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Comment l'Inde tire son épingle du jeu des émergents
Alors que le Brésil et la Russie ont plongé en récession et qu’une partie de l’Asie du Sud Est subit le contrecoup du ralentissement chinois, un pays résiste mieux que les autres parmi les émergents, et pourtant voisin tout proche de la Chine, l’Inde. Ainsi, celle-ci devrait connaître une croissance de 7,3% cette année et de 7% au moins l’an prochain, et semble assez imperméable à la tempête qui s’est abattue sur une partie des pays émergents.
Trois facteurs permettent à l’immense pays asiatique de mieux résister que les autres : d’un point de vue de politique intérieure tout d’abord, l’arrivée de Modi au pouvoir au printemps 2014 a suscité une immense vague de confiance de la part des investisseurs étrangers. Le pays a ainsi bénéficié d’une arrivée massive de capitaux extérieurs et d’un regain d’investissements directs à l’étranger (IDE). Si au cours des cinq dernières années, les IDE en Inde ne s’élevaient qu’à 1,5% du PIB en moyenne, ils ont légèrement accéléré en 2014, à 1,7% du PIB, pour atteindre 1,9% du PIB au premier trimestre 2015. Alors qu’en 2013, l’Inde avait subi des sorties massives de capitaux, en raison du manque de réformes économiques, c’est aujourd’hui l’un des Etats qui connaîtra la plus forte croissance d’Asie, avec une baisse de son déficit. « Les grandes sources de déséquilibres extérieurs se sont résorbées et la situation économique est nettement meilleure qu’il y a deux ans », explique ainsi Johanna Melka, analyste chez BNP Paribas.
Ensuite, l’Inde bénéficie également de l’effondrement des matières premières, et en particulier de la chute des cours du pétrole puisqu'elle importe 80% de ses besoins en or noir. « Parmi les pays émergents, il faut distinguer ceux qui sont fortement exportateurs de matières premières et subissent de plein fouet la baisse des cours, et ceux au contraire qui profitent de cela pour renforcer leurs finances publiques », explique encore Johanna Melka. C’est donc le cas de l’Inde qui est parvenue à ramener son déficit à 6,1% du PIB pour l'exercice 2014/2015 donnant ainsi au gouvernement des marges de manœuvre plus importantes : Modi a par exemple supprimé les subventions sur le fioul grâce à la chute des cours, renflouant les caisses publiques , même si ses recettes restent encore trop faibles pour réaliser tous les investissements nécessaires au développement du pays.
La troisième économie d’Asie est enfin protégée du ralentissement chinois car elle n’est pas un très gros exportateur de biens d’équipements et la Chine ne figure donc pas parmi ses principaux partenaires commerciaux. « L’Inde est beaucoup moins exposée à la Chine que l’Indonésie ou la Malaisie » explique encore l’analyste de BNP Paribas. Le pays exporte principalement des services et serait ainsi plus affaibli en cas de ralentissement des Etats-Unis ou de l’Europe.
Si l’Inde a donc jusqu’à présent bénéficié d’un environnement favorable, avec la baisse des prix des matières premières et le regain de confiance de la part des investisseurs, elle devra cependant poursuivre les réformes promises, d’autant qu’aucune d’entre elles n’ont été votées lors de la session parlementaire du mois d’août. Il faudra que Modi réussisse à convaincre une partie des députés d’ici à la prochaine session de décembre, afin d’éviter un retournement de situation qui pourrait être rapide. Car le pays a encore besoin de capitaux étrangers pour assurer son développement, même si les finances publiques ont largement été assainies depuis deux ans.
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