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Budget 2018: les économies ne seront pas suffisantes
La France est tristement réputée comme le pays de l'OCDE où le poids de la dépense publique rapporté au PIB est le plus élevé et le ministre de l'Economie et des Finances n'a d'ailleurs pas manqué de le souligner lors de la présentation du PLF il y a dix jours. Bruno Le Maire a affirmé que ce niveau de dépenses extrêmement élevé n'avait pas permis au pays de réduire son taux de chômage ou d'afficher une croissance plus rapide qu'ailleurs. "Les problèmes de la France ne se résoudront pas par plus de dépenses publiques", a-t-il martelé, afin d'introduire les économies escomptées sur l'ensemble du quinquennat. Des efforts a priori substantiels, puisque le ministre de l'Economie prévoit de réduire le niveau de dépenses publiques de plus de trois points de PIB à horizon 2022, qui permettra de ramener son poids dans le PIB de 54,6 points cette année à 50,9 points dans cinq ans et de rétablir le déficit à 0,2% du PIB d'ici 2022 contre 2,9% cette année.
Pour ce faire, le gouvernement prévoit de "mettre sous contrôle la dépense des administrations publiques centrales" tout en précisant que toute les dépenses de l'Etat ne sont pas "pilotables". Ainsi, l'Etat reste le principal porteur de sa dette et de la charge d'intérêt, qui représente donc une "dépense contrainte" (41,2 milliards en 2018) ; la contribution de la France au budget européen (20,2 milliards l'an prochain) est une autre dépense sur laquelle le gouvernement n'a pas de prise. Le périmètre de dépenses sur lequel le ministre de l'Economie estime qu'il pourra agir est donc de 253 milliards d'euros dans le budget 2017. Dans ce contexte, le gouvernement entend donc amorcer une décélération nette des dépenses pilotables de l'Etat, après deux années de forte hausse (+3,3% en volume en 2017), en plafonnant la progression à 0,6% en volume, avant de commencer à les diminuer en 2019, avec une cible de réduction en volume de -1% à partir de 2020 et ce sur chaque année jusque 2022.
Sauf que cette réduction des dépenses ne correspond en réalité pas à une baisse en valeur ou en volume, mais une progression inférieure à celle du PIB, souligne Emmanuel Jessua, économiste chez Coe-Rexecode. Car si celles-ci seront ramenées de 54,6 points de PIB à 50,9 en 2022, le produit intérieur brut devrait de son côté avoir progressé de 1,7% par an entre 2017 et 2021 et 1,8% en 2022. Certes, le PLF de cette année précise bien que l'évolution tendancielle des dépenses par rapport à laquelle les économies sont évaluées tient compte de l'évolution de la croissance, contrairement aux précédents exercices budgétaires. Ce qui constitue un effort de transparence louable. Mais le fait de "définir les économies, non comme des baisses de dépenses mais comme de moindres hausses par rapport à l'évolution tendancielle complique l'identification de mesures concrètes pour réduire les dépenses", estime l'économiste.
Ainsi, les documents budgétaires manquent de détail sur les leviers précis de modération de la dépense, estime Emmanuel Jessua. Selon lui, la contribution de l'Etat aux économies se résume essentiellement à la fixation de plafonds de crédits pour chacune des missions de l'Etat et seules trois mesures concrètes peuvent être rattachées à des économies "en euros sonnants et trébuchants" : la suppression de 1.600 emplois nets (économie négligeable, de l'ordre de 70 millions d'euros), la baisse de plus de 100.000 contrats aidés (1 milliard d'économies en 2018) et la réforme des aides au logement (baisse des dépenses de 1,7 milliard). Sachant que de nouvelles dépenses viendront au moins partiellement compenser ces économies, avec un risque de dérapage important pour celles concernant la sécurité sociale hors maladie et celles des collectivités locales. Dernière réticence à l'égard des économies dévoilées par Bruno Le Maire il y a dix jours, le fait que la majeure partie d'entre elles dépendront des résultats de l'audit "Action publique 2022", destiné à identifier les économies possibles à moyen terme notamment via l'amélioration de l'efficience de l'action publique.
Si le gouvernement a donc fait un effort de transparence quant à l'évolution des dépenses publiques et promis de les plafonner, ceci ne devrait pas être suffisant pour assainir durablement les dépenses de l'Etat. "La réduction du déficit est très mesurée et c'est surtout la conjoncture favorable qui contribue à l'assainissement budgétaire", résume ainsi de son côté Olivier Eluère, analyste chez Crédit Agricole.
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