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Eurotunnel : Atlantia crée la surprise en débarquant au capital
L’une des infrastructures à l’histoire la plus rocambolesque n’en a pas fini avec les bouleversements. La concession du tunnel sous la Manche, Eurotunnel, accueille en effet un nouvel actionnaire en la personne de l’Italien Atlantia. Celui-ci vient de racheter la participation de 15% de Goldman Sachs (26% des droits de vote), pour environ 1 milliard d’euros (12,40 euros par action), devenant par la même occasion, le premier actionnaire de l’entreprise. Opération conseillée par Nomura. La nouvelle est très symbolique puisqu’elle se traduit par l’arrivée d’un Européen au détriment d’un acteur américain. Permettant ainsi au projet le plus pharaonique de ces 30 dernières années de retrouver un actionnariat de proximité. Le deuxième actionnaire, le fonds TCI en possède un peu plus de 11% et les porteurs individuels encore 9,4% après avoir détenu jusqu’à 30% de la société. Pour le plus grand malheur de ceux qui ont mis la main à la poche dès l’origine de la construction puisque les dérives financières leur ont fait perdre l’essentiel de leur mise. Rappelons que la construction du tunnel a finalement coûté 12,5 milliards d’euros, soit trois fois plus que prévu.
Dès 2008 pourtant, une restructuration de l’immense dette du groupe est orchestrée entre les principaux créanciers et le patron d’Eurotunnel, Jacques Gounon. Restructuration extrêmement dilutive pour les actionnaires de l’époque mais qui permet enfin de remettre le groupe à flot. C’est à cette occasion que la filiale spécialisée dans les infrastructures de Goldman Sachs devient le premier actionnaire en 2009, et Eurotunnel une entreprise enfin «normale», aux performances commerciales satisfaisantes.
En reprenant la participation de l’Américain, Atlantia crée la surprise car on ne l’attendait pas ici. La firme détenue par la famille Benetton est actuellement à la manœuvre pour mettre la main sur le premier réseau autoroutier mondial, Abertis, avec plus de 8.300 kms dans 12 pays d'Europe et d'Amérique. L’Italien vient d’obtenir l’aval des autorités espagnoles pour pouvoir lancer une OPA sur la société. Mais il n’est pas seul à la convoiter puisque l’Espagnol ACS est, lui aussi, candidat. Ce dernier propose 18,76 euros par action Abertis quand Atlantia offre 16,50 euros par titre, soit 16,3 milliard d’euros. Est-ce donc parce qu’il sent que cette affaire est en train de lui échapper qu’il a porté son dévolu sur le tunnel sous la Manche ? Les montants en jeu ne sont, certes, pas les mêmes, pas plus que l’envergure des deux dossiers.
Cet intérêt pour Eurotunnel vient, en tout cas, confirmer l’engouement des grands noms du secteur pour les infrastructures. Il permet aussi au titre de bondir ce vendredi de plus de 13% dans un marché pourtant affaibli par les dernières lubies de Donald Trump. Le parcours à court et moyen terme de la société est plutôt satisfaisant avec un gain de 34% sur un an et de 80% à 5 ans. La société s’est notamment dite intéressée par une possible construction d’un pont entre la France et la Grande-Bretagne. Idée qui reste encore à confirmer.
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