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De quoi parle le rapport Hartz snobé par le gouvernement français
A défaut d'avoir été écouté par les ministres français sur ses propositions de réformes pour faire baisser le chômage, WanSquare s'est penché sur les propositions de Peter Hartz. Comme nous l'avons révélé hier, cet illustre membre du SPD, auteur d'une importante série de lois sur le marché du travail allemand, qui ont permis en une dizaine d'années de ramener le taux de chômage de 10% à 5,3% actuellement, n'a finalement pas été reçu par le gouvernement. Sans doute par crainte des ministres français de se voir associés à l'un des personnages les plus symboliques de la social-démocratie.
Cet ancien DRH de Volkswagen, et membre de la Commission Schröder, s'est donc fendu d'un petit rapport fort instructif sur l'impact des lois dans son pays, dans le cadre d'un échange avec les membres du think-tank français En temps réel. Et a proposé plusieurs mesures pour sortir du marasme du chômage européen. Diplomate, Peter Hartz précise en introduction que ce n'est pas à l'Allemagne de dire à la France ce qu'elle peut et doit faire en matière d'emploi. "L'Allemagne n'est pas un modèle. La France possède en elle-même les ressources nécessaires pour trouver sa propre voie et la formule appropriée". Il reste que le constat est sans appel : l'Allemagne jouit d'un quasi plein emploi, grâce à davantage de flexibilité sur le marché du travail, qui a permis de stimuler la création d'emplois et d'encourager les investissements. La France, elle, connaît un taux de chômage de 11%. "Ni défaitisme, ni pessimisme ne sont de mise", précise cependant le politicien habile : "un prolongement pragmatique des réformes engagées, dans un dialogue ouvert par les entreprises, les syndicats et la puissance publique, permettra d'endiguer le chômage au niveau national".
Peter Hartz propose tout de même une série de solutions au niveau européen pour booster l'emploi, notamment chez les jeunes et les seniors. Toutes les mesures développées par le social démocrate reposent sur le concept "d'europatriés", désigné comme un jeune chômeur européen, bénéficiaire d'un programme financé et coordonné par la Commission européenne, qui s'installerait temporairement dans un autre Etat membre, afin d'y travailler et d'être formé. La mise en oeuvre de ce programme reposerait sur la création, auprès de la Banque Européenne de Financement, d'un fonds émettant et négociant des titres échangeables de formation. Ces titres auraient les caractéristiques d'obligations, librement cessibles sur le marché, et assortis d'un coupon. Ils financeraient la rémunération de l'entreprise qui accueille l'apprenti ou la formation professionnalisante d'un jeune. Ils pourraient être souscrits de manière individuelle par l'environnement familial du jeune comme instrument d'épargne, ou alloués dans le cadre de politiques publiques ciblées localement.
Autre mesure pour inciter à l'embauche: un dispositif qui permette à l'entreprise qui emploierait un chômeur de disposer de crédits, en partie assimilables à des capitaux propres. Un nouvel embauché pourrait apporter à l'entreprise un financement réparti entre 50K euros de quasi-capital et 50K euros de crédit. "Le capital pourrait par exemple prendre la forme de dette subordonnée souscrite par un établissement de type BPI, tandis que le crédit serait accordé par une banque commerciale".
Enfin Peter Hartz promeut le chômage partiel afin d'éviter des licenciements trop importants. En Allemagne, explique t-il, le dispositif du "Kurzarbeit" a significativement contribué à piloter l'emploi pendant la crise. 1,5 million de salariés allemands ont été concernés, contre cinq fois moins en France.
"La question du chômage nécessite une réaction rapide et collective puisqu'il touche six millions de jeunes en Europe", conclut Peter Hartz. Il est donc selon lui nécessaire que les pays allient leurs forces pour y parvenir, via le programme europatriés proposé, et qui nécessiterait si besoin une adaptation des législations nationales pour permettre davantage de flexibilité des marchés de l'emploi des Etats. En attendant, rendez-vous est donné en juin prochain à Sarrebruck, où aura lieu le premier congrès européen de lutte contre le chômage des jeunes.
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