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Alstom : les grandes manoeuvres se précipitent

Les patrons de GE et de Siemens défilent aujourd'hui à L'Elysée. Si le projet de l'américain est formalisé, l'allemand décidera "dès que possible" s'il fera une offre. Crédit Suisse et Lazard sont les conseils de GE. BNP Paribas et Société Générale ceux de Siemens.
Alstom
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« L’histoire est la science des choses qui ne se répètent pas », disait Paul Valéry. Celle d’Alstom, pourtant, semble bel et bien tourner en rond. Surtout depuis que la France est entrée dans une phase de désindustrialisation, minorant la valorisation de ses fleurons. Sous l’ère Sarkozy déjà, Alstom n’avait dû sa survie qu’à une opération de sauvetage de l’Etat. Bouygues avait ensuite accepté de prendre le relais en 2006 en rachetant la participation publique.

Les grandes manœuvres qui se préparent ressemblent ainsi bigrement à ce qui s’est passé il y a près de 10 ans. Face à la perte de vitesse du français sur ses principaux marchés, et plus particulièrement ceux de l’énergie, il lui faut impérativement trouver de l’aide. Soit de la part d’un homologue industriel qui viendrait lui garnir son carnet de commandes, soit de la part d’un investisseur afin de combler sa perte de substance. Dernière solution qui présente l’inconvénient d’être de court terme. C’est bien la raison pour laquelle Patrick Kron, le patron du groupe s’est tourné vers GE, soucieux de grossir dans l’énergie. Raison pour laquelle ils avaient effectivement mis sur pied une solution sur le point d’être annoncée cette semaine.

Oui mais voilà. Le gouvernement ne l’entend manifestement pas de cette oreille et se dit prêt aujourd’hui à travailler à la mise en place d’une solution alternative. L’allemand Siemens serait partant pour entrer dans la danse. Mais face à l’avance prise par GE dans ce deal, l’outsider est contraint d’agir dans l’urgence. D’où les appels au calme du ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg qui, aux côtés de François Hollande, a reçu le patron de GE ce matin avant de rencontrer ceux de Siemens et Bouygues ce soir. Le temps presse pourtant, puisque le conseil d’administration d’Alstom a précisé que les deux candidats potentiels avaient jusqu’à mercredi midi pour déposer leurs offres. Un travail de titan donc pour les banquiers des deux camps, avec là encore, la perspective d’une bataille homérique. Selon les informations de Wansquare, les banquiers de GE sont le Crédit Suisse et Lazard. Côté Siemens, BNP Paribas et Société Générale. Alstom, de son côté, travaille avec Rotschild et Bofa Merrill Lynch.

Siemens a clairement les faveurs du gouvernement français, qui préfère voir une solution européenne émerger plutôt que l’arrivée d’un américain qui dirigerait le groupe « depuis le Connecticut ». Mais celle-ci sera-t-elle viable vis-à-vis des instances anti-trust ? Pas évident, tant Alstom et Siemens se ressemblent et seraient en passe de créer un véritable monopole dans le transport. En outre, ce rapprochement élaboré dans l’urgence pourra-t-il se faire suffisamment rapidement, alors que le groupe français manque déjà d’oxygène ? L’idée d’un rachat temporaire de la participation de Bouygues par l’Etat serait envisagée. Et c’est là où l’histoire fait plus que bégayer puisque c’est précisément à l’Etat que Bouygues avait acquis ses 29% dans Alstom en 2006. Enfin, il n’est un secret pour personne que Patrick Kron n’apprécie guère Siemens, avec lequel il s’est souvent opposé par le passé. « Si une solution avec l’allemand était envisageable, cela fait longtemps qu’elle aurait déjà été planifiée », lance sur le sujet un proche du dossier.

Reste que la pression monte de la part tant des instances dirigeantes françaises qu’allemandes, lesquelles multiplient les sorties prônant un rapprochement franco-allemand. De quoi refroidir les velléités de l’américain, même si à sa sortie de l’Elysée, son président, Jeff Immelt, a indiqué avoir eu un entretien « ouvert, chaleureux et constructif ». Toujours selon les informations de WanSquare, le schéma retenu par GE serait de séparer les activités de transport et d’énergie ; de payer cash l’énergie, de manière à rémunérer l’ensemble des actionnaires tout en laissant la partie transports cotée. Pour être certain de ne pas se mettre les autorités boursières ou quelques actionnaires à dos, il serait également prévu de soumettre à l’avis d’une AG d’Alstom ce schéma, avec la possibilité d’opter pour une OPA globale avec scission ultérieure. Ce qui au final, reviendrait au même pour les détenteurs de titres actuels. Mais il est effectivement établi dans le droit boursier qu’en cas de cession d’un actif majeur, une OPA sur l’ensemble de la société doit être lancée. Un expert indépendant serait également nommé pour valider le prix proposé pour la transaction, lequel serait également soumis au vote de l'AG. En face, Siemens a annoncé aujourd’hui qu’il « déciderait dès que possible s’il fait une offre sur Alstom »…on est loin d’une offre finalisée pour après-demain.

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