éditorial
Nicolas Sarkozy entre soulagement et crainte de la perte du Triple A
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l'Etat est convaincu d'avoir "fait le job" lors du sommet de Bruxelles des 8 et 9 décembre derniers. Il redoute maintenant l'effet que pourrait avoir sur l'opinion et sur la confiance des français l'annonce de la perte du Triple A auquel Alain Juppé, comme lui, ont commencé à préparer les esprits.
18/12/2011 - 07:42

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Drôle de période où l'Europe a décidé de se "re-construire" sous une autre forme, en passant par pertes et profits tout ce qui a été fait par la Commission Européenne. Mais, c'est encore le grand flou, sur la manière dont va être mis en oeuvre cet accord intergouvernemental, qui passe justement sur la tête de Monsieur Barroso, et qui remet l'Europe politique au centre du jeu aux dépens de l'Europe administrative et bureaucratique que l'on connaissait depuis un quart de siècle.
Il reste que sur une quantité de décisions actées lors du sommet de Bruxelles, un vaste brouillard continue de régner. Qu'il s'agisse du Mécanisme Européen de Stabilité, du montant précis qui lui sera alloué, de son mode de fonctionnement. Qu'il s'agisse aussi de l'intervention du FMI, à hauteur de 200 milliards d'euros, et qui constitue un gage important vis à vis des pays tiers. Qu'il s'agisse enfin de la politique de rachat de crédits souverains, de plus en plus nécessaire, compte tenu des taux de rendement observés en Italie ou en Espagne. Par ailleurs, beaucoup doutent du succès des crédits illimités à durée de trois ans mis en place par la BCE à un taux de 1 %. Car certaines banques hésiteraient à bloquer du collatéral pendant une telle période, même pour se refinancer à des conditions avantageuses.
DOUBLE PEINE POUR LA FRANCE ?
C'est dire si les questions restent nombreuses, une dizaine de jours après ce sommet déterminant. Et comme nous le soulignions la semaine passée, ce n'est pas l'attitude ambigüe de la Grande-Bretagne, qui reste l'évènement marquant de ce sommet, mais plutôt le fait, que - le Diable se nichant toujours dans les détails - rien ne dit aujourd'hui que la Grèce aura le droit avant la fin de l'année au versement qu'elle attend, dans le cadre du plan de sauvetage décidé en juillet dernier, puis amendé cet automne. Ce sont toutes ces questions - encore sans réponse - qui ont fait replonger les marchés au cours des toutes dernières séances (-6,5 % à Paris en une semaine).
A cela s'ajoute, pour la France, la double peine liée à la confirmation par l'Insee que le pays est bien entré en récession, certes légère. Ce qui va naturellement peser sur le moral des français, sur celui des industriels, sur le niveau de la consommation et sur l'emploi. A quelques semaines des élections. Autre peine, encore en pointillé, la possible dégradation de la note attribuée à la France, ce fameux Triple A, auquel Nicolas Sarkozy attachait tant de prix, avant de relativiser ces lauriers dans une interview au journal "Le Monde" en début de semaine. Alain Juppé, a également, de son coté, préparé le terrain à une hypothétique sanction des agences de notation. Mais tout le monde ignore encore l'effet que cela aurait sur la confiance des français. A la veille du week-end l'agence Fitch, filiale de Fimalac, a enfoncé "un dernier clou sur le cercueil" en abaissant à "négative" sa perspective sur la France. Ce qui correspond à une probabilité de 50 % de dégradation d'ici 2013.
SOMMET SOCIAL LE 18 JANVIER
Comme il s'y est engagé lors du sommet de Toulon, le Président de la République s'apprête à tenir un grand sommet pour l'emploi avec l'ensemble des partenaires sociaux. Selon les informations obtenues par WanSquare, celui-ci aurait lieu le mercredi 18 janvier prochain. Tous les syndicats, y compris la CGT, auraient donné leur accord, pour participer à cette réunion où le Président de la République devrait exposer de nouvelles idées en matière d'allègements de charges, de TVA sociale, de réforme du financement de la protection sociale, voire même concernant les 35 heures. Dans un contexte qui sera naturellement marqué par l'annonce ou la confirmation de plans sociaux.
A titre personnel, le Chef de l'Etat n'est pas du tout inquiet en ce qui concerne les prochaines échéances électorales. Il considère désormais que c'est une chance d'avoir comme compétiteur François Hollande. C'est d'ailleurs ce que confirme de manière très brutale la dernière étude qualitative réalisée par Ipsos pour Le Monde, qui montre le fort décrochage du candidat socialiste au cours des dernières semaines. Mais ce qui ressort de ce sondage, c'est que si le député de Corrèze reste globalement populaire, il n'y a aucun domaine où, face à Nicolas Sarkozy, il soit crédible. Ce qui pose un problème lors d'une élection aussi personnalisée que l'est celle du Président de la République.
LE "CHATEAU" RESTE SEREIN
Par ailleurs, personne ne prend au sérieux la candidature de Dominique de Villepin, crédité de seulement 1 % des intentions de vote. Il est clair que l'ancien premier ministre cherche d'une manière ou d'une autre à "monnayer" son futur retrait contre l'arrêt de poursuites judiciaires. De la même manière, il ne semble pas que le cas Bayrou inquiète l'Elysée, dans la mesure où les études menées par les équipes de Patrick Buisson, le politologue de l'Elysée, montrent que le candidat centriste prend plus de voix à François Hollande qu'à Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, il se murmure que le président du Modem aurait décidé de faire sa campagne "sans injurier l'avenir", c'est-à-dire en attaquant le programme socialiste, mais en épargnant le bilan du quinquennat.
Du coté des affaires, le millésime 2011 est désormais pratiquement terminé. La grosse surprise de la semaine est venue de la cession par le Crédit Agricole de 100 % du capital de Crédit Agricole Private Equity et de la majeure partie des fonds gérés par cette filiale. La rapidité avec laquelle s'est faite cette transaction contraste avec les difficultés que rencontre Axa à trouver un accord avec le management d'Axa Private Equity, pour la cession de cette entité dont deux banques sont chargées : le Crédit Suisse et HSBC. Plusieurs raisons expliqueraient cette lenteur : un gros désaccord sur le montant de la transaction, ce qui est de bonne guerre ; des difficultés pour le management à financer par de la dette l'achat de leur propre part, ce qui n'est guère surprenant, par les temps qui courent, la volonté d'Axa de rester actionnaire minoritaire, pour garder un oeil sur les fonds confiés à Axa PE, via Axa Investment Manager.
Dans le domaine financier, chacun continue à suivre de près le dossier Groupama que l'Autorité de Contrôle Prudentiel devrait examiner de près mardi 20 décembre après la conclusion de l'opération Silic-Icade, et le renforcement des fonds propres de Gan Eurocourtage. Certains commencent à redouter que les mutuelles niortaises cachent, elles aussi, quelques mauvaises surprises dans leurs comptes. D'autant que leur gouvernance reste assez limitée tant en termes de contrepouvoirs que de transparence.
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