WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / Macro-économie

Macro-économie / Taux
Macro-économie

La Fed donne raison au marché, qui ne la remercie pas

La Réserve Fédérale a laissé ses taux directeurs proches de zéro, expliquant que les perturbations extérieures, et en particulier la Chine, risquaient de peser sur l’inflation. Si le marché avait vu juste, la volatilité est de retour.
Janet Yellen
Janet Yellen

Pour une fois, l’adage « le marché a toujours raison » s’est vérifié dans les faits lors de la réunion de politique monétaire de la Fed. Conformément à ce qu’avaient parié les investisseurs, la Réserve Fédérale a laissé ses taux directeurs inchangés, entre 0 et 0,25% et n’a donc toujours pas mis fin à huit ans de politique accommodante. Dans le communiqué puis lors de sa conférence de presse, Janet Yellen a cité explicitement les perturbations extérieures, et en particulier les inquiétudes liées à la situation chinoise, qui ont entraîné des fortes chutes sur les marchés mondiaux le mois dernier. Ces déconvenues sont de nature à influer sur l’économie américaine et risquent de peser sur l’inflation, qui est légèrement moins robuste que lors de la dernière réunion. L’institution a également revu à la baisse ses prévisions de taux d’intérêt, qui sont vus à 2,6% en 2017, et d’inflation, qui n’atteindrait pas 2% avant 2018, contre 2017 précédemment.

Les membres de la Fed se sont également montrés nettement plus prudents dans leurs prévisions de hausse. Ainsi, quatre d’entre eux jugent désormais qu’il faudra attendre 2016 pour que le processus de normalisation commence, contre deux auparavant, et l'un des membres compte même repousser cette date butoir à 2017. Certains ont critiqué cet énième statu quo, jugeant que la croissance avait fortement rebondi, à un rythme de 3,7% par an au deuxième trimestre et que le taux de chômage de 5,1% était à son plus bas niveau depuis 2008 et proche de l’objectif de 5% de la Fed. Et enfin que l’inflation sous-jacente est, à 1,8%, également en train de revenir à l’objectif de 2%.

« Il y aura toujours de l’incertitude, mais au regard des développements récents sur les marchés financiers, nous avons jugé préférable de prendre un peu plus de temps pour analyser la situation », a indiqué Janet Yellen Une décision sage aux yeux de Daniel Gérino, président de Carlton Sélection. « La croissance américaine est soutenue par la consommation mais il faut un effet richesse. Or, les salaires n’augmentent pas et la baisse du prix du pétrole a été intégrée donc le pouvoir d’achat ne progresse pas », analyse-t-il. Les exportations s’essoufflent avec la hausse du dollar, les profits des sociétés américaines patinent, si bien qu’en l’absence d’un véritable moteur de croissance que serait l’énergie ou l’immobilier, relever les taux serait hasardeux, sans compter que le spectre de la déflation menace à tout instant.

Enfin, « les inquiétudes actuelles incitent les détenteurs de capitaux à les rapatrier sur des actifs plus sûrs et donc sortir des pays émergents, Ceux-ci seraient obligés de relever leurs taux d’intérêt pour attirer des capitaux, ce qui serait catastrophique pour eux », selon Daniel Gérino. La Fed semble avoir adopté cette position de prudence et Janet Yellen s’est employée à indiquer que toutes les options étaient sur la table, y compris une hausse des taux en octobre. Mais cela n’a pas contribué à satisfaire les marchés, puisque le Dow Jones a brièvement progressé dans la suite de cette annonce et a ensuite perdu 300 points dans la dernière heure, clôturant en baisse de 65 points. L’incertitude est en effet plus que jamais de mise, dans la mesure où la situation chinoise ne devrait pas se régler du jour au lendemain. La Fed est en réalité obligée de prendre en compte une guerre des changes, qui impacte ses exportations et modifie l’échiquier mondial. Elle est le pilote de l’économie mondiale et a bien compris que cette lourde charge lui imposait de ne pas prendre de décision à la va-vite qui ont déjà causé d’importants troubles dans le passé.


Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article