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SFR : Drahi savoure sa victoire, Martin Bouygues fourbit ses armes

Pour le patron d'Altice, sa victoire est logique et il va en discuter avec Arnaud Montebourg demain. Martin Bouygues, de son côté, prépare plusieurs actions juridiques et commerciales afin de retarder et complexifier le process.
Patrick Drahi
Patrick Drahi

« C’est la logique qui l’a emporté », tel est le résumé de Patrick Drahi pour commenter le résultat du deal le plus emblématique de ces dernières années. En dépit de tous les efforts titanesques de Bouygues, Vivendi a effectivement préféré l’offre de Numericable/Altice. « On a beaucoup glosé contre moi, mais c’est là le résultat du mérite. Ce que la France reconnaît encore très volontiers », a-t-il déclaré lundi matin lors d’une nouvelle conférence de presse. « Je crois beaucoup au destin et je n’ai jamais vraiment tremblé car mon horizon se situait à l’échelle des investissements que je prépare sur plusieurs dizaines d’années », a-t-il ajouté, mentionnant même que durant ces dernières semaines, il avait retrouvé de très nombreux amis et qu’il en comptait même aujourd’hui "des millions ».

Il a donc emporté la mise avec un chèque de 13,5 milliards d’euros, un complément potentiel de 750 millions d’euros (payable à Vivendi si l’Ebitda-Capex de la nouvelle entité atteint le seuil de 2 milliards d’euros au cours d’un exercice) et une participation de 20% du nouvel ensemble pour Vivendi, bloqué un an avec cette participation. A l’issue de cette période, Altice dispose d'un "call" lui permettant de racheter des titres de cette "newco", suivant un très savant calcul comprenant un cours plancher majoré d’un taux annuel de 5%. Cette entité sera domiciliée à Paris et cotée à la Bourse de Paris.

Pour financer cela – Patrick Drahi a également martelé qu’Altice n’était pas si petit que cela, avec une valeur d’entreprise de 15 milliards d’euros- Numericable va procéder à une augmentation de capital de 4,7 milliards d’euros, souscrite à 75% par Altice et recourir à un endettement de 8,8 milliards d’euros. A noter que dans le montant total de l’augmentation de capital, est également compris un appel au marché de 550 millions d’euros pour financer, en partie, la sortie des fonds Cinven et Carlyle du capital de Numericable. Ces deux investisseurs reçoivent ici une part en cash mais aussi des titres Altice, puisqu’ils souhaitent manifestement monter dans la société mère pour avoir accès à l’ensemble des actifs gérés par Patrick Drahi. Une très belle opération pour ces deux sociétés de capital investissement et notamment Cinven, actionnaire de la première heure (dès 2005) de Numericable, qui troque ici sa participation de 20,6% pour une autre de 3,6% dans Altice avant dilution. Opération qui lui permet d’afficher un TRI de 160%.

Reste maintenant à l’homme fort d’Altice à mettre en musique ce vaste projet. Il doit voir demain matin Arnaud Montebourg et envisage de procéder dès à présent aux démarches nécessaires vis-à-vis des organes du personnel de SFR et des autorités de la concurrence.  « Notre spécialité, c’est le réseau » a-t-il rappelé, précisant qu’il allait d’abord concentrer ses efforts sur les investissements d’infrastructures. Les nouvelles offres ne feront leur apparition qu’à l’issue du closing, et c’est bien la marque SFR qui deviendra l’enseigne unique du nouveau groupe.

De son côté, Bouygues accuse aujourd’hui le coup et se donne quelques jours pour réfléchir à de possibles ripostes. Il ne fait aucun doute que le groupe de Martin Bouygues va tout faire pour retarder et complexifier le rapprochement entre SFR et Numericable et ce d’autant plus qu’il a l’impression d’avoir été manipulé pour faire monter les enchères. Plusieurs actions juridiques sont donc à prévoir. De même la firme de BTP et de télécoms devrait-t-elle faire entendre sa voix vis-à-vis de plusieurs sujets épineux de concurrence. Elle entend enfin mener de nouvelles campagnes commerciales très agressives. Reste à savoir enfin si Bouygues a l’intention de remettre en question ou non le contrat de partage de réseau signé récemment avec SFR en vue de doper leur offre 4G. 

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