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Le gouvernement est le seul à croire au "sérieux" de ses prévisions budgétaires

Lors de la présentation officielle du projet de Loi de finances pour 2017 ce matin, Michel Sapin a maintenu l'hypothèse de croissance de 1,5% et l'objectif de 2,7% de déficit pour l'an prochain malgré l'avis du Haut Conseil des Finances publiques qui a de son côté jugé ces chiffres "improbables".
Michel Sapin
Michel Sapin

 

Si le Ministre des finances a tenté de rassurer son auditoire ce matin, quant au "sérieux" du dernier projet de Loi de finances présenté par son gouvernement avant la fin du quinquennat, l'avis plus que sceptique du Haut Conseil des Finances publiques (HCFP) publié au même moment ne lui a pas facilité la tâche. Alors que Michel Sapin s'est dit "fier du bilan de son gouvernement", parvenu en l'espace de cinq ans à "assainir les comptes publics, relancer la croissance et l'emploi" pour mieux "renforcer la justice sociale", le HCFP présidé par Didier Migaud remettait en cause l'ensemble des objectifs budgétaires annoncés par le gouvernement pour l'an prochain, excepté ceux sur l'inflation.

Le ministre a en effet maintenu l'hypothèse de croissance de 1,5% pour 2017 et l'objectif de déficit de 2,7% du PIB. "Nous avons décidé de ne pas réagir précipitamment aux évènements de l'été", s'est défendu le ministre. Une remarque qui souligne tout de même que le gouvernement n'a volontairement pas pris en compte le potentiel impact des événements de juillet alors que le secteur du tourisme a pourtant déjà montré des signes importants de ralentissement, ni tenu compte des potentielles conséquences du Brexit. Le Haut Conseil des finances publiques lui, a justement estimé que les facteurs extérieurs des derniers mois pourraient remettre en cause les prévisions du gouvernement, qualifiées "d'un peu élevées". Les membres du HCFP ont notamment cité l'atonie du commerce mondial, les incertitudes liées au Brexit et au climat politique européen et les conséquences des attentats, comme autant de facteurs de risques pour la croissance française l'an prochain...Et d'enfoncer le clou en déclarant que les prévisions du gouvernement étaient ainsi "supérieures à la plupart des autres prévisions disponibles et au 'consensus forecasts' de septembre". La Banque de France table effectivement sur une croissance de 1,4% l'an prochain et la communauté des analystes sur un chiffre de 1,3% en moyenne. Les experts de l'institut CoeRexecode sont encore plus pessimistes et s'attendent à une progression du PIB de 1,1% seulement pour 2017.

Le Haut Conseil a également remis en cause les chiffres du déficit et estimé que les réductions prévues dans le PLF (de -1,6 point du PIB à -1,1 pour le solde structurel et de -3,3 points à -2,7 points pour le solde nominal) étaient "improbables", considérant donc comme "incertain" le retour de celui-ci sous le seuil de 3 points du PIB. Même son de cloche pour les experts de CoeRexecode qui ont expliqué que "les risques de dérapage" l'an prochain étaient "importants", notamment parce que le scénario de croissance du gouvernement était "plutôt optimiste", dans un contexte macroéconomique moins favorable que les deux dernières années, citant la remontée progressive des taux d'intérêt et des prix du pétrole.

Les nouvelles dépenses annoncées devraient également mettre en danger l'objectif de revenir sous la barre des 3%. Le gouvernement a effectivement annoncé que l'Etat dépenserait 7,4 milliards d'euros nets de plus que cette année, afin de financer notamment les mesures pour lutter contre le terrorisme, la création de postes au sein de l'éducation ou l'allocation de fonds supplémentaires au ministère de l'Emploi. Le Haut Conseil a par ailleurs estimé que les risques pesant sur les dépenses l'an prochain étaient plus importants que les années précédentes, en raison "du caractère irréaliste des économies prévues sur l'Unédic, des fortes incertitudes sur la réalisation des économies de grande ampleur prévues sur l'ONDAM (objectif national des dépenses d'assurance maladie, NDLR), et les incertitudes sur l'évolution des dépenses de l'Etat et des collectivités territoriales". Le secrétaire d'Etat au budget a pourtant tenté de parer aux critiques de l'institution en affirmant de façon peu convaincante : "ce n'est pas parce que nous assumons des dépenses supplémentaires pour financer nos priorités que ce budget n'en est pas moins un budget responsable".

Le problème est que le gouvernement n'a pas annoncé de mesures de réduction des dépenses supplémentaires pour compenser les 7,4 milliards dévoilés ce matin. Pire, Michel Sapin a avoué que l'objectif de réduction des dépenses de 50 milliards d'euros entre 2015 et 2017 ne serait pas tenu et devrait plutôt atteindre les 46 milliards. Ce qu'ont souligné les économistes de CoeRexecode dans leur étude sur la situation budgétaire de la France : "Le plan de 50 milliards d'euros d'économies n'est plus mis en avant. Cette référence, qui était plus un outil de présentation que de pilotage, semble avoir été abandonnée. Or plusieurs dépenses additionnelles ont été annoncées au cours des dernières semaines et auront donc une incidence sur l'équilibre budgétaire de 2017", affirment-ils. Selon eux, le déficit devrait se stabiliser à 3,3% l'an prochain et non passer sous la barre des 3% comme l'a prétendu par Michel Sapin.

Ce dernier budget donc, qui ressemble davantage à un programme de campagne, qu'à un engagement de sérieux budgétaire, avec de nouvelles dépenses non financées par des mesures de réductions de dépenses, devrait susciter de longs et houleux débats à l'Assemblée. L'opposition a d'ailleurs déjà tiré à boulets rouges sur le projet. 

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