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Discours assez sombre de Christian Noyer pour son dernier rapport annuel

Le gouverneur de la Banque de France, dont le mandat s’achève le 31 octobre prochain, a présenté un tableau plutôt inquiétant de l’économie française, soulignant la nécessité pour le gouvernement d’accélérer les réformes structurelles.
Christian Noyer - Banque de France
Christian Noyer - Banque de France

Le gouverneur de la Banque de France compte bien tenir son rôle jusqu’au bout, comme il l’a rappelé ce matin lors de la présentation du rapport annuel de l’institution. Interrogé sur ses plans futurs une fois qu’il aura quitté son poste le 31 octobre, celui-ci a répondu qu’il y penserait en temps voulu et qu’il se concentrait pour l’instant sur ses fonctions de gouverneur.

Pour sa douzième et dernière présentation du rapport de la Banque de France, Christian Noyer a surtout insisté la nécessité de réformer le pays en profondeur pour combler le retard de la France par rapport à ses voisins européens. « Au regard des atouts dont dispose notre pays, et considérée sur plusieurs décennies, la performance économique française apparaît décevante », a-t-il déclaré. Malgré la plus forte démographie d’Europe et des ingénieurs très réputés, le pays ne parvient pas à donner les emplois suffisants à ses jeunes et ne se situe qu’au 14eme rang en termes de recherche selon le classement de l’OCDE.

Selon le gouverneur, quatre évolutions négatives ont pu être constatées sur les dix dernières années : la dégradation des finances publiques, celle de la performance extérieure, celle de l’industrie et celle de l’emploi. Pour remédier à ces tendances, quatre chantiers sont absolument prioritaires : un effort supplémentaire pour assainir les finances publiques tout d’abord. Si la trajectoire s’est améliorée, passant de 6,8% du PIB de déficit en 2010 à 4% du PIB en 2014, celui de la zone euro est inférieur et s’est réduit en deçà de 3%. « Depuis deux décennies, on compte seulement cinq années au cours desquelles le déficit français a été inférieur à 3% du PIB », déplore le gouverneur. Et de souligner que la France est le pays de la zone euro dont l’ajustement a été le moins prononcé depuis 2010, avec une amélioration du solde nominal de 2,8 points de PIB, contre 4,8 points en Allemagne et 3,6 points en Espagne… Le vrai défi est donc la maîtrise de la défense publique, avec des transformations dans la conception et la mise en oeuvre des politiques, voire des institutions publiques.

Autre sujet sur lequel le gouvernement devra s’attarder, le rétablissement de la compétitivité et l’abaissement du coût du travail. Certes le gouvernement s’est saisi du problème en instaurant le CICE et des baisses de charge. Mais selon le gouverneur, ces politiques sont onéreuses ; la vraie solution serait un aménagement au droit du travail qui permettrait d’accroître l’emploi et réduire les dépenses publiques. La refondation des schémas de gouvernance ensuite, sera également nécessaire pour améliorer la performance économique de la France en profondeur. Le projet de réforme actuel des seuils sociaux ne sera pas suffisant pour éliminer les effets du seuil des 50 salariés, qui continueront d’être un frein à l’embauche. Enfin, le gouverneur préconise une simplification des règles qui entravent la croissance : « l’économie française est entravée par l’abondance et la complexité des normes » a souligne Christian Noyer selon qui une simplification radicale de ces nombreux dispositifs législatifs permettrait de lever d’importants freins à la croissance.

Sur la politique monétaire en tant que telle menée par la Banque de France, le gouverneur a expliqué que l’institution avait pour le moment racheté 19,6 milliards d’euros de titres souverains dans le cadre du programme de rachat de titres, dont 4 milliards de titre supranationaux, et que le QE portait déjà des fruits. Sur les achats d’ABS et de covered bonds, qui atteignaient 14 milliards au 31 octobre, le gouverneur a en revanche reconnu que leur impact sur l’économie serait plus long, puisqu’il demande à la fois que les banques « se posent la question de structurer leurs produits » et que la régulation soit assouplie pour permettre aux banques d’en émettre plus facilement. Selon le gouverneur, la transmission de la politique menée par la BCE est également pénalisée en France par la rigidité des taux de l’épargne réglementée, qui « constitue une anomalie unique dans la zone euro ». S’il ne s’agit pas de supprimer le principe d’épargne réglementée pour le gouverneur, il serait en revanche utile de tenter de mieux la caler sur les décisions de la BCE.

Arrivé en octobre 2003 en remplacement de Jean-Claude Trichet, le gouverneur aura donc connu des périodes plus réjouissantes pour l'économie française, dont il a dressé ce matin un assez sombre tableau, malgré l'amélioration de la conjoncture depuis quelques mois. Sans accélération des réformes, le pays ne retrouvera jamais son potentiel de croissance d'antan. 

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