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Club Med : l'OPA tourne à l'imbroglio juridico-boursier

Le Tribunal de commerce de Paris dira demain matin si Benetton est en droit de ne plus apporter ses titres à l'OPA. Celle-ci est plus que jamais incertaine, au rythme des déclarations de l'italien Bonomi qui brouille les cartes. 
Andrea Bonomi
Andrea Bonomi

Le retour en force des OPA et des opérations de rapprochements s’accompagne, à l’évidence, de complications pour les initiateurs. Ce fut le cas dans le dossier Vivendi/SFR, mais aussi dans celui de Steria et aujourd’hui Alstom. Le projet de rachat du Club Med par le couple Fosun/Ardian est quant à lui rocambolesque. Après avoir été retardé d’un an en raison de recours et de la lenteur des tribunaux, le voilà sérieusement remis en cause avec l’arrivée d’un investisseur prêt manifestement à mettre de l’argent pour faire capoter l’OPA, qui arrive à son terme demain.

L’industriel Andrea Bonomi, à la tête actuellement d’un peu plus de 10% du capital du groupe de tourisme, se dit ainsi décidé à monter jusqu’à 29,9%, soit juste en deçà du seuil déclencheur d’une OPA de manière à influencer le management et à réorienter les axes stratégiques de l’entreprise. Et d’annoncer par voix de presse que le Club vaut environ 25 euros, soit très loin des 17,50 euros proposés par les initiateurs de l’offre.

Ces déclarations sont d’autant plus déstabilisantes pour tout le monde que Bonomi n’exclut pas, non plus, de lancer une offre améliorée, sans donner plus de précision et ce, alors qu’il a stipulé dans la déclaration faite à l’AMF, que sa structure, Strategic Holdings, n’entendait pas prendre le contrôle du Club. Ce qui l’empêche de le faire pendant six mois. Entend-il le faire via une autre de ses structures, comme le supposent des proches du dossier ? Et si oui, cette solution n’est-elle pas limite vis-à-vis du droit boursier ?

En attendant, l’OPA de Fosun/Ardian prend fin demain. On n’aura pas le résultat des courses avant le milieu de la semaine prochaine, le temps de faire les comptes. Vendredi matin, on aura le jugement du Tribunal de Commerce de Paris, saisi en référé par les initiateurs de l’offre qui contestent la dernière décision de Benetton (actionnaire du Club à hauteur de 2%), celui-ci ne souhaitant plus apporter ses titres à 17,50 euros. Le couple Fosun/Ardian estime que l’italien s’était engagé à apporter ses actions et qu’il doit se conformer à cet engagement. Benetton ne l’entend pas de cette oreille. Il faut dire que si la justice donne raison à ce dernier, d’autres actionnaires de l’entreprise française, également engagés, risquent d’en décider autant, précipitant l’échec de l’offre actuellement en cours.

Les courtiers, dans leur note de ce matin, sont assez unanimes pour estimer que l’OPA a peu de chance d’aboutir. En revanche, leur analyse diffère sur l’évolution du cours de Bourse. Pour Kepler Cheuvreux, l’intérêt de Bonomi « représente clairement une alternative réelle et satisfaisante pour les actionnaires. Mais le groupe de tourisme représente un investissement stratégique pour Fosun et le conglomérat chinois pourrait décider de relever son offre, par exemple, en s'associant avec Andrea Bonomi». Et de relever de 17 à 20 euros son objectif de cours. Exane BNP Paribas est lui aussi convaincu que l’OPA qui se termine demain a peu de chances d’aboutir mais il révise au contraire son objectif de cours à la baisse, le faisant passer de 20 à 17 euros : « En cas de succès de l'OPA d'Ardian et Fosun, le titre devrait s'ajuster à la baisse sur le prix de l'offre, soit 17,50 euros. En cas d'échec, le management serait fortement déstabilisé et le développement du groupe, notamment en Chine, pourrait se trouver fragilisé. Malgré les projets prêtés à l'investisseur italien Andrea Bonomi de relancer le Club Med en Italie et en Espagne, la visibilité reste très limitée et les tendances du marché du tourisme restent mal orientées pour cet été ».

Difficile, donc de se faire une opinion dans ce cadre aussi incertain. L’AMF va-t-elle sortir du bois, compte tenu de tous ces récents développements et déclarations? A voir si ce dossier ne s’apparente pas à un cas de prise de contrôle rampante, tant redoutée par toutes les associations d’actionnaires minoritaires, lesquels pourraient alors demander une surenchère en bonne et due forme de la part de Bonomi. Ce qui mettrait tout le monde sur un même pied d’égalité.

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