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Grèce, le troisième programme risque d'empirer la situation économique du pays
Les députés hellènes ayant finalement ratifié le second volet du programme de réformes dans la nuit de mercredi à jeudi, les négociations sur le troisième plan d’aide entre Athènes, la Commission, la BCE et le FMI vont donc pouvoir commencer dès aujourd’hui et devraient prendre fin le 20 août, date d’un important remboursement à la BCE. Selon le commissaire européen aux affaires économiques Pierre Moscovici, un accord définitif devrait être trouvé d’ici fin août. Mais, selon les économistes cette liste de réformes, que le gouvernement s’est finalement engagé à mettre en place, ne devrait que replonger le pays en récession.
Quelles sont ces mesures ? L’une de celles qui a le plus suscité de débat dans le pays et au sein du Syriza est la hausse de la TVA de 13% à 23% dans le secteur de la restauration et sur certaines denrées périssables, une hausse de 6% à 13% dans l’hôtellerie et la suppression de l’exemption partielle dont bénéficiaient jusqu’alors certaines îles. Selon le document publié sur le site de la Commission, de nombreux autres impôts seront relevés, dont celui sur les sociétés, la taxe sur le tonnage ou encore sur les revenus publicitaires. Le régime dérogatoire des agriculteurs sera quant à lui modifié voire supprimé tandis qu’une loi visant à mieux lutter contre l’évasion fiscale sera mise en place. Du point de vue des réformes sociales, les conditions de départ en préretraite seront durcies, l'âge de départ rallongé progressivement jusque 67 ans, tandis que la prime accordée aux petites pensions sera progressivement supprimée. Les dépenses dans ce domaine seront réduites à hauteur de 0,25% à 0,5% du PIB en 2015 et 1% du PIB en 2016 et au-delà. Enfin, les créanciers ont imposé au pays une trajectoire budgétaire plus qu’exigeante, puisque le pays devra atteindre un excédent primaire de 1% dès cette année, puis de 2%, 3% et 3,5% en 2016, 2017 et 2018.
Or, ces mesures et réformes sont mises en place dans un contexte de contrôle des capitaux et alors que la Grèce vient de connaître plusieurs semaines de fermeture des banques, ce qui selon les analystes, constitue un climat très peu propice à l’instauration d’un programme d’austérité. Ainsi, le plafond de retraits journaliers est de 420 euros par semaine (contre 60 euros par jour pendant la fermeture des banques, c'est-à-dire depuis le 29 juin). Ce contrôle des sorties d’argent, qui devrait encore durer tout l’été au moins, n’est clairement pas en faveur de la consommation et de l’activité des entreprises, qui, selon un sondage réalisé par une association de soutien à la création de PME sont près de 70% à estimer qu’elles ont subi une baisse de leur chiffre d'affaires depuis le début des contrôles. Un quart d’entre elles envisagent d’ailleurs d’installer leur siège en dehors de Grèce. Ce qui, une fois encore devrait peser sur l’activité et in fine le PIB du pays. Selon le journal de droite Ekathimerini, le contrôle des capitaux a déjà coûté 3 milliards d'euros au pays. Et selon les économistes, les gros investisseurs ont déjà retiré leurs billes du pays; en contrôlant les capitaux, le gouvernement rationne en fait ce dont ont besoin les entreprises pour fonctionner et les grecs pour consommer.
Selon une étude publiée hier par le think-tank grec IOBE, les contrôles de capitaux et les mesures de Bruxelles devraient entraîner une contraction du PIB de 2% à 2,5% cette année, contre des prévisions initiales de 1% de croissance pour 2015, alors que le pays avait à peine retrouvé le chemin de la croissance l’an passé, à +0,7%. Selon Jesus Castillo, analyste chez Natixis, le contexte financier tendu doublé de mesures très contraignantes auront « à court terme un impact négatif sur l’activité ». Pour Frédérique Cerisier de BNP Paribas, l’impact est différent en fonction des mesures : « certaines réformes ont clairement pour effet de freiner l’activité, comme la hausse de la TVA ». Tandis que selon elle, la réforme concernant le fonctionnement de certains marchés, ou le rallongement de l’âge de la retraite auront un impact plus diffus. « Mais ce qui est vrai, c’est que les cibles de solde primaire qu’envisage la Commission dans son rapport préliminaire sur l’ouverture d’un programme pour le MES sont des cibles très ambitieuses », poursuit l’analyste. Et que, selon elle, pour tenter de les atteindre, la Grèce devra nécessairement faire des économies qui freineront l’activité.
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