qui veut profiter de ce projet de loi pour sortir des ambiguités. Depuis plusieurs semaines, le chef du gouvernement a décidé d’intensifier son entreprise de clarification. Certains proches de François Hollande y voient là un risque pour la majorité, mais aussi pour le président de la République. En revanche les proches du Valls estiment que le Premier Ministre se prépare à sortir, car il ne veut pas rester à Matignon jusqu’à la fin et être coresponsable du bilan. C’est ce qui l’amène à tendre au maximum l’élastique pour qu’il finisse par casser. S’il est mis en minorité sur la loi travail, il pourra sortir en disant qu’il n’a pas les moyens de son grand réformisme.
Bien sûr ce texte n’est pas que le sien. Il a été arbitré à l’Elysée, en présence d’Emmanuel Macron et en connaissant par avance les réticences de la CFDT qui joue un rôle décisif dans toutes les négociations sociales. Mais pour beaucoup, François Hollande va chercher par tous les moyens à arrondir les angles. De manière à éviter un embrasement social et pourrissement du climat politique. C’est l’avis de Nathalie Kosciusko-Morizet qui a signé une tribune courageuse avec d’autres parlementaires de droite pour expliquer qu’elle voterait le texte proposé en l’état par Myriam El Khomri.
BRUNO LE MAIRE CROIT A SON ETOILE
Pour le premier ministre, le chef de l’Etat va devoir finir par choisir : il ne pourra pas être continuellement le président qui change la gauche et qui la rassemble à la fois. Celui qui apaise le pays et le bouscule en même temps. Manuel Valls est donc persuadé que si François Hollande le suit son sur terrain, il peut gagner la présidentielle. Si bien que la charge de Martine Aubry et de ses alliés pourrait constituer un puissant levier afin de pousser le chef de l’Etat à se représenter. Quant à Manuel Valls, il songe toujours à un destin à la Mendès-France avec une éventuelle censure par l’assemblée en cas de vote bloqué, si le président accède à sa demande d’un recours au 49-3.
A droite les primaires continuent d’agiter les esprits. Mardi dernier, Bruno Le Maire a mis fin à un faux suspense le concernant lors d’une réunion publique à Vesoul. Cette façon de s’annoncer, lors de sa « 323e réunion publique depuis 2013 », selon les chiffres de son équipe, avait été pensée pour mettre en scène un homme politique devenu un infatigable laboureur de la France. Après avoir été directeur de cabinet de Dominique de Villepin puis ministre de l’agriculture de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire ne cesse de mettre en avant son chemin initiatique débuté en 2012, ses rencontres avec ces Français qui se battent, cette nation fatiguée des vieilles recettes et des vieilles ficelles. « Les sauveurs, c’est du passé, les hommes providentiels, c’est du passé », a poursuivi le huitième candidat déclaré à la primaire.
CURIEUX CHIFFRES DU CHOMAGE
Pour donner du concret à son idée phare du « renouveau », Bruno Le Maire a répété son envie d’interroger les citoyens par référendum pour limiter le nombre de parlementaires ou sa volonté de supprimer le Conseil économique et social. Lui ne parle pas de l’identité nationale mais de combat pour notre culture, notre langue, ce qui fait l’identité de notre nation et évoque ces chrétiens d’Orient dont l’asile est refusé parce que des déboutés du droit d’asile ne sont pas reconduits à la frontière. Après cette annonce, Bruno Le Maire a commencé sa campagne par un plan millimétré. Son livre « Ne vous résignez pas ! » est sorti mercredi. Le soir même il était au « 20 heures » de TF1 et il tiendra un premier meeting de campagne, le 5 mars, aux Docks d’Aubervilliers. Avec cette nouvelle étape, il espère franchir un palier dans les sondages.
Au chapitre économique, la grande surprise de la semaine a été la publication de chiffres du chômage pour janvier aussi bons qu’illisibles. Selon les statistiques de la Dares, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité a reculé de 27 900 personnes au mois de janvier, en métropole. Il s’agit de la plus forte diminution depuis le début du quinquennat de François Hollande, si l’on excepte celle qui s’était produite en août 2013 à cause d’un « bug » dans les relances par SMS des chômeurs. Toutefois, les données de janvier sont difficiles à analyser car le nombre de personnes qui sont sorties des catégories A, B et C pour défaut d’actualisation de leur dossier a fait un bond « inexpliqué », selon le Ministère du travail.
DES INDICES D’ACTIVITE TRES INQUIETANTS
Ces chiffres ont été annoncés au lendemain de la publication par l’Unedic de nouveaux calculs qui corrigent ses prévisions pour 2016. L’organisme chargé de la gestion de l’assurance chômage tablait, en octobre 2015, sur une diminution en 2016 de 51 000 demandeurs d’emploi relevant de la catégorie A, alors que le reflux ne toucherait plus que 26 000 d’entre eux. L’Unedic se fonde sur un scénario de croissance économique moins favorable, de + 1,4 %, soit 0,1 point de moins que dans sa projection d’octobre. L’Unedic a ajouté que la diminution du nombre de chômeurs inscrits en catégorie A est imputable au plan de formation de 500 000 demandeurs d’emploi annoncé par François Hollande le 31 décembre 2015.
Mais le plus significatif c’est que l’indice PMI de l’activité globale pour la France en février a atteint un plus bas de treize mois, avec un recul plus marqué dans les services. L’indicateur PMI de l’activité globale pour le mois de février a ainsi affiché un plus bas de 13 mois, à 49,8, contre 50,2 en janvier. Dans le détail, ce sont surtout les services qui ont plombé l’enquête, passant de 50,3 à 49,9, un plus bas de deux mois, ainsi que la production manufacturière qui a régressé de 50,1 à 49,6, soit un plancher depuis 6 mois. L’industrie manufacturière s’est au contraire redressée, passant au-dessus de la barre des 50. De fait les économistes de Markit ne tablent plus que sur une croissance annuelle de 1,2 %, très inférieure aux prévisions officielles.
LA STUPIDE CABALE CONTRE D’HINNIN
Du côté des entreprises, la publication des comptes annuels touche à sa fin avec plus de bonnes surprises que de mauvaises. Les entreprises préparent désormais leurs assemblées. Le groupe Lagardère continue de se déliter jour après jour. C’était le cas s’agissant de ses principaux actifs et de ses activités. C’est le cas désormais du coté des décideurs. Dominique d’Hinnin, cogérant de Lagardère, devrait quitter ses fonctions à l’occasion du prochain conseil de surveillance du groupe, prévu le 9 mars. Selon les informations de WanSquare, le grand argentier du groupe, qui a été aussi le chaperon d’Arnaud Lagardère aux Etats-Unis dans les années 90, ne fait pas partie des noms proposés à renouvellement lors de ce conseil.
Les administrateurs du conglomérat ont reçu récemment un courrier de convocation à ce conseil. Celui-ci doit arrêter les résultats de Lagardère pour l’année 2015 et entériner une nouvelle liste de cogérants : les mandats actuels, d’une durée de six ans, arrivent à échéance le 10 mars. Actuellement, le gérant du groupe, Arnaud Lagardère, est épaulé par trois cogérants : Dominique d’Hinnin, Thierry Funck-Brentano et Pierre Leroy. Or, seuls ces deux derniers noms sont proposés à renouvellement. Le premier devrait donc quitter la gérance le 9 mars, après un mandat. Par ailleurs, selon nos informations, aucun nom nouveau n’est soumis, à ce jour, aux administrateurs. Il n’y aurait donc pas, à ce stade, de promotion, en particulier pour Ramzi Khiroun, actuel porte-parole et directeur des relations extérieures de Lagardère qui a multiplié les efforts pour obtenir la tête de Dominique d’Hinnin.
L’AFFAIRE SOLOCAL PRISE TRES AU SERIEUX
La semaine passée a été marquée par la publication d’une nouvelle perte monstrueuse chez Areva (2 milliards d’euros) qui s’explique pour près de la moitié par le chantier de construction du réacteur EPR finlandais d’Olkiluoto, et pour l’autre part aux importantes provisions pour les restructurations en cours. C’est la cinquième année consécutive de pertes que connaît le groupe. Recentré sur le seul cycle du combustible nucléaire après la cession de son activité réacteurs à EDF, prévue fin 2016, le « nouvel Areva » est donc loin d’être tiré d’affaire. En 2015, il a enregistré une perte opérationnelle de 1,39 milliard d’euros. Quant à son endettement, il reste très lourd à 6,3 milliards d’euros. Seule consolation, il semblerait que plus rien ne s’oppose aujourd’hui à des poursuites judiciaires contre Anne Lauvergeon, qui, par sa mauvaise gestion voire d’autres légèretés est à l’origine d’un scandale plus important que celui de feu-le Crédit Lyonnais.
Comme nous l’évoquions dans ses colonnes la semaine dernière, l’affaire Solocal monte fortement en puissance. Un groupement spontané de 350 actionnaires représentant plus de 5 % du capital des anciennes « Pages Jaunes » a saisi l’AMF des manquements de la société en termes de communication financière. L’affaire ne fait que commencer et les dirigeants opérationnels vont être amenés à s’expliquer très vite tant devant le conseil d’administration que devant le gendarme de la bourse.
Enfin, selon le Journal du dimanche, Martin Bouygues, s'apprête à nommer au conseil d'administration de son groupe son fils aîné de 32 ans, Edward, et son neveu, Cyril, âgé de 30 ans. Ces nominations seront officialisées mardi 1er mars et votées lors de l'assemblée générale du groupe le 21 avril prochain. son intention serait de commencer à passer la main d'ici deux ans, tout en conservant la présidence. Le futur directeur général pourrait être l'actuel PDG de Bouygues Télécom, Olivier Roussat.
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