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"Les tromperies statistiques" de Piketty

Le FT n’est pas le seul à dénoncer les erreurs de calcul de l’économiste. Selon l’Institut de Recherche Economiques et Fiscales, Thomas Piketty confond notamment capital et patrimoine accessible.
Thomas Piketty
Thomas Piketty

Hier matin, Thomas Piketty a tenté tant bien que mal de se défendre des critiques proférées à son encontre par le site du Financial Times. Ce week-end, le journal financier pointait du doigt une série d’erreurs de transcription à partir des sources originales et de formules incorrectes. « Les données sur les patrimoines sont imparfaites mais d’autres comme les déclarations de succession sont plus fiables. Je fais cela en toute transparence, je mets tout en ligne », s’est défendu Thomas Piketty à l’AFP, estimant que les attaques du journal sont finalement purement « idéologiques ».

Sauf que le Financial Times n’est pas le seul à trouver à redire aux thèses de l’économiste. Ainsi, l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales (IREF) a-t-il également publié une étude intitulée, « capital, croissance et richesses : les tromperies statistiques de Thomas Piketty ». Son auteur, Jean-Philippe Delsol explique tout d’abord que l’économiste -dont l’ouvrage Le Capital au XXIème siècle vise à démontrer l’accroissement des inégalités de revenus par le haut- part justement d’une définition du capital erronée. Cette notion est définie par l’économiste comme « l’ensemble des actifs non humains qui peuvent être possédés et échangés sur un marché ». Selon l’IREF il y a là confusion entre capital (productif, financier, immobilier) et patrimoine cessible.

Deuxième erreur soulignée par l'avocat fiscaliste de l'IREF: l’évolution du revenu national étudiée par Piketty est observée en prix courants et non en volume, ce qui a pour effet de gonfler les taux de croissance du revenu national. « La conséquence d’un tel calcul est que la richesse en capital ainsi que les revenus de ce capital sont aussi estimés en prix courants, ce qui implique des taux de rendement surestimés ». Du coup, les calculs de l’économiste l’amènent à conclure que pendant les 20 siècles passés, le taux de rendement du patrimoine se serait situé 4 points au-dessus de la croissance. D’une part, il paraît difficile de comprendre comment l’économiste a obtenu des données sur les 2000 dernières années, s’étonne l’avocat. Ensuite, contrairement à ce que Thomas Piketty soutient, en moyenne le rendement nominal du patrimoine des ménages ne peut être supérieur au taux de croissance économique. « Le patrimoine ne peut être accaparé par les plus riches au-delà des limites de la richesse existante et dont la croissance mesure peu ou prou l’augmentation de l’étendue », explique encore l’avocat.

Enfin, en se basant sur les hypothèses de calcul de l’économiste (1% de croissance, rendement de 5%) et en supposant que les 1% les plus riches, possédant 17% du patrimoine, décident de s’accaparer l’ensemble du patrimoine en réinvestissant 100% de leurs revenus bruts, cela signifierait que ceux-ci posséderaient l’ensemble des richesses disponibles d’ici … 2016. Bref, les 1% les plus riches devraient posséder toutes les richesses d'ici deux ans! « En effet, à partir de cette date, les désirs des 1% se heurtent à l’absence du patrimoine disponible et nécessaire à la croissance ». Et même si ces 1% des plus riches ne réinvestissaient que 70% de leurs revenus du capital, la date serait repoussée à 2034.

Selon l’avocat Jean-Philippe Delsol, les calculs de Thomas Piketty sont donc faux notamment parce qu’ils sont basés sur une vision de l’économie trop figée, qui ne prend ni en compte la mobilité sociale ni la possibilité d’épargner, réinvestir ou dilapider son capital. « Il ne s’agit pas de nier les écarts qui existent entre riches et pauvres et l’évolution de tels écarts. (…) Mais la question (ndlr: de Thomas Piketty) est mal posée parce qu’elle est traduite à des fins partisanes, formulée au travers du prisme d’une obsession égalitariste qui n’a rien à voir avec la science économique,» conclut-il.

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