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Indicateurs macros
Indicateurs macros / Politique économique

France : une baisse du chômage en trompe-l'oeil

Le taux de chômage a baissé de 0,3 point au second trimestre, repassant sous les 10% pour la première fois depuis le troisième trimestre 2012. Une baisse qui résulte malheureusement en grande partie d'un effet statistiques et du programme de formation du gouvernement. 
Pôle emploi - chômage
Pôle emploi - chômage

C'est a priori une bonne nouvelle pour le gouvernement : ce matin l'INSEE a dévoilé un taux de chômage au sens du BIT en recul de 0,3 point pour le second trimestre, à 9,6% de la population active en métropole, et à 9,9% dans la France entière. Surtout, le taux de chômage de l'Hexagone est repassé sous la barre des 10%, pour la première fois depuis le troisième trimestre 2012, laissant espérer un réel retournement de tendance dans les prochains mois. 

Les chiffres sont tout aussi encourageants dans le détail, puisque la baisse a concerné toutes les tranches d'âge, le chômage des jeunes ayant reculé de 0,4 point par rapport au premier trimestre, à 23,7% tout de même, tandis que celui des seniors a baissé de 0,1 point, à 6,4%. Parmi les 2,8 millions de chômeurs en métropole recensés par l'institut de statistiques entre avril et juin, un peu moins de la moitié (1,2 million) a déclaré chercher un emploi depuis au moins un an, soit un taux de chômage de longue durée de 4,3% de la population active, comme au trimestre précédent. 

Les chiffres publiés ce matin sont cependant à analyser avec recul. D'une part parce qu'ils ne correspondent pas tout à fait à ceux dévoilés en fin de mois par le ministère de l'emploi, la définition du chômage selon le Bureau International du Travail étant plus restreinte que celle habituellement observée par le ministère. "Il y a une variation du nombre de chômeurs en catégorie A dans les statistiques d'aujourd'hui, par rapport aux chiffres dévoilés pour le mois de juillet il y a quelques semaines et depuis trois mois par le ministère du travail", explique ainsi Julien Manceaux, analyste chez ING. Ainsi, au troisième trimestre, le ministère avait recensé 3,525 millions de personnes au chômage en catégorie A, quand les chiffres de l'INSEE selon la définition du BIT en comptabilisent de leur côté 2,767 millions. "1,2 million de personne ont disparu des statistiques, car le BIT prend en compte une population plus réduite", poursuit l'analyste. Le communiqué dévoilé aujourd'hui mentionne en effet 1,5 million de personnes qui souhaitent un emploi "sans être comptées comme chômeur au sens du BIT : elles constituent un halo autour du chômage". Cette notion un peu vague permet d'expliquer l'écart constaté dans les chiffres et de tempérer les apparentes très bonnes statistiques de ce matin. 

L'amélioration des chiffres de l'emploi est aussi la résultante du plan de formation de 500 000 personnes dévoilé par le président en janvier dernier et qui a permis de faire basculer toute une partie des chômeurs de catégorie A (sans aucune activité et tenues de rechercher un emploi) en catégorie D (non tenues de faire une recherche d'emploi car en stage ou en formation). Certes, les plans de retour vers l'emploi ont fonctionné par le passé, même s'ils sont coûteux (1 million d'euros pour ce programme dévoilé en janvier) et constituent donc un facteur positif pour faire baisser le chômage. "Mais pour l'instant ce programme public n'a pas déclenché d'initiative d'embauche dans le privé. (...). La croissance de l'emploi n'est pas la conséquence d'un meilleur niveau de l'activité", poursuit Julien Manceaux. 

Les dernières enquêtes de confiance des entreprises sont cependant plutôt encourageantes, puisque les intentions d'embauche sont en hausse. Mais il faudra qu'elles se matérialisent dans les prochains mois pour que la tendance constatée se renforce et qu'une réelle dynamique de l'emploi dans le secteur privé se créée. A ce titre, les chiffres de l'économie domestiques devraient soutenir l'activité et les embauches, malgré la stagnation de l'activité au second trimestre, dues à des éléments conjoncturels, tels que les mouvements de grève, les inondations en Ile-de-France et les attentats. La consommation privée, les investissements et les dépenses publiques se sont maintenues. "C'est surtout la baisse des exportations qui a pesé sur la croissance française, en raison de la faiblesse de notre compétitivité. L'économie domestique en revanche a progressé à un rythme bien plus élevé qu'il y a un an sur les deux premiers trimestres", poursuit Julien Manceaux.

La campagne pour les présidentielles pourrait également influencer l'évolution de l'emploi dans les prochains mois, les différents candidats ayant des programmes en faveur des entreprises très divergents. En fonction du candidat qui émergera dans les sondages, les entreprises pourraient revoir leurs perspectives d'embauche à la hausse ou à la baisse. La poursuite de diminution du chômage, conséquence du programme de soutien du gouvernement, et d'une divergence de définition du BIT dépendra donc du degré de confiance des entreprises, qui seules pourront permettre de transformer la tendance actuelle en mouvement de baisse durable, grâce à la création d'emplois. "Les politiques de formations sont positives mais seule une accélération des embauches dans le privé et un redémarrage de l'activité permettront de pérenniser le marché du travail", conclut l'analyste d'ING.

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