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Donald Trump vient-il de lancer une guerre des changes?
Si les multiples tweets de Donald Trump n’avaient jusqu’à présent pas perturbé les marchés dans leur rallye post-élection, une interview du prochain Président parue lundi dans le Wall Street Journal a semble-t-il perturbé le cours des choses, et a surtout fait trébucher le dollar. Le billet vert a perdu plus d’1% face à un panier d’autres devises ce mardi, soit son plus bas niveau depuis un mois. Après avoir atteint un record de 14 ans mi-décembre, il a ainsi perdu la moitié des gains pris depuis plus de deux mois. Et les Treasuries à 10 ans ont reculé après leur plus haut de 2,5%, et évoluaient mardi soir autour de 2,32%.
La raison ? Dans un entretien au journal américain, le milliardaire critique ouvertement le projet de taxe à la frontière mis en place par le Congrès républicain, et s’alarme d’un dollar déjà « trop fort » par rapport au yuan chinois. Dans le détail, le Parlement a proposé une alternative aux droits de douane à l’importation avancés par M. Trump, et a dessiné un plan prévoyant de taxer les produits importés et d’exempter les exportations, de façon à inciter les entreprises américaines à relocaliser leurs centres de production et leurs emplois aux Etats-Unis.
Mais le futur locataire de la Maison Blanche a déclaré ce projet « trop compliqué ». « Dès que j’entends ajustement, je n’adore pas. Car cela veut dire en général que nous allons être ajustés vers un mauvais deal. C’est ce qui se passe », a-t-il déclaré au journal. Il vise en particulier la Chine, qui dévalue volontairement sa monnaie. « Le yuan est en train de tomber comme une pierre (…) Nos sociétés ne peuvent pas les concurrencer car notre monnaie est trop forte. Cela nous tue », a-t-il asséné. Cette position a été confirmée dès mardi par son conseiller Anthony Scaramucci, lors de son intervention au forum de Davos : « nous devons être vigilant à la hausse de la monnaie, non seulement en raison de ce qui se passe à l’international, mais aussi parce que cela aura un impact en interne aux Etats-Unis ».
Ce ton est particulièrement inhabituel de la part de futurs Présidents, qui historiquement se sont abstenus de déclarations sur le cours du dollar, et l’ont toujours laissé se fixer naturellement, même à la hausse. Il est par ailleurs ironique de la part d’un candidat qui a régulièrement attaqué la Chine et l’a qualifié de pays « manipulateur » de sa monnaie, contre lequel il lutterait dès le premier jour de son mandat. Mais la nouvelle administration pourrait pâtir dans son combat pour réduire le déficit commercial si le dollar reste historiquement haut.
Néanmoins une telle rhétorique comporte un grand danger : celui d’une guerre des changes, qui provoquerait le chaos dans les échanges mondiaux avec les partenaires asiatiques, mais aussi européens, et serait destructrice pour tous. Elle reviendrait à remettre en cause un des principes fondateurs du G7, qui prévoit la fixation des changes par le libre cours du marché.
Les sorties de Donald Trump laissent de plus en plus les marchés perplexes sur ses réelles intentions. S’il promeut l’investissement aux Etats-Unis et la relocalisation des emplois (il a encore remercié General Motors et Walmart qui ont annoncé respectivement investir 1 milliard de dollars et créer 10 000 emplois l’an prochain), les mesures pour y parvenir comme les baisses d’impôts et dépenses, auront sans aucun doute pour effet de faire grimper le dollar. La Fed devra donc veiller à accompagner ce mouvement et la croissance attendue, en normalisant sa politique monétaire aussi rapidement que possible.
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