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Siemens/Alstom : L'Etat français obtiendra-t-il de vraies garanties ?

Le rapprochement franco-allemand devrait être annoncé sous peu. L'Etat français encore à la tête de 20% des droits de vote d'Alstom va devoir décider d'ici au 17 octobre s'il lève ou non les titres. S'il ne le fait pas, il devra rendre ses droits à Bouygues. Le gouvernement aujourd'hui prompt à vouloir créer des champions européens va devoir mettre en oeuvre un important dispositif d'assurances.
Alstom
Alstom

On devrait en savoir plus aujourd’hui sur les modalités du rapprochement envisagé entre les ennemis d’hier aujourd’hui conscients de l’impérieuse nécessité de réunir leurs forces pour faire face aux géants chinois : Siemens et Alstom. Un scénario qu’avait envisagé Arnaud Montebourg en 2015, alors ministre de l’Economie, afin d’empêcher l’Américain GE de mettre la main sur la division énergie du groupe français, mais qui n’avait pu se concrétiser faute d’appétit de parts et d’autres. Aujourd’hui, le contexte a, certes, évolué. Alstom s’est concentré sur un seul domaine, le ferroviaire. Et se retrouve ainsi bien isolé sur son marché et surtout bien trop petit pour demeurer compétitif. D’où l’obligation de s’allier avec un homologue. Et Siemens qui discutait déjà avec Bombardier en vue, lui aussi, de grossir semble avoir privilégié la solution paneuropéenne.

Parmi les points que discutent les différentes parties prenantes à cet accord, celui du poids de l’Etat français qui voit dans Alstom un acteur stratégique. Raison pour laquelle il a déjà « tapé l’incruste » chez Alstom en s’attribuant (via un savant montage optionnel) 20% des droits de vote en empruntant les actions auprès de Bouygues. Va-t-il conserver cette part alors qu’elle s’apprête à être logiquement diluée si Siemens monte à 50% ou un peu plus ? Ou va-t-il, comme dans le dossier STX, imaginer une série de contraintes contractuelles pour demeurer décisionnaire (avec notamment l’instauration de droits de veto) dans un certain nombre de cas particuliers ? L’Etat voudra sûrement obtenir, par ailleurs, des assurances sociales, sujet très sensible à Belfort où le groupe dispose d’une importante usine de production.

Concernant le plan optionnel, il faut savoir qu’il est constitué de 2 échéances arrivant très bientôt. La première est le 4 octobre. A cette date, l’Etat a la possibilité d’acheter 20% des titres Alstom au prix unitaire de 35 euros. Ce qui compte tenu du cours actuel (33 euros) serait un non-sens susceptible d’être reproché à l’Etat. Seconde échéance : le 17 octobre. A cette date, la manne publique peut lever les titres sur la base de la moyenne des 60 dernières séances + un discount de 2% mais pour un total de 15% des titres. Débours total : environ 1 milliard d’euros. Ce que ne souhaite sûrement pas l’Etat plutôt à la recherche de fonds disponibles pour abonder son fonds d’innovation. Mais ce qui veut dire aussi que s’il ne lève pas les titres, les droits de vote reviennent naturellement à Bouygues. Lequel retrouvera l’intégralité de sa participation de 29% et se verra dilué dans le cadre du rapprochement franco-allemand.

Reste donc à savoir quelles assurances précises l’Etat français obtiendra de la part des Allemands appelés à devenir majoritaire au sein du nouveau groupe. Un enjeu de taille par rapport à la stratégie actuelle du gouvernement manifestement décidé à pousser la création de champions européens. On a vu, par le passé, que les promesses faites lors de grands deals n’ont pas toujours été tenues. Dans le cadre du rapprochement Lafarge/Holcim, les Suisses ont fini par prendre tous les pouvoirs. Dans le cadre de GE avec Alstom Energie, des plans de licenciements commencent déjà. Mais comme le dit le proverbe : Nécessité fait loi. Et dans le cas d’Alstom, il s’agit bien là de lui permettre de passer un cap vital.

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