Macro-économie / Taux / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Macro-économie
Peut-on faire confiance aux statistiques chinoises ?
Le risque de hard landing chinois est-il derrière nous ? Alors que les craintes d'un ralentissement de la croissance du pays plus fort que prévu avaient fait plonger les marchés en début d'année, provoquant un mini krack boursier en janvier, le FMI le citant même comme l'un des principaux facteurs de déstabilisation de l'économie en 2016, Pékin a visiblement repris des couleurs depuis. Les autorités chinoises ont ainsi dévoilé aujourd'hui un PIB en hausse de 6,7% sur un an au troisième trimestre, soit au même niveau qu'au cours des deux premiers trimestres précédents, et en ligne avec l'objectif annuel du gouvernement.
Des chiffres de croissance a priori rassurants donc, mais que résultent en réalité d'une expansion dangereuse du crédit, notamment dans le marché immobilier et d'une accélération de l'investissement public. Certains analystes estiment par ailleurs que les statistiques chinoises restent peu fiables et peu révélatrices du niveau réel de l'économie du pays.
Preuve de l'interventionnisme du gouvernement, les investissements en capital fixe ont progressé de plus de 8% depuis le début de l'année (principalement en raison des dépenses publiques en infrastructures), tandis que les dépenses fiscales ont augmenté de 12,5%, contre une progression des investissements privés de 2,5% seulement depuis janvier. Les ventes de détail ont également soutenu la croissance chinoise ce trimestre, en hausse de 10,7% sur un an en septembre. Les chiffres de la production industrielle sont en revanche ressortis légèrement inférieurs aux attentes, à 6,1%, contre 6,3% le trimestre précédent, décevant les analystes : "le ralentissement de la production s'explique notamment par l'effondrement des exportations, qui ont chuté de 5,6% en septembre contre une hausse de 5,9% sur août", explique ainsi Wei Yao, analyste chez Société Générale.
La croissance chinoise a par ailleurs résulté d'une poursuite du phénomène de surchauffe sur le marché immobilier : les ventes de terrains à construire ont ainsi progressé de 34% en septembre contre 20% le mois précédent, tandis que les ventes de logements ont de leur côté augmenté de 56% contre 32% en août. Si 23 villes ont depuis début octobre mis en place des mesures pour limiter la course effrénée du marché immobilier, les analystes estiment que cela ne devrait pas réduire outre mesure le coût des logements alors que l'immigration des campagnes vers les villes se poursuit à un rythme très rapide. Le problème est que ce boom du marché immobilier a contribué à augmenter le niveau d'endettement des banques du pays, qui accordent de plus en plus de mortgages, alors que le niveau d'endettement de la Chine est déjà l'un des plus élevés au monde : selon la Banque des Règlement Internationaux, il atteignait ainsi plus de 250% du PIB fin septembre et pourrait entraîner une grave crise bancaire d'ici les trois prochaines années, si le pays ne fait rien.
Or les autorités semblent davantage résolues à remplir leur objectif de croissance pour cette année, que prêtes à mettre en place de réelles réformes de l'économie: "pour le moment le gouvernement chinois a clairement choisi d'atteindre sa target de croissance, et l'emballement du marché de l'immobilier pourrait les y aider cette année", explique ainsi Louis Kujis, directeur d'Asia economics à Oxford Economics. "La question est de savoir s'ils sont prêts à revoir leurs objectifs à la baisse pour rétablir leur économie sur des bases plus saines", poursuit-il.
Tous ces chiffres officiels sont par ailleurs fréquemment remis en cause par les analystes occidentaux, qui estiment que leur conformité aux objectifs du gouvernement est suspicieuse, d'autant qu'ils ne sont jamais revus ou recalculés, contrairement à la plupart des pays où les chiffres sont révisés à deux ou trois reprises. Certains estiment ainsi que l'indice Li Keqiang basé sur la production d'électricité, le transport ferroviaire et les crédits bancaires est un indicateur bien plus fiable que les statistiques dévoilées par les autorités. Or selon cet indice, la croissance chinoise tournerait plutôt autour de 4,5% à 5% depuis le début de l'année. "Les chiffres officiels sont trop stables pour nous donner une réelle idée des performances du pays. Selon nos propres calculs, la croissance a effectivement progressé ce trimestre par rapport aux trois mois précédents, mais cela ne devrait pas durer", expliquent ainsi les experts de Capital Economics. Selon leurs prévisions, le PIB du pays a ainsi progressé de 5% seulement depuis le début de l'année...
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

