éditorial
Les tensions montent Rue de Solférino ... et chez Borloo
par Yves de Kerdrel
Ségolène Royal fait aujourd'hui une nouvelle déclaration officielle de candidature à deux jours de l'intervention de Martine Aubry. Pendant ce temps-là, François Hollande conforte sa stature présidentielle, et Nicolas Sarkozy poursuit sa lente reconquête du pays en essayant de restreindre les marges de manoeuvre de Jean-Louis Borloo.
26/06/2011 - 08:28

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Officiellement, l'Elysée feint l'indifférence à l'égard de ce qui se passe à gauche. Officieusement, c'est évidemment tout le contraire. Olivier Biancarelli, énarque de 40 ans, suit de très près, pour le compte du Chef de l'Etat, les manoeuvres à gauche. Depuis le départ de Claude Guéant pour le Ministère de l'Intérieur, cet administrateur civil a pris l'ascendant sur Catherine Pégard dans la gestion des affaires politiques, que Xavier Musca ne veut pas gérer, et ne peut pas gérer, compte tenu de sa forte mobilisation sur le dossier grec et celui du G 20.
C'est donc à l'initiative d'Olivier Biancarelli et de Franck Louvrier que Nicolas Sarkozy a décalé à demain 11 h 00 sa conférence de presse sur le Grand Emprunt. Selon plusieurs ministres, il s'agira d'un moment fort qui devrait durer au moins une heure et demi. De quoi permettre aux journaux télévisés de relayer le discours économique du Chef de l'Etat, qui profitera de cette tribune pour attaquer le programme économique du PS.
UN FRONT ANTI-HOLLANDE
Car, sauf changement de dernière minute, c'est mardi soir, à l'occasion du Journal de 20 heures sur France 2, que la Première Secrétaire du Parti Socialiste devrait annoncer aux français qu'elle a décidé de participer à la primaire de son parti. On ignore encore si cette déclaration se fera par un duplex depuis Lille, ou directement sur le plateau du Journal. Deux jours plus tôt, c'est-à-dire, ce dimanche, Ségolène Royal aura confirmé qu'elle participera, elle aussi, aux primaires, en faisant une déclaration solennelle depuis le Marais Poitevin, là où elle avait emmené François Mitterrand. Car elle souhaite toujours inscrire sa candidature dans la filiation de l'ancien Président de la République.
Les formalités officielles pour les primaires démarreront mardi 28 juin. François Hollande, pour sa part, devrait poursuivre, dans les jours qui viennent, les meetings en province de manière à ce que Martine Aubry n'occupe pas tout le terrain. Mais dans son entourage, on confirme que Laurent Fabius et Jean-Christophe Cambadélis se démènent pour construire un front anti-Hollande.
INTERROGATIONS SUR BORLOO
D'autant qu'un sondage publié par Le Monde, la semaine dernière, a confirmé que les électeurs socialistes accordaient plus de stature "présidentielle" au député de la Corrèze qu'à Martine Aubry. De manière à contrecarrer les manoeuvres des partisans du Tout Sauf Hollande, les discussions s'intensifient entre les proches de Ségolène Royal et ceux de son ex-compagnon. Même si la Présidente de la Région Poitou-Charentes veut essayer de pousser son avantage jusqu'au bout, elle n'exclut pas de rallier la candidature de François Hollande avant la fin des primaires. De manière à empêcher, coûte que coûte, que Martine Aubry puisse être candidate.
A droite on se contente d'observer ces manoeuvres. La préoccupation principale des hiérarques de l'UMP se concentre sur Jean-Louis Borloo qui réunit ce dimanche 1.500 partisans à Epinay. Une ministre, qui a travaillé avec lui, ne croit pas un seul instant qu'il puisse être candidat. Non pas à cause des risques d'un 21 avril à l'envers. Mais de manière plus prosaïque, parce qu'il ne dispose d'aucun soutien logistique, en dehors de son amitié avec Bernard Tapie. Il n'a pas de groupe parlementaire, même si 29 députés sont prêts à rallier sa bannière. Et du côté de l'UMP, on le voit davantage, comme un agitateur d'idées destiné à faire en sorte que François Fillon, son ennemi personnel, soit marginalisé dans la perspective de l'après 2012. Le patron du parti radical est pour l'instant dans une démarche très offensive. D'autant qu'il a très mal supporté que l'Elysée laisse fuiter qu'il avait rencontré encore récemment Nicolas Sarkozy en tête à tête. Un rendez-vous qui s'était très mal passé, et durant lequel Jean-Louis Borloo avait accusé le Chef de l'Etat de le "fliquer".
DEPLACEMENT CHEZ FILLON
Autre point important surveillé par la droite parlementaire, la stagnation de Marine Le Pen dans les sondages. Ce mouvement peut n'être que passager. Mais il permet à Nicolas Sarkozy de reconstruire sa stature présidentielle. Même si cela prend beaucoup plus de temps que ce qui était prévu. Ce mardi, il se rendra à Sablé sur Sarthe, sur les terres de François Fillon, pour parler de sécurité alimentaire, en visitant l'usine LDC, à un moment où les préoccupations sont vives sur ce sujet. Un nouveau déplacement en province est prévu jeudi, avant une courte présence au mariage du Prince Albert de Monaco, samedi prochain.
Sur le plan économique, c'est également cette semaine que Christine Lagarde devrait être officiellement désignée à la tête du FMI, même si son rival mexicain a engrangé ce week-end quelques soutiens. Son départ va entrainer un mini-remaniement. Valérie Pécresse a activé tous ses réseaux pour obtenir Bercy à tout prix. Mais, en fin de semaine, François Baroin, qui a joué "low-profile", semblait avoir rattrapé l'essentiel de son retard. Il pourrait même cumuler l'Economie et le Budget, mais abandonner à un centriste le portefeuille de la fonction publique repris récemment à Georges Tron.
DINER TENDU A L'AFEP LE 29 JUIN
Alexandre de Juniac, l'actuel directeur de cabinet de Christine Lagarde, devrait abandonner son poste juste après le remaniement. La période de transition avec le nouveau cabinet ne devrait pas durer plus de quinze jours. Son passage à Air France semble de plus en plus certain, même si Jean-Cyril Spinetta s'emploie à lui barrer la route. Mais cette nomination s'inscrirait dans un schéma assez complexe avec une réorganisation capitalistique de la compagnie aérienne. Quoiqu'il en soit, le Président de la République a confié à ses proches qu'il était prêt à aller à l'épreuve de force avec Jean-Cyril Spinetta. Comme cela a déjà été le cas sur le dossier Areva.
Autre évènement important, cette semaine, pour le petit monde du CAC 40, le dîner mensuel des membres de l'AFEP, cette fois avec Xavier Bertrand, le Ministre du Travail. Devant les membres de cette organisation patronale présidée par Maurice Lévy, l'ancien patron de l'UMP va marteler son appel à une modération des rémunérations des "grands patrons". Quitte à agiter le spectre d'un recours à la loi, qui trouverait un écho favorable dans l'opinion, en période prélectorale. Autant dire que l'ambiance risque d'être agitée lors de cette rencontre à huis-clos.
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