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Janet Yellen envoie le dollar au tapis

La Fed a abandonné le mot "patient" avant une prochaine hausse des taux, mais s'est montrée très prudente en raison de la dégradation de l'économie et de l'inflation. Une façon de contrer la hausse du dollar sans avoir l'air d'y toucher.
Madame Yellen présidente de la Fed
Madame Yellen présidente de la Fed

C'est peu de dire que les minutes de la Fed et la conférence de presse de Janet Yellen ont chamboulé les marchés ce mercredi. En réaction à un message plus "dovish" qu'attendu, le Dow Jones qui était dans le rouge a pris plus de 300 points sur les deux dernières heures de cotation, les Treasuries ont perdu 14 pb sous la barre des 2% (1,91%) et le dollar a lâché beaucoup de lest, puisque l'euro est passé de moins de 1,06 dollar en début de journée à près de 1,10 dollar à 16h avant de revenir autour de 1,08.

La Fed a pourtant fait la principale modification que l'on attendait d'elle: supprimer la référence au mot "patient" pour le timing de sa prochaine hausse des taux. Si elle a exclu une première hausse en avril, sa présidente Janet Yellen a indiqué qu'elle pourrait avoir lieu n'importe quand après cela, cherchant à se réserver des marges de manoeuvre.

Pourtant, le reste de sa communication est apparu bien plus "prudent", le maître-mot de cette réunion selon Bill Gross, chez Janus Capital. Ainsi la première phrase des minutes, indiquant que "la croissance économique a ralenti quelque peu" depuis la dernière réunion de politique monétaire, a jeté un froid. La banque centrale a d'ailleurs intégré les récents indicateurs décevants et ramené sa projection de croissance à 2,7% en 2016 et 2017, contre un maximum de 3% auparavant.

Néanmoins, l'amélioration du marché de l'emploi est en marche, et les "fortes créations d'emplois et un taux de chômage plus faible" ont été actés. Janet Yellen, qui souhaite avant tout que les décisions soient prises en fonction des données de marché, a actualisé ses chiffres. Elle voit le niveau de chômage reculer de 5,5% aujourd'hui à une fourchette de 5 à 5,2% en fin d'année. Un niveau qui se rapproche de plus en plus du plein-emploi, même si "nous n'avons pas vu de mouvement de hausse des salaires", estime-t-elle.

Si elle indique que la hausse des taux aura lieu quand la Fed verra davantage d'amélioration sur le marché du travail et sera confiante sur un retour de l'inflation à son objectif de 2% à moyen terme, c'est plutôt le deuxième critère qui manque à l'appel aujourd'hui. La hausse des prix a encore ralenti en raison de la baisse des prix de l'énergie, si bien que l'inflation devrait être de seulement 0,6 à 0,8% cette année, contre 1 à 1,6% en décembre dernier, et une fourchette de 1,7 à 1,9% en 2016. Mais derrière l'atonie des prix, la présidente a révélé ce qui inquiète vraiment la Fed: "la force du dollar retient l'inflation".

La guerre des changes est là, même si elle ne dit pas son mot. Car le niveau du billet vert est aujourd'hui le principal dilemme de la banque centrale. Les marchés ont si bien accueilli le retour de la croissance US et anticipé la hausse des taux que le dollar a grimpé en flèche, ce qui impacte la compétitivité des entreprises et risque de saper une partie de cette rédemption. Les effets ont eu lieu avant la cause, si bien que Janet Yellen est maintenant obligée de battre en retraite.

D'où le curieux jeux de mots. Le jour où elle a retiré "patient" de son texte, elle a ajouté à l'oral qu'elle ne comptait pas être "impatiente", démontrant le jeu d'équilibriste auquel elle doit se livrer. Elle aura en tout cas réussi à faire douter son monde puisque désormais, les économistes ne misent plus sur une première hausse des taux en juin, mais plus tard dans l'année au mieux.


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