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Pétrole : la fin de deux ans de guerre des prix
Personne n'y croyait encore. Et pourtant les pays membres de l'OPEP se sont finalement mis d'accord hier soir, à la fin du sommet d'Alger sur une limitation de leur production de pétrole journalière, afin de faire repartir les cours. Selon le site de l'organisation, la production totale du cartel sera ainsi limitée dans une fourchette située entre 32,5 et 33 millions de barils par jour. Il n'y avait plus eu d'accord entre les membres de l'OPEP depuis novembre 2014 et ces derniers avaient ensuite abandonné le système de quotas en décembre 2015. Une décision alors prise sous l'impulsion de l'Arabie Saoudite, afin de pénaliser la production de schiste américaine, non rentable en dessous d'un certain niveau de prix. Les Etats n'étaient plus parvenus à s'entendre sur un niveau global de production depuis lors, entraînant une véritable dégringolade du baril, jusque 27 dollars au plus bas, en janvier 2016. "2014 a marqué le début d'une nouvelle politique de l'offre pétrolière, menée par l'Arabie saoudite", explique ainsi Harry Tchilinguirian, analyste chez BNP Paribas à Londres.
Si la faiblesse du baril a effectivement pesé sur les dépenses en investissements dans le schiste aux Etats-Unis, l'un des objectifs visés par l'OPEP, elle a également sensiblement détérioré la situation budgétaire des pays producteurs du Golfe. A commencer par l'Arabie Saoudite dont le déficit a atteint cette année 100 milliards de dollars, contraignant le royaume à se rendre sur les marchés pour emprunter. Le rétablissement d'un quota après deux ans de guerre des prix résulte donc d'une convergence d'intérêts entre les membres de l'OPEP : "tout le monde avait intérêt à ce qu'un plafond soit ré-instauré, les pays commençaient à être exsangues du point de vue de leur politique budgétaire", explique ainsi Daniel Gerino, président et directeur de la gestion chez Carlton Selection. "La guerre des prix est terminée et c'est une très bonne nouvelle car elle va permettre au baril de retrouver un point d'équilibre autour de 50 dollars, un prix dans l'intérêt du consommateur et des pays producteurs", ajoute encore Daniel Gerino.
Malgré cet accord a priori historique, les marchés ont assez peu réagi ce matin, et le Brent se traitait même en baisse de 1,25% autour de 48 dollars le baril. Il faut dire que le communiqué publié à l'issue du sommet ne précise absolument pas les modalités pour parvenir au rétablissement d'un quota, ce qui devrait être discuté fin novembre seulement, lors de la prochaine rencontre à Vienne. "Il n'est pas fait mention de comment les pays vont arriver à limiter leur production. Ce qui signifie qu'en termes effectifs, la production de pétrole ne sera réduite qu'à partir de janvier prochain, pas avant", explique ainsi Harry Tchilinguirian. Sachant que les montants en jeu sont finalement très faibles : en août dernier la production quotidienne de l'OPEP atteignait 33,5 millions de barils selon les données de l'Agence internationale de l'énergie. Le rétablissement d'un plafond à 32,5 ou 33 millions entraînerait donc une baisse quotidienne d'un million de barils au maximum. Et cela n'est même pas certain puisque le communiqué précise que la limitation de la production ne s'appliquera ni à la Libye ni au Nigeria. Ces pays pourraient donc très bien à eux deux compenser la baisse de la production des autres membres de l'OPEP en augmentant la leur.
Surtout, les pays producteurs non membres de l'OPEP pourraient de leur côté tenter de regagner des parts de marché et amoindrir l'impact du rétablissement d'un quota, estime Nitesh Shah, stratégiste matières premières chez ETF Securities. "Le comité (ndlr.l'OPEP a instauré un haut comité hier soir pour travailler sur les modalités de rétablissement du quota) devrait mener des consultations entre l'OPEP et les autres pays producteurs d'ici novembre. La Russie serait prête à contribuer à l'effort mais personne ne sait dans quelles proportions", explique le stratégiste.
Au final, l'accord ne devrait pas avoir d'impact notable sur les prix, la faiblesse des volumes en jeu ne permettant pas fondamentalement de rétablir le déséquilibre entre une offre encore très abondante et une demande, qui devrait baisser l'an prochain, estime encore Harry Tchilinguirian. Mais au-delà des conséquences sur le prix du baril, les conclusions d'Alger marquent tout de même un tournant important de la part de l'OPEP, et en particulier de l'Arabie Saoudite, qui semble désormais résolue à mettre fin à sa politique de guerre des prix.
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