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Les économistes ne croient pas au rebond du pétrole

Le Brent a progressé de plus de 26% depuis le début du mois de septembre et la hausse s'est accélérée ces derniers jours, sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Mais les fondamentaux du marché suggèrent que cette hausse ne devrait pas durer. 
Pétrole Iranien Iran
Pétrole Iranien Iran

Le prix du baril de Brent a atteint un nouveau record lundi soir, à 64,15 dollars, un niveau inégalé depuis juin 2015, tirant à la hausse le cours des entreprises du secteur pétrolier. L'or noir a progressé de près de 26% depuis le début du mois de septembre, et de plus de 40% depuis fin juin, où il s'échangeait encore autour de 45,60 dollars. Un rebond initié cet été par l'accélération de la croissance mondiale, selon les experts de Capital Economics et qui s'est poursuivi plus récemment après que les membres de l'OPEP ont affirmé vouloir prolonger le plafonnement de leur production au-delà de mars 2018. "Les marchés croient aux promesses de l'OPEP d'éliminer l'excès d'offre de pétrole", estiment ainsi les équipes de BNY Mellon. Vendredi, le ministre russe de l'Energie Alexandre Novak a affirmé que l'accord des pays producteurs de pétrole sur la réduction de leur production serait étendu, tandis que le ministre du Pétrole saoudien a déclaré samedi qu'une réduction de la production était encore nécessaire. Ce qui explique l'accélération de la hausse du Brent depuis la fin de semaine dernière. 

Mais là n'est pas le seul élément d'explication de cette envolée du Brent. Selon Thomas Pugh de Capital Economics, ce sont les tensions géopolitiques au Moyen-Orient plus qu'un changement dans les fondamentaux du marché, qui ont contribué à pousser le baril vers le haut. "Les rebelles du Yemen ont fait une tentative avortée d'envoi de missile sur l'aéroport international de Ryad samedi et l'Arabie saoudite a rétorqué par un acte de guerre vis-à-vis de l'Iran, affirmant qu'elle 'prendrait les mesures nécessaires au bon moment', pour se défendre", explique ainsi l'économiste. Les rebelles Houthi combattus par l'Arabie saoudite depuis mars 2015, sont en effet supposés avoir le soutien de l'Iran, qui leur fournirait des armes.

Cet événement diplomatique a entraîné une envolée des contrats futures sur le pétrole, soulignant l'inquiétude des investisseurs qui craignent la montée des tensions entre les deux pays . Une guerre ouverte entre le premier et le troisième producteur de pétrole de l'OPEP entraînerait effectivement une forte hausse des prix, souligne Thomas Pugh de Capital Economics. Car la plupart des exploitations d'Arabie saoudite sont situées sur la côte est du pays, proche de la frontière iranienne et 17 millions de barils par jour venus d'Arabie saoudite transitent par le détroit d'Hormuz, que Téhéran a déjà menacé de bloquer lors de conflits antérieurs. Les multiples arrestations d'officiels et hommes d'affaires saoudiens ce week-end, soupçonnés de corruption ont également perturbé le marché du pétrole et contribué à faire grimper les prix, estime encore Thomas Pugh. 

Mais, dès que ces tensions géopolitiques s'apaiseront, le prix du baril devrait redescendre aux alentours de 57 dollars, poursuit l'expert de Capital Economics. Le marché du pétrole reste en effet excédentaire, malgré l'accélération de la croissance mondiale, alors que les niveaux de stocks chinois restent élevés et que la production de schiste américain devrait repartir à la hausse. Dans son rapport annuel publié hier, l’Opep a d'ailleurs révisé à la hausse ses prévisions de demande et d’offre ces prochaines années, du fait de l’augmentation de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, et de l’amélioration des perspectives économiques et démographiques mondiales. Ce qui explique que les marchés ne soient pas convaincus de la poursuite de la hausse du baril. Autre preuve de cela, aucune des devises dont l'évolution est habituellement corrélée à celle de l'or noir, n'a progressé. "La corrélation entre la couronne norvégienne et le pétrole et entre le dollar australien et le pétrole a marqué le pas ces douze derniers mois", explique ainsi Viraj Patel, d'ING. "Les investisseurs sont dubitatifs quant à la pérennité du rallye pétrolier", termine l'analyste. 

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