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Méga deals: un gros chèque pour les banques, des risques pour les corporates
Les banques américaines, qui se plaignent régulièrement du poids de la nouvelle régulation dans leurs sources de revenus mais aussi d’un contexte obligataire défavorable, ont toutes les occasions de se rattraper sur les M&A, grâce à un début d’année sur les chapeaux de roue. Hier, deux opérations emblématiques ont été annoncées : le rachat géant du groupe britannique BG Group par le hollandais Shell pour 47 milliards de livres (70 milliards de dollars) dans le pétrole et celui du laboratoire irlandais Perrigo par le Néerlandais Mylan pour 29 milliards de dollars. Deux annonces précédées la veille par celle du rachat de TNT Express par l’américain Fedex pour 4,4 milliards d’euros, afin de pousser ses feux en Europe.
Goldman Sachs a le mieux tiré son épingle du jeu puisque la banque était un des trois conseils auprès de Shell, a accompagné Mylan dans son ambitieuse acquisition et était du côté du cédant chez TNT Express, tout comme Lazard. Preuve de la montée en force des boutiques, Robey Warshaw, une structure lancée par deux anciens de Morgan Stanley et UBS, était également présent un des trois étroits conseils de Shell. Selon Thomson Reuters et Freeman Consulting, Bank of America, lead auprès de Shell, pourrait recevoir 82 millions de dollars de fees, tandis que Robey Warshaw toucheraient chacun 50,3 millions de dollars pour leurs services. Goldman Sachs, qui a intermédié plus de 300 milliards de dollars de deals sur les plus de 1000 milliards annoncés depuis le début de l’année, est en tête des league tables M&A globaux, loin devant Bank of America (207,3 milliard de dollars) et JP Morgan.
Cette ferveur de deals ne devrait pas s’arrêter de sitôt, car le contexte y est particulièrement favorable. Les marchés actions sont orientés à la hausse et les financements sont très peu coûteux, une fenêtre de tir limitée puisque la Fed devrait commencer à remonter ses taux dans les prochains mois. Par ailleurs, la forte hausse récente du dollar incite les corporates américains à faire leurs emplettes à l’international, comme le montre le deal Fedex/TNT Express. Ainsi, sur les dix plus grosses transactions de l’année, une seule a concerné une cible européenne, le rachat de O2, la filiale britannique de Telefonica, par le chinois Hutchinson Hampoa pour 15,5 milliards de dollars.
Si la confiance et l’optimisme des patrons américains semblent être sans limite à l’heure actuelle, il convient de ne pas oublier les risques que comportent de telles initiatives. Des désaccords initiaux par exemple comme Intel, qui étudiait depuis quelques jours une offre de 13 milliards de dollars sur Altera, ce qui aurait pu être la plus grosse acquisition de son histoire. Mais le discussions ont tourné court et il a finalement essuyé un refus de cette dernière. Même lorsqu’un accord est scellé, l’opération peut capoter sur l’attribution des rôles, des histoires de personnes qui peuvent rapidement compromettre un deal. Publicis l’a expérimenté à ses dépens lors de son union avec Omnicom, et il aura fallu toute l’énergie du patron de Lafarge, Bruno Lafont, pour sauver sa fusion avec Holcim, en concédant à la fois de renoncer au rôle de CEO (au profit d’Eric Olsen finalement, lui aussi de Lafarge) et une revue de la parité d’échange. Et même lorsque la relation est au beau fixe entre les deux protagonistes, le régulateur veille, toujours prompt à bloquer de gros rapprochements pour des raisons de concurrence.
Enfin, certaines études remettent en cause l’opportunité des méga deals, qui contribuent à supprimer des emplois dans les groupes concernés et sont défavorables au consommateur final. Selon une étude d’Accenture de 2012, si 32% des deals créent des taux de rendement de plus de 20% sur deux ans, il ne faut pas oublier que 42% d’entre elles sont destructrices nettes de valeur. De quoi inciter les ambitieux dirigeants à bien peaufiner leurs due diligence avant de se lancer.
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