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Les valeurs européennes décotées de 20%, un booster pour les M&A
Pascal Blanque, CIO d’Amundi (photo ci-contre), avait beau avoir été l'un des premiers à prôner le réveil de la « sleeping beauty », comprendre la vieille Europe, celui-ci n’a pas été spectaculaire. Et si la théorie de l’anticipation de croissance à long terme s’applique, c’est-à-dire que le ralentissement cyclique de l’investissement à court terme nuit à l’investissement de long terme, la croissance molle est partie pour durer.
Sur les marchés, les bénéfices par action (BPA) tardent à se relever, si bien qu’en considérant l’indice MSCI, l’Europe devrait gagner encore 20% pour revenir à sa moyenne des 10 dernières années ! Les BPA devraient retrouver leurs niveaux de 2008 à la fin de l’année prochaine, ce qui signifie des hausses significatives d’ici là, en particulier dans les périphériques qui porteront le mouvement.
Conséquence de ce retour en grâce de l’Europe, les investisseurs ne se tournent plus sur les valeurs uniquement tirées par les émergents et jouent sur les secteurs portés par le faible niveau historique de l’obligataire, comme les utilities. Mieux : les valeurs cycliques comme le transport ou la construction, très impactées pendant la crise, ont à nouveau le vent en poupe, comme en témoigne la fusion Lafarge-Holcim. Sans compter que l’indicateur de stress financier est au plus bas depuis 2007, selon les calculs d’Amundi, donc la surliquidité s’évacue par les actions comme par les obligations.
Ces trois facteurs –croissance modérée, recul du stress financier et valeurs décotées-dressent un paysage très favorable aux M&A en Europe. Le point d’inflexion a été enregistré au troisième trimestre 2013 (+39%), soit bien plus tard qu’aux Etats-Unis et le différentiel de prime est d’ailleurs éclairant : 18% en Europe, contre 34% outre-Atlantique ! Mais avec 440 milliards de dollars de deals depuis le début de l’année, dont un tiers en France, le Vieux Continent s’offre de belles transactions : L’oréal/Nestlé, Numericable/SFR, Vodafone/Ono etc.
Etant donné que les marchés ont crû de 18% en 2013, il convient de justifier cela par de la croissance réelle. Or Les entreprises sont incitées à aller la chercher via des M&A, en l’absence de booster macro-économique. D’autant que la croissance organique est peu valorisée : 26% de la capitalisation boursière européenne se traite ainsi sous sa valeur de remplacement. Les fondamentaux sont tous au vert : 825 milliards d’euros de cash accumulés au sein des entreprises européennes, un record sans précédent, et un taux d’endettement moyen de 42%, inférieur de 20% à sa moyenne historique. De nombreux acteurs sont sur le pied de guerre : les entreprises étrangères disposent de 2300 milliards de dollars, le dry powder du private equity s’élève à 1100 milliards de dollars et le trésor des fonds souverains atteint 3500 milliards de dollars. Sans parler des 2000 milliards de dollars de trésorerie piégée à l’étranger pour les sociétés US, qui ont justifié plusieurs méga deals récents dont celle d’un certain américain sur un important industriel français…
Ces protagonistes devraient porter le grand avènement des M&A, surtout qu’elles sont très lucratives : la relution est d’environ 6% sur les bénéfices des acquéreurs européens et en 2013, le cours des acquéreurs avait en moyenne progressé de 48% et celui de sa cible de 64% !
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