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M&A : la France, à la traîne en Europe malgré de bons fondamentaux
Les rêves de grandeur de Patrick Drahi n’ont pas suffi à faire décoller le marché français des fusions-acquisitions au premier semestre. Selon les données de Dealogic, le montant des transactions incluant un acteur français a reculé de 23% à 84,9 milliards de dollars, alors que dans le même temps, elles augmentaient de 16% en Europe et même de 33% dans le monde. Certes, le mouvement ne concerne qu’un échantillon réduit sur six mois et se réfère à une base comparable exceptionnelle début 2014, mais la France fait-elle figure d’exception dans la reprise mondiale ?
Selon François Kayat, managing director chez Lazard, les fondamentaux sont plutôt bons dans l’Hexagone. La croissance française est bien orientée, à +0,6% au premier trimestre, et la confiance revient. Le début d’année a ainsi été notamment tiré par l’activisme des fonds de private equity, qui déploient les réserves de capitaux à disposition. A l’instar d’Ardian, qui a pris le contrôle de SIACI Saint-Honoré pour 422 millions d’euros, ou de LBO France qui a vendu Worldwide Flight Services à Platinum Equity. Les fonds anglo-saxons qui connaissent bien la France ont également mis la main au portefeuille, comme Apollo sur Verallia, et ICG qui a dégainé une offre préemptive sur Stella auprès d’Equistone.
Les fonds, qui ont trouvé la porte de la Bourse pour réaliser des sorties partielles, ont également tiré parti de la bonne orientation des marchés pour boucler des cessions de blocs, à l’image d’Eurazeo qui a vendu 7,8% des doudounes Moncler pour 340 millions d’euros en mai. Par ailleurs, l’autre opération d’envergure, la cession de 17,5% de Dassault Aviation par Airbus pour 1,6 milliard d’euros, était quant à elle le fruit d’un accord entre actionnaires et moins opportuniste.
Les industriels français suscitent également l’appétit de leurs concurrents étrangers, comme en témoigne la plus grosse opération du semestre : le rachat d’Alcatel-Lucent par le finlandais Nokia pour 13,2 milliards d’euros. Une opération déplorée par certains comme la perte d’un fleuron en pleine recovery, mais Arnaud Montebourg n’est désormais plus sur le pont pour défendre le Made In France. D’autant que les acteurs économiques peuvent compter sur une dette aisée et très peu coûteuse pour ce type de gros deal. Le financement très bullish a donné lieu au retour de financements covenant-lite et à des montages plus agressifs, à l’image de ce qui se faisait avant la crise. Pourtant, les décideurs gardent des comportements rationnels et lancent des opérations pour des motifs stratégiques et non purement financiers, selon François Kayat.
Reste que si la France a les moyens de se raccrocher à la vague de reprise des M&A, le contexte européen s’est nettement dégradé depuis quelques jours, et il est difficile d’imaginer ce qui pourra se passer après l’été. Si Europcar a réussi in extremis son entrée sur les marchés vendredi, une IPO a été annulée hier en Allemagne et les opérations semblent compromises à court terme, sauf retournement de dernière minute. Les marchés, qui ont connu lundi en France leur pire journée depuis début 2011, suivront sans aucun doute les évolutions minute par minute de la Grèce, mais aussi l’explosion de la bulle financière en Chine.
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