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Déficit français, gardons-nous de crier victoire trop tôt !

L'INSEE a dévoilé ce matin un déficit public situé à 2,6% du PIB pour l'année 2017, repassant sous l'objectif des 3% fixé par Bruxelles, pour la première fois depuis 2007. Il reste toutefois du chemin à parcourir avant d'atteindre l'équilibre budgétaire. 
Arc de Triomphe -Paris - France
Arc de Triomphe -Paris - France

C'est un petit événement pour l'image de la France sur la scène européenne : l'INSEE a officiellement dévoilé ce matin que le déficit de l'Hexagone était repassé l'an dernier sous la barre des 3% du PIB fixée par Maastricht, honorant ainsi son engagement européen pour la première fois depuis 2007. "Le déficit public pour 2017 s'est établi à 59,3 milliards d'euros, soit 2,6% du PIB, après 3,4% en 2016", affirme ainsi l'institut national de la statistique dans un communiqué. Un soulagement pour le ministère des Finances et le Président Emmanuel Macron, dont l'ambition de réforme de l'Europe aurait été difficile à porter si la France avait de nouveau manqué à ses engagements. Une victoire aussi pour le gouvernement qui, il y a un an, avait défendu qu'il atteindrait bien son objectif, après que la Commission a mis en doute et revu à la hausse son chiffre pour le pays.

Rappelons que l'Hexagone, entré en procédure de déficit excessif en 2009, avait initialement promis de revenir sous les 3% en 2010, repoussant une première fois cet objectif à 2012 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui avait plaidé pour plus de clémence vu le contexte de crise économique. Son successeur avait lui aussi dû demander un délai, de deux ans tout d'abord à 2014, puis d'un an supplémentaire, à fin 2015, puis encore de deux à fin 2017, décrédibilisant la capacité de la France à tenir un budget. 

Après avoir sorti la France des pays considérés comme étant en situation de "déséquilibre macroéconomiques excessifs" la semaine dernière, la Commission devrait donc proposer qu'elle ne fasse plus l'objet d'une surveillance renforcée pour son déficit au printemps prochain. Le gouvernement ne devrait pourtant pas crier victoire pour autant, tant le retour à l'équilibre budgétaire est encore loin, et alors qu'il devra encore convaincre Bruxelles qu'il ne refranchira pas à la hausse le fameux critère de convergence. "Pour atteindre l'objectif visé par Emmanuel Macron d'un déficit situé à 0,3% du PIB d'ici à 2022, le PIB devra progresser à un rythme supérieur à la croissance potentielle du pays durant six années consécutives. Ce qui est trop optimiste selon nous", explique ainsi Olivier Vigna, économiste chez HSBC.

Autre élément crucial pour l'évolution des finances publiques françaises ces quatre prochaines années, l'évolution de la charge de la dette. En 2017 en effet, le coût de la dette a représenté 60,3% du déficit budgétaire, soit le deuxième poste de dépense du budget de l’Etat (10,9%) après l’Education nationale (18,4%). Un resserrement plus rapide de la politique monétaire menée par la BCE pourrait entraîner une remontée plus forte que prévue des taux d'intérêt français, ce qui pèserait sur l'équilibre des comptes français. "La charge de la dette a diminué l'an passé par rapport à 2016 mais elle dépend toujours de l'évolution des taux d'intérêt. Et elle représente encore en moyenne 2% du PIB chaque année", explique pour sa part Julien Manceaux, économiste chez ING.

Enfin, si la France est enfin repassée sous la barre des 3% de déficit, elle ne respecte toujours pas l'autre "critère de convergence" qui figure dans le traité de 1992. Les pays candidats à la zone euro s'étaient en effet engagés à l'époque à ce que leur dette publique "tende vers" les 60% du PIB, ce dont la France est encore très éloignée. Certes, l'INSEE a dévoilé ce matin que la dette publique du pays avait diminué de 12,9 milliards au dernier trimestre de l'an dernier. Mais elle représente toujours 97% du PIB, pour un montant total de 2.218,4 milliards. La diminution du déficit est une première étape vers la stabilisation de la dette publique. Mais il faudra une forte croissance et des efforts importants de la part du gouvernement pour parvenir à faire baisser l'endettement de l'Hexagone, et tendre vers 60% du PIB. 

"Le manque d'ambition quant à la diminution des dépenses publiques signifie que le taux d'imposition ne devrait baisser qu'à la marge ces cinq prochaines années et le poids des prélèvements devrait donc rester bien supérieur à celui d'autres pays, et risque de peser sur l'activité économique du pays", commente encore Olivier Vigna, d'HSBC. Selon les chiffres publiés ce matin par l'INSEE, le taux des prélèvements obligatoires a ainsi progressé de 0,7 point en 2017, pour atteindre 45,4% du PIB. Les dépenses hors charges d'intérêt et remboursement de la dette à 3% sur les dividendes ont quant à elles progressé de 2,3% l'an dernier... Sachant qu'à partir de l'an prochain, les charges relatives au CICE seront comptabilisées dans le calcul du déficit public, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. "Les charges liées au CICE vont devenir une dépense structurelle, donc au lieu d'être considérées comme un crédit d'impôt, elles vont prendre une forme récurrente, qui sera intégrée dans les statistiques liées au déficit", explique encore Julien Manceaux. Le gouvernement devra donc trouver le bon équilibre entre la poursuite des réformes, l'ajustement fiscal et le soutien à la demande intérieure, alors que la consommation des ménages représente l'un des principaux piliers du PIB français. "L'évolution des finances publiques de la France à long terme représente donc encore un challenge de taille", conclut Olivier Vigna.

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