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Croissance et réformes, la quadrature du cercle pour les autorités chinoises
Le premier ministre chinois n’a pas cherché à rassurer lors Congrès National du Peuple qui se tenait à Pékin toute cette semaine et au cours duquel les autorités devaient présenter leurs principaux objectifs économiques pour le pays ces cinq prochaines années. Li Keqiang a ainsi annoncé de « douloureux ajustements » pour redresser une économie, qui ne devrait pas dépasser les 6,5% de croissance cette année. Un chiffre en deçà des attentes des analystes et de ce qui avait initialement été annoncé par les autorités du pays. « Cette année, les difficultés seront plus nombreuses et plus grandes et les défis plus redoutables. Aussi devons nous nous préparer à livrer un dur combat » a déclaré le premier ministre en guise d’avertissement lors de l’ouverture du Congrès le week-end dernier. Outre cet objectif de croissance révisé à la baisse, ont également été présentées une série de réformes structurelles et l’affirmation que les politiques monétaire et fiscale resteraient expansionnistes afin de soutenir l’économie.
Il reste que les analystes sont peu confiants quant à la capacité de mise en œuvre des réformes annoncées et estiment que les objectifs de rééquilibrage de l’économie chinoise de l'industrie vers la demande intérieure, et de 6,5% de croissance pour cette année, seront difficilement conciliables. Swiss Life AM estime ainsi que la croissance du pays devrait plutôt se situer entre 6% et 6,5% pour 2016 voire à un niveau inférieur, au cas où la politique fiscale de soutien à l’économie n’était pas suffisante.
Or c’est l’un des principaux risques pour les autorités chinoises, dont l’endettement a explosé depuis 2009 pour atteindre désormais près de 250% du PIB (si l’on prend en compte l’endettement public et celui des provinces). « Le premier ministre a annoncé un objectif de déficit de 3% pour cette année, soit supérieur à son objectif de 2015 (de 2,3%), ce qui souligne qu’il est prêt à soutenir la croissance via des mesures fiscales », explique ainsi Claudia Bernasconi, économiste marché émergents chez Swiss Life AM. Mais ces mesures de soutien vont encore creuser l’endettement du pays, raison pour laquelle Moody’s a décidé de dégrader la perspective du pays, de stable à négative, en début de semaine dernière. « Les paramètres fiscaux de la Chine sont en train de se détériorer, comme le souligne la forte hausse de la dette du gouvernement et d’importants passifs au bilan de l’Etat », explique ainsi l’agence.
Selon Moody’s comme pour les analystes, le gouvernement va sans doute donner la priorité au soutien de la croissance, qui devrait donc passer avant la mise en œuvre des réformes structurelles, dont la stricte application pèserait trop lourdement sur le PIB. « Les autorités ont notamment affirmé leur volonté de restructurer les entreprises d’Etat (SOE), peu efficaces et coûteuses, afin de dégonfler les surcapacités dans le secteur de l’industrie », explique ainsi Claudia Bernasconi. Mais selon Moody’s, le pays pourrait peiner dans la mise en œuvre de cette restructuration du secteur. Selon l’économiste de Swiss Life, leur application risque effectivement d’être décalée à plus tard, et le gouvernement préférer donner un coup de collier pour atteindre son objectif de 6,5% de PIB plutôt que de résoudre les problèmes de surcapacités du pays.
Autre risque mis en lumière par les analystes de l’agence de notation, celui lié au fort mouvement de fuite des capitaux, qui a pesé sur la devise chinoise l'an dernier et pourrait contraindre la politique monétaire du pays. Si le premier ministre a affirmé que la banque centrale était prête à davantage baisser ses taux directeurs pour soutenir la croissance, il a en revanche affirmé qu’il n’y aurait pas de dévaluation de la devise. « Le yuan pourrait connaître une légère dépréciation cette année, mais qui restera modeste par rapport à celles d’autres devises émergentes », explique ainsi Matthieu Nègre, responsable des marchés actions et émergents chez UBP. Selon Moody’s pourtant, la fuite des capitaux étrangers est coûteuse pour la banque centrale, contrainte de puiser dans ses réserves en devises étrangères pour éviter une trop forte dépréciation du renminbi. Selon Claudia Bernasconi, si la pression devient trop forte pour la banque centrale chinoise et qu’elle décide de passer à un taux de change flottant, alors le mouvement de dépréciation pourrait être très violent. Un risque non négligeable selon l’agence de notation également.
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