éditorial
Les socialistes se déchirent... et Borloo se décide à y aller
par Yves de Kerdrel
Alors que le feuilleton DSK se poursuit et que sa "résurrection" n'est pas aussi glorieuse que ses apôtres le proclamaient, la guerre entre Martine Aubry et François Hollande redouble d'intensité. Quant à Jean-Louis Borloo, il confie à ses proches, qu'il est désormais décidé à se porter candidat.
10/07/2011 - 07:52

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Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy a rendu hommage, la semaine passée à Georges Pompidou, en faisant un hymne à la "société de confiance." Parmi les mots testés par ses proches pour convaincre les français en 2012, celui de "confiance" est en effet celui qui fédère le plus grand nombre de français. Confiance dans un Chef d'Etat en situation de faire face à un monde chaotique. Confiance dans sa capacité à réformer. Confiance dans le respect des engagements européens...etc. Le discours écrit par Henri Guaino, devrait être à nouveau décliné, dans d'autres occasions, de manière à rompre avec la séquence sécuritaire entamée au cours de l'été dernier.
Cette semaine, le Chef de l'Etat ne fait pas de déplacement en province, concentrant toute son attention sur les cérémonies du 14 juillet. Il va notamment profiter de cette fête nationale pour célébrer tous ceux qui représentent la France sur les théâtres d'opérations extérieures. Mardi prochain, il devrait notamment visiter - sans la presse - les soldats blessés en Afghanistan qui sont actuellement soignés à l'Hôpital d'Instruction des Armées de Percy. Et le 14 juillet, après le défilé, il déjeunera avec des militaires tout juste rentrés de missions à l'étranger. Ce sera sans doute l'occasion pour Nicolas Sarkozy, de faire passer un message sur la Libye - sujet qui a donné lieu à un coup de fil houleux avec Barack Obama - qui regrette de s'être laissé embarquer, trop vite, dans cette opération militaire.
PECRESSE REMPLACE LAGARDE...A AIX !
Par ailleurs l'Elysée surveille de très près les débuts du nouveau Ministre de l'Economie. François Baroin a demandé à son Directeur de Cabinet au Budget de le suivre. Il s'agit de Didier Banquy, 59 ans, qui a travaillé, par le passé avec Nicolas Sarkozy, lorsque ce dernier était Ministre du Budget, entre 1993 et 1994, mais aussi en 2004, lorsqu'il fût Ministre de l'Economie. Didier Banquy a un très bon contact avec Xavier Musca. Ce qui constitue un atout important pour les discussions liées à la crise grecque.
Malgré tout, c'est à Valérie Pécresse, fille de l'économiste Dominique Roux (aujourd'hui patron de Bolloré Technologies) que le Cercle des Economistes a demandé de conclure les Rencontres d'Aix-en-Provence, ce week-end, à la place de Christine Lagarde. La nouvelle Ministre du Budget n'a pas hésité un instant pour profiter de cette tribune d'exception aux cotés des plus grands noms de l'économie mondiale et du CAC 40. Car la crise des dettes souveraines était, bien évidemment, au centre de la plupart des débats, où Jacques Attali s'est illustré, en comparant la montagne de dettes dans le monde occidental à un système à la "Madoff".
RALLIEMENTS POUR HOLLANDE
Du côté des socialistes, le ton devient de plus en plus aigre entre François Hollande et Martine Aubry. Le camp de cette dernière a été très meurtri de voir l'image de l'ex-première secrétaire se déteriorer face à celle du député de Corrèze. D'autant que les ralliements à gauche semblent plus nombreux en faveur de celui-ci. Comme cela a été le cas, la semaine dernière avec Jean-Marc Ayrault qui tient une bonne partie des parlementaires ou avec Jérôme Cahuzac, qui était pourtant très proche de Dominique Strauss-Kahn. Là où François Hollande multiplie les soutiens de "barons", Martine Aubry se replie sur "l'élite", comme en a témoigné l'appel de 50 intellectuels en sa faveur publié par Libération. Une démarche qu'aurait lançée l'économiste Daniel Cohen, mais aussi membre du conseil de surveillance du journal Le Monde.
Le principal problème de Martine Aubry, c'est qu'elle préfère les plateaux de télévision et les déplacements ponctuels aux meetings "populaires" que François Hollande pratique avec soin. Or comme l'a montrée l'expérience de la primaire chez les écologistes, ce n'est pas forcément le candidat le plus médiatique que les militants et sympathisants choisissent, mais celui qui vient le plus à leur rencontre.
BORLOO DESORMAIS EN PISTE
C'est en ce début de semaine que l'on devrait donc avoir la confirmation de l'échec de Nicolas Hulot dans sa tentative de désignation pour la candidature écologiste. Ce dernier ne cache pas, en privé, qu'il jettera l'éponge après la primaire et qu'il ne soutiendra donc pas Eva Joly. Il pourrait dans ce cas se rapprocher doucement de Jean-Louis Borloo, avec lequel il a tissé des liens étroits durant le Grenelle de l'Environnement.
Jean-Pierre Raffarin, qui avait fait venir Jean-Louis Borloo au gouvernement, en 2002, pour s'occuper de la cohésion sociale, est convaincu que celui-ci se présentera aux présidentielles, avant de se rallier, entre les deux tours, à Nicolas Sarkozy, afin de devenir son premier ministre pour l'après 2012. C'est ce qu'il confie en privé. D'ici là, le patron du Parti Radical doit neutraliser François Bayrou, et brider les ambitions d'un Hervé Morin, de plus en plus "encombrant" chez les centristes, au point de réclamer déjà sa part de gateau.
En revanche il semble que, faute de combattants, Dominique de Villepin se prépare à renoncer. Il n'aurait pas encore trouvé d'assureur prêt à lui garantir le remboursement de ses frais de campagne électorale, au cas où il n'atteindrait pas le seuil fatidique des 5 %.
INQUIETUDES AMERICAINES
Sur le front économique, l'actualité reste, évidemment, dominée par les tensions sur les dettes souveraines, même si le FMI a débloqué en fin de semaine les 3,2 milliards d'euros qui étaient en suspens depuis plus d'un mois, au profit de la Grèce. Cela étant, ce chèque, ajouté, à celui des pays de la zone Euro ne permettra probablement pas à la Grèce de passer l'été, contrairement aux projections de la BCE. Dans ce cas, il faudra réunir un sommet d'urgence dés la fin du mois d'août, afin de trouver une nouvelle solution.
L'autre sujet d'actualité, ce sont les Etats-Unis avec à la fois les mauvais chiffres de l'emploi, une croissance toujours molle, l'arrêt de la politique monétaire expansive, et surtout l'échéance du 2 août avant laquelle Barack Obama et le Congrès doivent trouver un accord pour rehausser le plafond de la dette en contrepartie de nouvelles économies budgétaires.
Tout cela constitue un nombre excessif d'épées de Damoclès suspendues au dessus des investisseurs. C'est ce qui justifie que le CAC 40 ne parvient pas à franchir durablement les 4.000 points. Et les publications de résultats semestriels qui vont bientôt débuter, ne devraient pas améliorer la situation, dans la mesure où les analystes financiers attendent plus de mauvaises surprises que de coups d'éclat. Surtout si la hausse des taux d'intérêt à long terme, qui s'est accentuée cette semaine, se poursuit au cours des toutes prochaines semaines.
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